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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


La Revue Planète 1961-1971 (1/2)

Publié par Rédac' sur 5 Avril 2015, 09:52am

Catégories : #articles

La Revue Planète 1961-1971 (1/2)

Jean-Pierre Bacot

L’Automne des magiciens

On ne peut comprendre ce que fut le succès de la revue Planète, lancée en 1961 par Jacques Bergier (Né à Odessa en 1912, résistant, arrêté et torturé par la Gestapo en 1943 et décédé en 1978) et Louis Pauwels (1920-1997), auteurs l’année précédente d’un best seller estimé à 2 millions d’exemplaires vendus, Le Matin des magiciens, sans prendre en compte des éléments de contexte idéologique du moment. En effet, ces années 1960, marquées par le retour de la prospérité économique, l’ont été également, en Occident et en France en particulier, par le début d’une brusque déshérence des croyances et des pratiques religieuses, dans une sorte de pic de désenchantement qui a duré une quinzaine d’années. Cet écroulement a créé un appel d’air pour un marché réactif sur le thème du réenchantement auquel, parmi d’autres, avec un succès aussi incontestable que fugace, Bergier et Pauwels ont répondu, d’une manière à la fois idéologique et éditoriale. Même s’il fut relativement court, le phénomène Planète s’est gravé dans une mémoire générationnelle, à la fois par son contenu original, alternatif, et son esthétique novatrice et a fait immédiatement débat.

La brève histoire de Planète a été l’objet de plusieurs études bénéficiant d’un certain recul, dont un excellent mémoire de Grégory Gutierez (Le discours du réalisme fantastique : la revue Planète, Mémoire de maîtrise de lettres modernes spécialisées, Université Sorbonne Paris IV, 1997-1998). L’auteur explique comment le triomphe de l’idée du « réalisme fantastique », nouvelle forme de spiritualisme portée par Le Matin des magiciens, a poussé les auteurs à déployer leurs idées dans une revue. De format carré (17x17cm), bimestrielle, Planète va se créer immédiatement une place de choix, les 8 000 exemplaires du premier numéro étant vite épuisés et les retirages montant jusqu’à 80 000. Les éditions en langues étrangères ne tardent pas à apparaître, de même qu’une série de publications périphériques, une « Encyclopédie planète » qui compte 39 numéros, une « Anthologie planète » et d’autres produits que Pauwels regroupe sous la houlette des éditions Retz, établissant avec François Richaudeau et Pierre Chapelot un lien avec Denoël. Une série de conférences publiques très suivies et des clubs de lecteurs parachèvent le dispositif qui bénéficie d’un véritable engouement public et d’une incontestable notoriété.

De quoi s’agissait-il ? À la fois d’une promotion d’œuvres de science-fiction et d’anticipation, souvent traduites de l’américain, d’une mise en valeur d’essais de futurologie et d’épistémologie, ainsi que d’une reprise de l’imaginaire de sociétés ésotériques alors peu connues en France, comme la Golden Dawn. L’Hermetic Order of the Golden Dawn in the Outer fut fondé en 1888 à Londres par William Wynn Westcott pour étudier et diffuser les pensées occultistes et ésotéristes. L’ordre éclata entre 1900 et 1905, à la suite de scissions. Planète faisait aussi un retour sur l’alchimie, nonobstant « les civilisations disparues », « l’amour en question », « l’histoire invisible », cette dernière rubrique frisant plus qu’à son tour le délire complotiste. Très prisé par les scientifiques, les lecteurs de Planète, très majoritairement masculins et socialement bien intégrés étant souvent également des amateurs de Sciences et Vie, Planète aura aussi tenté de réconcilier scientifiques et littéraires. Dans le n°37 (1967), la revue donne les résultats d’une étude sur son lectorat : masculin à 82%, avec une moyenne d’âge de 33 ans et un bon ancrage social (42% ont fait des études supérieures, 61% sont mariés, 23% lisent Le Monde, 10% Le Figaro). Mais aussi puissante qu’elle ait été, la mode du réalisme fantastique allait retomber au bout de quelques années. Après 41 numéros, en août 1968, l’agenda ayant, il est vrai quelque peu changé, une première interruption sera suivie de 23 numéros du Nouveau Planète, moins rêveur, davantage politique. L’aventure prendra fin en 1971.

La Revue Planète 1961-1971 (1/2)

La controverse à propos du discours idéologique de la revue s’est installée dès le premier numéro. À droite, comme à gauche on a crié à la mystification et au retour en arrière (Voir en particulier, Le Crépuscule des magiciens d’Yves Galifret avec un collectif d’auteurs, éditions de l’Union rationaliste, 1965). La méfiance a également touché la franc-maçonnerie, puisque Louis Pauwels n’est pas admis en 1968 dans ce qui s’appelait alors la Grande loge nationale Opéra (aujourd’hui Grande loge traditionnelle et symbolique Opéra-GLTSO), pourtant assez peu marquée par le rationalisme. Mais Pauwels sentait le souffre. Se désintéressant de son projet sous sa forme initiale, il passe après la mort de Bergier à d’autres activités éditoriales, dont une revue, Question de, puis à la direction du Figaro Magazine en 1978, où il se distinguera après 1981 par quelques outrances dont « 'C'est une jeunesse atteinte d'un SIDA mental. Elle a perdu ses immunités naturelles : tous les virus décomposants l'atteignent » (Le Figaro-Magazine, 6 décembre 1986). Alors proche de la Nouvelle droite et d’Alain de Benoist, à qui le relie une nouvelle forme de paganisme, Pauwels se convertit finalement au catholicisme en 1982 après un accident qu’il interprète comme un signe. Dès novembre 1960, il s’était illustré par une interview de Maurice Papon, préfet de police de Paris, le qualifiant de « philosophe humaniste ».

À suivre

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