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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


La Fin du catholicisme français ? Évidences et conséquences possibles sur la maçonnerie (2)

Publié par Joel Jacques sur 23 Janvier 2015, 21:08pm

Catégories : #articles

La Fin du catholicisme français ? Évidences et conséquences possibles sur la maçonnerie (2)

Jean-Pierre Bacot

Le nouveau paysage philosophique et ses traces dans le paysage maçonnique

Héros des athées belges, le curé Jean Meslier (1664-1729) fut l’un des pionniers de l’athéisme occidental moderne. Mais si cette profession de non foi s’étend régulièrement et peut aujourd’hui toucher environ un tiers de la population française, comme le montrent les études de Gallup ou l’Eurobaromètre, il n’en reste pas moins que toutes celles et ceux qui ont quitté la religion ou que la religion a quittés ne se reconnaissent pas dans un tel cadre dépourvu de transcendance et de spiritualisme. Il est très difficile de qualifier une sorte de nébuleuse qui se trouve entre la planète croyances fermes et celle de l’athéisme. Elle concerne plus de la moitié de la population française et s’y mêlent traces de croyances traditionnelles, références à l’astrologie, syncrétisme religieux, sans oublier, éventuellement une dimension ésotérique dont on aura compris qu’elle peut concerner une partie de la franc-maçonnerie.

Nous ferons donc l’hypothèse que dans la période qui s’ouvre, laquelle va voir disparaître du paysage un catholicisme qui marquera cependant pour longtemps le fond culturel et s’étioler, dans le haut et le milieu de la société, les autres formes de religion, deux types de franc-maçonnerie vont pouvoir plus que jamais se trouver en position de pallier le manque. L’option « régulière » (Grande loge nationale française-GLNF et Grande loge de l’alliance maçonnique française-GLAMF notamment) peut en effet concerner des personnes qui, ayant conservé une croyance religieuse, ne pourront la vivre, même s’ils n’en parlent pas, qu’en acceptant un Grand-Architecte-qui-est-Dieu et des serments portés sur la Bible, avec moins de kilomètres à faire pour trouver une loge qu’une église. Quant aux post ou méta croyants, l’ensemble des maçonneries spiritualistes (la liste des obédiences serait longue à énumérer mais la Grande loge de France-GLDF et une partie de la Grande loge féminine de France-GLFF figurent en tête) leur offriront plus que jamais un cadre d’expression et de sensations. La maçonnerie, tout au moins dans ces parties-là peut-elle être considérée comme véhicule de sortie de la religion, il nous paraît temps de le penser.

Quant à celles et ceux qui se réclament de l’athéisme, ou par un esprit que l’on dira laïque, ne veulent pas que ce qui leur reste de croyance sorte de leur espace personnel ou familial, ils pourraient être de plus en plus nombreux, mais resteront pour longtemps minoritaires à se retrouver dans la transposition contemporaine de l’esprit des Moderns.

La configuration est originale. Jusqu’aux années 1960 qui ont, du reste, vu le début du déclin des maçonneries anglo-saxonnes, l’option « régulière » correspondait en France à l’état philosophique de la société et, en particulier de ses élites alors massivement croyantes et pratiquantes. Aujourd’hui ses adeptes se trouvent en décalage croissant avec ces élites athéisées et partagent la croyance avec la partie de cette société qu’ils ne fréquentent guère, les prolétaires souvent immigrés se rendant dans d’autres temples ou des mosquées et, de plus maçonnant sans les femmes dans une société qui, lentement, mais sûrement, devient mixte jusqu’en son sommet. Alors que pendant des décennies le Grand Orient de France aura été le lieu d’une contre-culture, sinon d’une contre-église, c’est maintenant la Grande loge nationale française-GLNF qui joue ce rôle à front renversé.

Pour ce qui tient aux maçonneries spiritualistes, continent où les femmes ont en revanche une place importante, elles gèrent une situation post-religieuse, marquée à la fois par la montée de l’individualisme et par celle de la consommation, pour un contenu imaginaire dont témoigne à l’envi la grande majorité de la production de littérature maçonnique. Tout ce qui relève d’un registre méta religieux qui ne peut plus être dit hérétique peut se trouver convoqué, en même temps que la vulgarisation des théories psychologiques, plus volontiers jungiennes que freudiennes. Bis repetita, il n’est pour s’en convaincre que lire ce qui se publie.

Répétons en conclusion que la partie de la maçonnerie ou des athées peuvent se retrouver sera le plus en phase avec la société. Mais nous avons noté qu’elle resterait longtemps minoritaire. Dans son ensemble, la franc-maçonnerie française est donc en décalage avec la société. Mais la nature de ce décalage doit, pour être comprise, être mise en perspective, ce que les lignes qui précèdent auront, nous l’espérons, contribué à faire.

À suivre

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