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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Schibboleth, pour une lecture politique et philosophique du symbole

Publié par Joel Jacques sur 21 Janvier 2015, 19:52pm

Catégories : #L'Age des Symboles

Schibboleth, pour une lecture politique et philosophique du symbole

Christine Hemmelig

Schibboleth, est le mot de passe au grade de compagnon. Tiré d’un épisode de la Bible (Les Juges, chap. 12, v. 5 et 6) concernant deux tribus d’Israël, il est le mot qui permettait aux Galadites d’identifier infailliblement leurs cousins et ennemis les Éphraïmites qui le prononçaient « sibboleth ». Au bord du fleuve Jourdain, les Galadites exterminèrent ainsi 42 000 Éphraïmites.

Dans Shibboleth : pour Paul Celan (conférence de Seattle, 1984), Jacques Derrida s’est emparé du terme pour réfléchir sur l’aspect discriminant du langage en lien avec l’identité. À cause de la « valeur différentielle » d’un mot imprononçable, le secret de l’appartenance à l’autre communauté ne peut rester caché. L’altérité est aussi audible qu'est visible la couleur de la peau. Derrida s’interroge par extension sur les ravages d’une norme qui agit comme la négation absolue de l’altérité et qui, à force d’oppression, fait exploser l’humanité en tribus hostiles. Le Schibboleth c'est l'exclusion qui préfigure le racisme moderne.

Le mot de passe Schibboleth alerte le compagnon sur l’importance vitale de la justesse du langage et des mots mais aussi sur la nécessité de construire avec une pensée différente de la sienne. À ce propos, Hans-Georg Gadamer (Langage et compréhension dans Langage et vérité, Gallimard, 1995) suggère que c’est dans le « parler-ensemble » que s’élabore un « aspect commun de ce dont on parle » qui permet « la solidarité éthique et sociale ». « Ce qui est juste, et est tenu pour juste, exige par essence la communauté qui se constitue dans le se-comprendre des hommes ».

Récusant la pensée universaliste écrasante et exaltant un monde divers et non globalisant, Édouard Glissant (Traité du Tout-Monde, Gallimard, 1997) réclame quant à lui « un droit à l’opacité, qui n’est pas le renfermement » et pense qu’il n’est pas nécessaire de « se comprendre » pour accepter de vivre ou de construire avec autrui. Il ajoute que le langage avec ses spécificités plurielles est au contraire une ouverture supplémentaire à « la Relation » avec autrui.

La franc-maçonnerie propose un espace où l’on risque délibérément la relation avec l’autre. L’organisation codifiée de la parole et le rituel sont au cœur du processus de construction collective qui a pour visée le progrès humaniste global.

(Retrouvez la version complète et augmentée de l’article dans la revue Critica Masonica n°6)

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