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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Petit catalogue des maux politiques français - Épisode 1 : le déclinisme

Publié par Julien Vercel sur 31 Octobre 2014, 13:02pm

Catégories : #articles

Petit catalogue des maux politiques français - Épisode 1 : le déclinisme

French bashing et zemmouritude, des discours ambigus et pas si nouveaux qu'ils n'y paraissent

La France va mieux, elle est allé au cimetière à pieds

Vous aurez reconnu, dans le titre, un écho du dessin que Jean-Marc Reiser avait publié en couverture de Charlie Hebdo (n°192, le 22 juillet 1974) et qui titrait : « Franco va mieux, il est allé au cimetière à pieds ! ». La France serait ainsi dans le même état : elle n’en finirait pas de mourir ! La preuve ? La première édition du Suicide français d’Éric Zemour (Albin Michel, 2014) se serait vendue en une semaine.

Ce livre appartient à la veine éditoriale toute française qui consiste à se lamenter sur le «déclin», voire la « décadence ». Au XIXe siècle, direct héritier de la contre-révolution, Charles Maurras dénonçait ainsi 1789, l'affaire Dreyfus et les « quatre États confédérés » (protestants, juifs, francs-maçons, et métèques), cause d’une possible fin de la France. Dans les années 1930, ceux qui, majoritairement, allaient rejoindre les rangs de la collaboration avec les nazis, comparaient avec angoisse les courbes de natalité allemande et française. Les débuts du XXIe siècle renouent avec une veine qui semble inépuisable, depuis La France qui tombe : un constat clinique du déclin français de Nicolas Baverez (Perrin, 2003) ; L'impuissance publique : le déclin économique français depuis Napoléon de Noël Amenc et Benoît Maffei (Economica, 2009) ou encore L'Identité malheureuse d’Alain Finkielkraut (Stock, 2013). Et les politiques qui voient la réalité leur échapper, enchainent en se ruant sur la première mauvaise idée qui passe.
C’est ainsi que Bernard Accoyer affirme que « La France est en décadence » (LCP, 29 janvier 2014) dépassant les propos du cardinal-archevêque de Paris, André Vingt-Trois qui s’était contenté de la mettre au Purgatoire puisque, selon lui, elle n'est « pas encore tout à fait » décadente (Le Parisien-Dimanche, 21 juillet 2013). Ou, enfin, Valéry Giscard d’Estaing qui chuinte doctement que «  La France est dans une situation intermédiaire entre le déclin et la décadence  » (Le Parisien, 6 octobre 2014). Quant au Front national, il préfère diffuser la peur d’un Islam conquérant, au nom du Choc des civilisations que Samuel Huntington avait décrit dans The Clash of Civilizations (Foreign Affairs) à l’été 1993.
Le déclinisme entretient le malaise permanent et le doute sur nos capacités collectives à nous en sortir, à évoluer, à imaginer des solutions, à créer. Et ce n’est pas un mal qui n’appartiendrait qu’à la droite. Lorsque François Mitterrand, en 1988, fit sa campagne de réélection sur le thème de la simple « défense des acquis sociaux », il ancrait le déclinisme à gauche en se retranchant derrière une énième ligne Maginot. Depuis, les souvenirs d’un volontarisme passé viennent désormais immanquablement se briser sur la gestion forcément décevante du gouvernement.
Tant pis si la France est le deuxième pays européen en matière de dynamisme démographique. Son taux de fécondité est de 2,01 juste après l’Irlande et bien au-dessus de l’Allemagne qui peine à atteindre 1,4, pour une moyenne européenne à 1,6. Tant pis si la croissance du Produit intérieur brut (PIB) entre 1982 et 2012 a été de 73% en France... comme en Allemagne, les déclinistes préfèrent comparer les seuls et infimes 0,4% allemands aux 0,2% français de 2013 !
Le déclinisme sert un dessein politique qui regarde dans le rétroviseur pour empêcher de voir ou d’imaginer les marges de manœuvre d’aujourd’hui, il empêche d’agir efficacement sur le réel. Le succès du Suicide français a succédé à celui de Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler (Les Arènes, 2014), comme si l’intelligence française pouvait, tout à coup, se retrouver prisonnière, entre nostalgie et jalousie, entre passion antérieure et passion postérieure. Pendant ce temps, qui s’intéresse au présent ?

Petit catalogue des maux politiques français - Épisode 1 : le déclinisme

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