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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


RECEPTION D’UN FREY-MAÇON. (1737)

Publié par Joel Jacques sur 20 Octobre 2014, 17:52pm

Catégories : #articles

Les divulgations[1]  ne sont pas véritablement des documents maçonniques. Pour la plupart d’entre eux, ces textes ont une vocation à ridiculiser les francs-maçons en dévoilant leurs pratiques d’une manière parfois exagérée ou sur un ton de raillerie graveleuse comme c’est le cas pour « l’Almanach des cocus » de 1741. Il n’en demeure pas moins que ce sont souvent  ces documents qui font référence en matière de rituélie. C’est ainsi que les ouvrages de Samuel Pritchard[2] sont encore référencés comme sources rituéliques et servent parfois de base à la désignation de différences entre les Anciens et les Modernes sans tenir compte de divergences politiques.

 

Le document reproduit ici est une divulgation assez couramment produite dont la vocation première était de ridiculiser les francs-maçons. Elle fut diffusée par les bons soins du Lieutenant Général de Police, René Hérault, seigneur de Fontaine-l'Abbé et de Vaucresson, en 1737. A cette époque, il avait déjà promulgué plusieurs arrêts interdisant aux tenanciers d’auberges de recevoir les Loges sous peine de fermeture de l’établissement pour une durée de six mois assortis d’une amende de 3 000 Livres. C’est une prostituée qui lui fit parvenir ce témoignage. Bien évidemment, il est assez difficile de l’authentifier avec certitude. Il n’en demeure pas moins que le témoignage reste très proche de la réalité[3] et semble indiquer qu’une fois encore l’antimaçonnisme se construit sur la foi des maçons.

 

RECEPTION D’UN FREY-MAÇON. (1737)

 

Il faut d'abord être proposé à la Loge comme un bon Sujet, par un des Frères, sur sa réponse, l'on est admis à se présenter, le récipiendaire est conduit par le Proposant, qui devient son Parain, dans une des Chambres de la Loge, où il n'y a pas de lumière, & où on lui demande s'il à la vocation d'être reçu, il répond qu'oui, ensuite, on lui demande son nom, sur-nom, & qualité, on le dépouille de tous les Métaux & Joyaux qu'il peut avoir Sur lui, comme Boucles, Boutons, Bagues, Boîtes, &c. On lui découvre à nu le genou droit, on lui fait mettre son Soulier gauche en Pantoufle, on lui bande les yeux, & on le garde en cet état pendant environ une heure livré à Ses réflexions, après quoi le Parain va frapper trois fois à la porte de la Chambre de Réception, où est le Vénérable Grand-Maître de la Loge, qui répond du dedans par trois autres coups, & fait ouvrir la Porte.

Alors le Parain dit qu'il Se présente un Gentilhomme, nommé tel, qui demande à être reçu : (Nota, qu'il y a en dehors & en dedans de cette Chambre, des Frères Surveillans, l'Epée nue à la main, pour en écarter les profanes.)

Le Grand-Maître qui a un cordon bleu taillé en triangle, au col, dit, demandés-lui s'il à la vocation, ce que le Parain va exécuter, le Récipiendaire ayant répondu qu'oui, le Grand-Maître ordonne de le faire entrer, alors il est introduit, & on lui fait faire trois tours dans la Chambre, au tour d'un espace d'écrit Sur le Plancher, où l'on a crayonné une espèce de représentation, Sur deux colonnes des débris du Temple de Salomon ; aux deux côtes de cette espace on a auÝ figuré avec le crayon un grand J. & un grand B. dont on ne donne l'explication qu'après la Réception ; & dans le milieu il y à trois Flambeaux allumés posés en triangle, Sur lesquels on jette à l'arrivée du Novice, où de la Poudre, où de la Poix-raisine, pour l'effrayer, par l'effet que cela produit : Les trois tours faits le Récipiendaire est amené au milieu de l'espace d'écrit, comme il est marqué ci-dessus, en trois temps, vis-à-vis le Grand- Maître, qui est au bout d'en haut, derrière un Fauteuil, sur le quel on à mis le Livre de l'Evangile, Selon Saint Jean ; Il lui demande, vous Sentez-vous la vocation ; Sur Sa réponse, que oui, le Grand-Maître dit, faites lui voir le jour, il a assez longtems qu'il en est privé ; dans cet instant on lui débande les yeux, tous les Frères assemblés en cercle mettent l'Epée à la main, on fait avancer le Récipiendaire en trois temps jusqu'à un Tabouret, qui est au pied du Fauteuil ; le Frère Orateur lui dit, vous allez embrasser un Ordre respectable, qui est plus Sérieux que vous ne pensez ; Il n'y a rien contre la Loy, contre la Religion, contre le Roy, ni contre les Mœurs, le Vénérable Grand- Maître vous dira le reste ; en même temps, on le fait agenouiller du genou droit, qui est découvert, Sur le Tabouret, & tenir le pied gauche levé en l'air, le Grand-Maître lui dit alors, vous promettez de ne jamais tracer, écrire, ni révéler les Secrets des Frey-Maçons, & de la Frey-Maçonnerie, qu'a un Frère en Loge, & en présence du Vénérable Grand-Maître, ensuite on lui découvre la gorge, pour voir s'il n'est point du Sexe, & on lui met Sur la mamelle gauche un compas qu'il tient lui-même, il pose la main droite Sur l'Evangile, & prononce ainsi son Serment ; Je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brûlé & réduit en cendre, pour être jetée au vent, afin qu'il n'en soit plus parlé parmi les hommes ; Dieu soit en aide.

Après quoi on lui fait baiser l'Evangile ; Le Grand-Maître alors le fait passer a côté de lui, on lui donne le Tablier de Frey-Maçon, qui est d'une Peau blanche, une paire de Gants d'hommes pour lui, & une autre de Gants de femme pour celle qu'il estime le plus, & on lui donne l'explication de l'J. et du B. écrits dans le cercle, qui Sont le Symbole de leur Signes pour Se reconnaître, l'J. Signifie Jackhin, & le B. Boaier, * qui Sont deux mots Anglois, qu'il représentent dans leurs Signes entr'eux, en portant la main droite à la gauche du menton, & la retirant Sur la même ligne du côté droit, & frappent ensuite Sur la basque de l'habit, auÝ du côté droit, après quoi on Se tend la main, en posant le pouce droit Sur la première & grosse jointure de l'index de la main de son camarade, en prononçant le mot de Jackhin, après quoi on Se frappe l'un & l'autre de la main droite Sur la poitrine, puis on Se reprend la main, en Se touchant réciproquement du pouce droit Sur la grosse jointure du doigt medicus, en prononçant le mot de Boaies, ou de Boeffe ; cette cérémonie faite, & cette explication donnée, le Récipiendaire est nommé Frère, & on Se met à Table, où l'on boit, avec la permission du Vénérable Grand-Maître, à la Santé du nouveau Frère ; chacun a Sa bouteille devant Soi, quand on veut boire, on dit, donnée de la Poudre, chacun Se lève, le Grand-Maître dit, chargez, on met la Poudre, qui est le Vin dans le verre ; le Grand Maître dit, mettez la main Sur vos armes, & on boit à la Santé du Frère, en portant le verre à la bouche en trois temps ; après quoi, & avant de remettre son verre Sur la Table, on le porte Sur la mamelle gauche, puis Sur la droite, & ensuite en avant, le tout par trois fois, & en trois autres temps, on le remet perpendiculairement Sur la Table, on Se frappe dans les mains par trois fois, & on crie par trois fois chacun Vivat.

On observe d'avoir Sur la Table trois Flambeaux en triangle. Si par hasard on appercevait ou Soupçonnait que quelqu'un de suspect Se fut introduit, on le déclare en disant, il Pleut, ce qui Signifie qu'il ne faut rien dire.

Comme il pourrait arriver que quelque profane eut découvert les Signes qui dénotent les termes de Jackhin & de Boaies, pour éviter toute Surprise, on dit en Se prenant la main comme il est marqué ci-devant J. à quoi l'autre doit répondre A. le premier K. le Second réplique H. l'autre J & le dernier N. ce qui compose le mot de Jakhin Il est de même de celui de Boaies, en prononçant alternativement & Successivement toutes les lettres de ce mot, & c'est là le vrai coin auquel Se reconnaissent les vrais Frères.

 

* Ce mot ce prononce, s'il était écrit Boësse, le nom de Monsieur Haisse, Anglois, s'écrit Hayes.

 


[1] PRINCIPALES DIVULGATIONS relatives au Rite Moderne, dit Français.

1737: La Réception d'un Frey-Maçon  (René Hérault)

1738: La Réception Mystérieuse (anonyme)

1741 : Almanach des Cocus, ou Amusemens pour le beau sexe, pour l'année 1741, auquel on ajoint un recueil de pièces sur les Fr.-Maçons, etc., par un philosophe garçon. Constantinople, de l'imprimerie du Grand. Seigneur, 1741, in-18, fig. dite des petits piés.

1742: Le Secret des Francs-Maçons  (L'Abbé Pérau)

1744: Le Catéchisme des Francs-Maçons  (Louis Travenol)

1744: La Franc-Maçonne, ou Révélation des Mystères des Francs-Maçons (anonyme)

1744: Le Parfait Maçon ou les Véritables Secrets des quatre Grades d'Apprenti, Compagnon, Maître ordinaire et Ecossais de la Franche Maçonnerie (anonyme)

1745: Le Sceau Rompu ou la Loge Ouverte aux Profanes par un Franc-Maçon (anonyme)
1745: L'Ordre des Francs-Maçons Trahis, et le Secret des Mopses Révélé (anonyme)

1747: Les Francs-Maçons écrasés (Abbé Larudan)

1747: La Désolation des Entrepreneurs Modernes du Temple de Jérusalem (Louis Travenol)

1748:L'Anti Maçon ou les Mystères de la Maçonnerie dévoilés par un Profane (anonyme)

1749: Le Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons(Louis Travenol)

1751: Le Maçon Démasqué ou le Vrai Secret des Maçons (Dhom Wolson)

[3] A propos de René Hérault, on peut se reporter à Roger Dachez, « Le lieutenant de police René Hérault et sa famille », in Renaissance Traditionnelle, no 72, octobre 1987, p. 264-268

 

RECEPTION D’UN FREY-MAÇON. (1737)

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