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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


La Fin du catholicisme français ? Évidences et conséquences possibles sur la maçonnerie (3)

Publié par Joel Jacques sur 28 Janvier 2015, 19:35pm

Catégories : #articles

La Fin du catholicisme français ? Évidences et conséquences possibles sur la maçonnerie (3)

Jean-Pierre Bacot

La disparition des élites intellectuelles catholiques : Dominicains et Jésuites sortent de scène

L’une des conséquences de la déshérence du catholicisme français va consister sous peu en une quasi disparition -à l’échelle d’une quinzaine d’années- de deux des pôles centraux de la catholicité française. Les Dominicains et les Jésuites, davantage que d’autres que nous ne pouvons énumérer ici, ont alimenté le débat public dans les dernières décennies, bien au-delà des questions théologiques, notamment dans le registre de la philosophie morale, à travers livres revues et débats éthiques.

On rappellera que l’ordre des Dominicains fut, en 1216, une création française, mais à l’initiative d’un Espagnol, Domingo Núñez de Guzmán. Canonisé en 1234, ce prédicateur contribua fortement au lancement d’une communauté dite des frères prêcheurs qui s’illustra d’entrée par son rôle dans la répression des Cathares et la naissance de l’Inquisition. Interdits en France en 1790, les Dominicains furent rétablis en 1850 après une vingtaine d’années de préparation de ce retour en grâce, et ce au sein d’un renouveau catholique organisé par le père Henri Lacordaire et le publiciste et historien des ordres monastiques Charles de Montalembert. Les Dominicains souffrirent ensuite de la lutte menée par les républicains contre les congrégations à partir de 1880, avant d’être expulsés de France en 1903. Ils étaient alors 436, plus quelques expatriés. Leur progression à partir des années 1920 dura un demi-siècle, avant que la vague de sécularisation des années 1970 ne les touche comme tant d’autres religieux, les amenant aujourd’hui à un étiolement certain.

Alors que l’effectif mondial de l’ordre prêcheur (OP) est aujourd’hui de quelque 7 000 hommes et 45 000 femmes, il ne subsiste en France qu’environ 400 hommes et 200 femmes, avec une moyenne d’âge croissante. Les hommes sont répartis en deux provinces. Celle de Toulouse comprend les couvents de Bordeaux, La Sainte-Baume, Marseille, Montpellier, Nice et Toulouse, ceux de la Réunion et d’Haïti leur étant rattachés. Celle dite de France relève d’une fusion effectuée en 1998 entre la province de Lyon avec la province de France première formule. Cette entité regroupe les couvents de Clermont-Ferrand, La Tourette (construit par Le Corbusier), Lille, Lyon (deux établissements), Nancy, Paris (trois), Poitiers, Rennes, Strasbourg et Tours. Les Dominicains d’Afrique et d’Asie mineure sont rattachés à cette province (présence à Bagdad, Bangui, Brazzaville, Douala, Le Caire, Mossoul, Tlemcen, Yaoundé), ainsi que les quelques scandinaves. Comme on peut estimer à quelque 70 ans la moyenne d’âge des 400 habitants des couvents français, il est très probable que leur nombre aura diminué de moitié dans quinze ans et, en dessous de cette masse critique, il faut donc s’attendre à deux conséquences : le regroupement de couvents et, au-delà la progressive disparition du rôle tenu en France par l’ordre dans l’édition (Le Cerf) et les médias (messe télévisée du dimanche), entre autres secteurs

Du côté des femmes, les quelque 200 Dominicaines, elles aussi vieillissantes, font partie de la fédération Notre-Dame-des-Prêcheurs qui compte 12 monastères en France, un en Suisse et l’autre en Norvège. Elles sont une des composantes des 3 500 moniales françaises, auxquelles s’ajoutent en France environ 27 000 religieuses apostoliques. Ces effectifs diminuent d’année en année. Si l’ensemble du mouvement dominicain francophone peut être considéré aujourd’hui comme progressiste, il n’en reste pas moins que de petits groupes, masculins et féminins font partie de la mouvance fondamentaliste.

Quant aux Jésuites, ils furent eux aussi créés en France, à Paris, par Ignace de Loyola et quelques compagnons, en 1539. Après avoir connu interdictions et expulsions, considérés qu’ils étaient comme des agents actifs du Vatican, ils subirent les foudres des Jansénistes, de la partie gallicane du catholicisme français, puis les assauts du courant républicain laïque. Les « jèses » durent, comme les Dominicains, quitter le territoire français en 1903. À cette date, ils étaient environ 3 000. Le fait qu’ils ne soient plus aujourd’hui, eux aussi, que 400 pour un effectif mondial de 17 000, répartis en une bonne trentaine de maisons, montre qu’ils se sont écroulés beaucoup plus vite que les Dominicains. La moitié des Jésuites français a plus de 73 ans et il y a, au mieux, une arrivée pour trois ou quatre décès. Est-ce à cause de l’exigence d’une très longue formation, est-ce par dilution dans une modernité tardivement embrassée ? En l’absence d’analyse connue de cette déshérence qui se double d’un déplacement de l’ordre ignacien, comme d’une grande partie de l’église catholique de l’Europe occidentale et centrale, vers l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Asie, on se contentera de noter que l’élection d’un pape jésuite argentin qui n’a pas choisi le nom d’Ignace, mais celui de François, ne relancera pas les vocations. On remarquera au passage que les Franciscains, comme les Jésuites, ont réuni récemment leurs troupes françaises et belges francophones au sein d’une même structure, signe, parmi d’autres, d’un repli en bon ordre.

Le magistère des Jésuites s’est développé en France dans deux directions qui se trouvent de facto progressivement abandonnées : la formation des élites, essentiellement masculines, dans des établissements scolaires prestigieux ; la direction de plusieurs revues, dont Études, qui auront d’autant plus participé au débat intellectuel que les Serviteurs de Jésus (SJ) se sont ouverts dans les dernières décennies, au marxisme et à la psychanalyse, si ce n’est à une forme d’altermondialisme.

N’ayant jamais développé de pendant féminin, à quelques petites marges près, les tenants de la spiritualité ignacienne semblent sortir de scène avec moins de lucidité que ceux que l’on a longtemps considérés comme leurs frères ennemis, les Dominicains. Les anticléricaux de l’ancienne école se réjouiront de voir disparaître la figure même de l’adversité, une bonne partie de la hiérarchie catholique survivante ne les pleurera pas et Blaise Pascal sera vengé. Mais ce seront tout de même des éléments de culture qui disparaitront et entreront au patrimoine.

La question reste posée de savoir si les laïcs qui se réclament de ces formes de spiritualité catholique OP, SJ, ou autres, pourront gérer sans personnel religieux ces magistères, établissements scolaires, livres, revues. Malgré le déclin général du catholicisme ouest-européen, cela sera sans doute possible pendant quelques années. Cela constituera l’une des modalités d’un post-catholicisme aujourd’hui commencé, mais si rarement pensé.

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