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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Les Lumières Radicales de Margaret C. Jacob

Publié par Joel Jacques sur 12 Septembre 2014, 15:55pm

Catégories : #notes de lecture

Mouvement philosophique porté par Spinoza, Hobbs et Bayle, qui émerge au XVIIe siècle, les Lumières Radicales, en anglais "Enlightenment" sont à la source du siècle des Lumières. Parmi les auteurs qui se sont penchés sur la question des Lumières, Margaret C. Jacob offre un panorama plus que lumineux....

Dans le prochain numéro de Critica nous parlerons beaucoup des tavernes londoniennes et de la pensée radicale.... de la fondation de la Première Grande Loge, alors... pourquoi pas un avant goût à propos d'un ouvrage majeur portant sur l'étude de la société de cette époque...

  Philosophes et francs-maçons dans les tavernes de la Libre-pensée[1].

 

«Plus un homme est conduit par la raison,  […] plus constamment il observera les règles de droit de la cité et exécutera les ordres du souverain dont il est le sujet.»

Baruch Spinoza

 

Au début du XVIIIème siècle, les anglais avaient essayé à peu près tous les systèmes politiques, la royauté absolue, le parlementarisme, la République, la dictature, la monarchie parlementaire. Ils avaient fini par adopter un type de règle politique essentiellement basé sur des règles positives autant que coutumières. Contrairement à leurs voisins continentaux dont les monarchies se déchiraient au gré des alliances, les anglais s’étaient maintes fois entre-tués sur des champs de batailles majoritairement insulaires. Alors que la France balbutiait encore sous les rigueurs de l’ancien régime et comptait ses morts après presque deux siècles de guerres de religions, les anglais, libérés de la papauté, avaient fini par comprendre que le protestantisme contenait autant de rigueurs aveugles que les dévots savoisiens. Alors qu’ils organisaient la construction d’un empire autour du commerce et de la captation des cerveaux européens fascinés par la Royal Society, l’Europe reçoit, par contrecoup, une révolution politique et une révolution scientifique conjointe dont Londres semble être le pivot. Dans ce siècle naissant sur les acquis philosophiques et politiques du précédent, viendra germer une forme de pensée nouvelle, portée par Bayle, Hobbes et Spinoza, entre autres, celles des Lumières radicales, terme proposé par Margaret Jacob et repris, notamment par Jonathan Israël. Cette pensée qu’il est possible de considérer comme une consolidation, une vulgarisation et un commentaire des concepts portés par la République et la Glorieuse Révolution, mais surtout par l’influence des matérialistes hollandais, est celle portée par ceux qui s’opposent à la domination des Églises dont le poids sur l’entendement européen entrave toute forme de progrès. Ces Lumières radicales sont celles de philosophes qui iront, pour certains d’entre eux, jusqu’à prêcher l'athéisme. Ces philosophes sont ceux qui fondèrent la franc-maçonnerie des Modernes avant d’être condamnés comme « athées stupides » par les presbytériens qui s’en emparèrent.

Ces penseurs et scientifiques s’opposent, bien évidemment à ceux que l’on nomme Lumières "modérées", porteurs déiste de la foi et de « droits de l’homme » inscrits dans cette foi.

La mort de Spinoza[2], en 1677, reconnu partout comme, le chef des athées modernes, des déistes et des libres penseurs, ouvrira, à Londres comme à Amsterdam, la voie à un débat des plus subversifs qui s'impose aux esprits forts et ce débat apparait aujourd’hui comme l’un de ceux qu’il est impossible de clore. On n’est plus catholique, protestant ou anglican… dès lors, dans la première moitié de ce XVIIIe qui sera celui des Lumières on est Whig ou Tory et on se réuni dans les coffee shops ou les tavernes afin de partager philosophie et politique… mais pas tous au même endroit… C’est ainsi qu’en 1717 se crée un club particulier qui choisit de porter un nom associé à la construction. La franc-maçonnerie modern a pour objet de construire. Construire un refuge à la pensée matérialiste tout aussi bien que théiste ou panthéiste. Son objet n’est pas unique, mais il est totalement contenu dans ses principes de rassembler ce qui est épars dans un but progressiste. Les francs-maçons anglais disent que ce club représente « un système particulier de morale voilé d’allégories exprimées par des symboles ». De fait ce que l’on nommera plus tard « rite moderne » n’a aucune fonction ésotérique, mais bien celle d’un partage philosophique et religieux qui en fera la cible favorite de tous les représentants des mouvements conservateurs et légitimistes.

Le concept de « Lumières radicales », développé dans cet ouvrage de Margaret Jacob, s'est imposé aujourd’hui dans les milieux universitaires portant sur l’historiographie des XVIIe et XVIIIe siècles. En effet, tout le monde s'accorde sur l'existence d'une forme de radicalité au cœur des Lumières. C'est ici le sens de cette « radicalité » et son importance dans l’évolution de la société et de ses conceptions du monde, la constitution de ces groupes spéculatifs plus moins clandestins que s'interroge Margaret Jacob.

Au cœur de de l'émergence de mouvements contestataires depuis le milieu du XVIIe siècle. Peut-on penser qu’il existe une seule école de la libre pensée au début de l'ère moderne qui déconstruirait les dogmes religieux ? Quelle place attribuer au libertinage érudit, au « donjuanisme » ? Le panthéisme de John Tolland, qui apparaît comme une option importante des Lumières radicales, contient-il les germes de la séparation naturelle d’avec le Grand Architecte de l’Univers  un siècle plus tard sur le continent ? Ce qui est certain, c’est que cette radicalité impose la prise en considération de l’importance de la modernisation à l’interne de la maçonnerie et éclaire sur l’étouffement du rite moderne qui s’obstine, encore aujourd’hui, à penser en termes de mystique ésotérique.

La pensée radicale née de la Glorieuse Révolution du siècle précédent, fera son chemin dans toute l’Europe. C’est dans ce creuset que naîtra la franc-maçonnerie des Modernes, club de pensée et de partage plus que fermé à vocation de progrès philosophique et scientifique. Au cœur de son héritage radical, ce club enveloppe-t-il un athéisme lui-même radical ou n'exprime-t-il que le fond inavoué voire la vérité même de toute religion ? À la lumière de l’intérêt que l’on portera à cet ouvrage passionnant, c'est la multitude des « radicalités », de leurs contenus, leurs méthodes, leur éthique que l’on retiendra.

Les Editions Ubik nous livrent donc un ouvrage particulièrement remarquable, le point d’orgue de la recherche historiographique sur la pensée moderne : les Lumières radicales, panthéistes, francs-maçons et républicains, signé de Margaret C. Jacob.

Il s’agit d’une édition artisanale particulièrement soignée et dotée d’une riche iconographie. Dans une bibliothèque portée sur l’histoire de la franc-maçonnerie, ce livre est absolument à ranger dans le rayon universitaire et le registre repères historiques et sociologiques. Il viendrait se poser entre Frances Yates et « Flambée et agonie » de Bernard Gorceix. Margaret Jacob, avec Leibnitz, Isaac Newton, les Chevaliers de la Jubilation et la Société de Pensée Radicale, nous conduit par la main sur le parcours d’une flambée scientifique sans précédent et qui illuminera toute l’Europe.

L'ouvrage de Margaret Jacob est à lire, absolument.

 

A paraître dans le numéro 5 de Critica

 

[2] On pourra se pencher sur Jonathan Israël,  Les Lumières Radicales - La philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité - (1650-1750) - Éditions Amsterdam, Paris, 2005,

 

Philosophes et francs-maçons dans les tavernes de la Libre-pensée[1].

J&J

 

«Plus un homme est conduit par la raison, écrit Spinoza, […] plus constamment il observera les règles de droit de la cité et exécutera les ordres du souverain dont il est le sujet.»

Baruch Spinoza

 

 

Au début du XVIIIème siècle, les anglais avaient essayé à peu près tous les systèmes politiques, la royauté absolue, le parlementarisme, la République, la dictature, la monarchie parlementaire. Ils avaient fini par adopter un type de règle politique essentiellement basé sur des règles positives autant que coutumières. Contrairement à leurs voisins continentaux dont les monarchies se déchiraient au gré des alliances, les anglais s’étaient maintes fois entre-tués sur des champs de batailles majoritairement insulaires. Alors que la France balbutiait encore sous les rigueurs de l’ancien régime et comptait ses morts après presque deux siècles de guerres de religions, les anglais, libérés de la papauté, avaient fini par comprendre que le protestantisme contenait autant de rigueurs aveugles que les dévots savoisiens. Alors qu’ils organisaient la construction d’un empire autour du commerce et de la captation des cerveaux européens fascinés par la Royal Society, l’Europe reçoit, par contrecoup, une révolution politique et une révolution scientifique conjointe dont Londres semble être le pivot. Dans ce siècle naissant sur les acquis philosophiques et politiques du précédent, viendra germer une forme de pensée nouvelle, portée par Bayle, Hobbes et Spinoza, entre autres, celles des Lumières radicales, terme proposé par Margaret Jacob et repris, notamment par Jonathan Israël. Cette pensée qu’il est possible de considérer comme une consolidation, une vulgarisation et un commentaire des concepts portés par la République et la Glorieuse Révolution, mais surtout par l’influence des matérialistes hollandais, est celle portée par ceux qui s’opposent à la domination des Églises dont le poids sur l’entendement européen entrave toute forme de progrès. Ces Lumières radicales sont celles de philosophes qui iront, pour certains d’entre eux, jusqu’à prêcher l'athéisme. Ces philosophes sont ceux qui fondèrent la franc-maçonnerie des Modernes avant d’être condamnés comme « athées stupides » par les presbytériens qui s’en emparèrent.

Ces penseurs et scientifiques s’opposent, bien évidemment à ceux que l’on nomme Lumières "modérées", porteurs déiste de la foi et de « droits de l’homme » inscrits dans cette foi.

La mort de Spinoza[2], en 1677, reconnu partout comme, le chef des athées modernes, des déistes et des libres penseurs, ouvrira, à Londres comme à Amsterdam, la voie à un débat des plus subversifs qui s'impose aux esprits forts et ce débat apparait aujourd’hui comme l’un de ceux qu’il est impossible de clore. On n’est plus catholique, protestant ou anglican… dès lors, dans la première moitié de ce XVIIIe qui sera celui des Lumières on est Whig ou Tory et on se réuni dans les coffee shops ou les tavernes afin de partager philosophie et politique… mais pas tous au même endroit… C’est ainsi qu’en 1717 se crée un club particulier qui choisit de porter un nom associé à la construction. La franc-maçonnerie modern a pour objet de construire. Construire un refuge à la pensée matérialiste tout aussi bien que théiste ou panthéiste. Son objet n’est pas unique, mais il est totalement contenu dans ses principes de rassembler ce qui est épars dans un but progressiste. Les francs-maçons anglais disent que ce club représente « un système particulier de morale voilé d’allégories exprimées par des symboles ». De fait ce que l’on nommera plus tard « rite moderne » n’a aucune fonction ésotérique, mais bien celle d’un partage philosophique et religieux qui en fera la cible favorite de tous les représentants des mouvements conservateurs et légitimistes.

Le concept de « Lumières radicales », développé dans cet ouvrage de Margaret Jacob, s'est imposé aujourd’hui dans les milieux universitaires portant sur l’historiographie des XVIIe et XVIIIe siècles. En effet, tout le monde s'accorde sur l'existence d'une forme de radicalité au cœur des Lumières. C'est ici le sens de cette « radicalité » et son importance dans l’évolution de la société et de ses conceptions du monde, la constitution de ces groupes spéculatifs plus moins clandestins que s'interroge Margaret Jacob.

Au cœur de de l'émergence de mouvements contestataires depuis le milieu du XVIIe siècle. Peut-on penser qu’il existe une seule école de la libre pensée au début de l'ère moderne qui déconstruirait les dogmes religieux ? Quelle place attribuer au libertinage érudit, au « donjuanisme » ? Le panthéisme de John Tolland, qui apparaît comme une option importante des Lumières radicales, contient-il les germes de la séparation naturelle d’avec le Grand Architecte de l’Univers  un siècle plus tard sur le continent ? Ce qui est certain, c’est que cette radicalité impose la prise en considération de l’importance de la modernisation à l’interne de la maçonnerie et éclaire sur l’étouffement du rite moderne qui s’obstine, encore aujourd’hui, à penser en termes de mystique ésotérique.

La pensée radicale née de la Glorieuse Révolution du siècle précédent, fera son chemin dans toute l’Europe. C’est dans ce creuset que naîtra la franc-maçonnerie des Modernes, club de pensée et de partage plus que fermé à vocation de progrès philosophique et scientifique. Au cœur de son héritage radical, ce club enveloppe-t-il un athéisme lui-même radical ou n'exprime-t-il que le fond inavoué voire la vérité même de toute religion ? À la lumière de l’intérêt que l’on portera à cet ouvrage passionnant, c'est la multitude des « radicalités », de leurs contenus, leurs méthodes, leur éthique que l’on retiendra.

Les Editions Ubik nous livrent donc un ouvrage particulièrement remarquable, le point d’orgue de la recherche historiographique sur la pensée moderne : les Lumières radicales, panthéistes, francs-maçons et républicains, signé de Margaret C. Jacob.

Il s’agit d’une édition artisanale particulièrement soignée et dotée d’une riche iconographie. Dans une bibliothèque portée sur l’histoire de la franc-maçonnerie, ce livre est absolument à ranger dans le rayon universitaire et le registre repères historiques et sociologiques. Il viendrait se poser entre Frances Yates et « Flambée et agonie » de Bernard Gorceix. Margaret Jacob, avec Leibnitz, Isaac Newton, les Chevaliers de la Jubilation et la Société de Pensée Radicale, nous conduit par la main sur le parcours d’une flambée scientifique sans précédent et qui illuminera toute l’Europe.

 

[1] Margaret C. Jacob, Les Lumières Radicales, Editions Ubik, coll. Fondations dir. Louis Trébuchet, Marseille, avril 2014.

[2] On pourra se pencher sur Jonathan Israël,  Les Lumières Radicales - La philosophie, Spinoza et la naissance de la modernité - (1650-1750) - Éditions Amsterdam, Paris, 2005,

Les Lumières Radicales de Margaret C. Jacob

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