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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


GODF-GLNF : la tenaille et le niveau ou le rapprochement historique des Modernes

Publié par Rédac' sur 26 Mai 2015, 06:37am

Catégories : #articles

GODF-GLNF : la tenaille et le niveau ou le rapprochement historique des Modernes

Jean-Pierre Bacot

Un nouveau mouvement d’importance dans la recomposition du paysage maçonnique français est en train de se produire. On rappellera que ce remodelage a été provoqué par deux phénomènes principaux datant de quelques années : l’éclatement de la Grande loge nationale française (GLNF) et l’ouverture du Grand orient de France aux femmes. C’est justement entre ces deux obédiences que les lignes bougent aujourd’hui, sous la forme d’un rapprochement qui en étonnera plus d’un et en inquiétera encore plus d'autres.

Première étape, le 28 mai prochain, une conférence commune se tiendra rue Cadet avec des membres des deux obédiences et des invités venus d’autres structures. Deuxième étape annoncée, les deux Grands chapitres de rite français, celui qui est composé de membres de la GLNF étant indépendant de celle-ci, vont non seulement tenir sous peu eux aussi une réunion commune, mais il est très probable que le Grand orient donne patente à cette petite structure qui tirait jusque là sa légitimité d’une patente brésilienne dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas en odeur de sainteté au Grand orient.

En 1989, les fondateurs du Rite français au sein de la GLNF, notamment René Girard, Edmond Mazet, Jacques Thomas et Hervé Vigier, ouvraient en effet quasi clandestinement le rite français dans une obédience qui s’était créée essentiellement au rite anglais et au rite écossais rectifié (RER), avec arrivée du rite écossais ancien et accepté (REAA) en 1965, grâce à des transfuges de la Grande loge de France. Depuis la crise de 2008-2011, certains, et non des moindres, ayant même quitté le navire auparavant, une partie des membres du Grand chapitre de Rite français est restée au bercail, une autre est allée ailleurs, notamment à la Grande loge de l'alliance maçonnique française (GLAMF) ou dans de petites obédiences.

Il y a un peu plus d’un an, les « maintenus » (canal historique) du rite français durcissaient le ton, à la fois envers les scissionnistes, mais aussi en direction de leurs homologues, les hauts gradés du REAA. Qu’on en juge :

« … Le Grand Chapitre Français, Suprême Conseil du Rite Moderne Pour La France (ci-après dénommé GCF) constate entretenir avec la Grande Loge Nationale Française (ci-après dénommée GLNF) une totale et complète identité de conception de la Franc-maçonnerie Régulière de Tradition et de son contenu spirituel, symbolique et historique, ainsi que de son organisation générale dans l’esprit de l’Acte d’Union de 1813 et des Principes universels de Reconnaissance des Grandes Loges définis en 1929, tout particulièrement en ce qui concerne :

-la souveraineté exclusive de la GLNF, seul Corps maçonnique régulier pour la France et ses dépendances, sur les trois grades ou degrés symboliques ainsi que sur l’Ordre Suprême des Francs-Maçons de la Sainte Arche Royale par l’intermédiaire de son Suprême Grand Chapitre,

-l’indépendance des structures régissant les grades ou degrés complémentaires autres que l’Ordre Suprême de l’Arche Royale dans ses divers modes opératoires, dont le GCF qui gère au sein de la Communion maçonnique régulière en France et ses dépendances, les cinq (5) Ordres des Chevaliers Maçons dits Grades de Sagesse du Rite Français.

[Le fait que l'Arche royale soit considérée comme à part vient du fait qu’elle soit admise par les Britanniques lesquels n’ont, par ailleurs, pas de tendresse particulière pour les degrés d’après maîtrise]

Cet état de fait, dont on est en droit d’espérer qu’il met un terme définitif aux dissensions et à la crise traversée par cette Juridiction, parachève la pacification des esprits et des relations entre GLNF et l’ensemble des Juridictions, qui ont toutes rétabli des relations harmonieuses, à l’exception notable du Suprême Conseil Pour la France du R.’.E.’.A.’.A.’. qui apparaît marginalisé, et qui voit ainsi mis particulièrement en évidence son rôle dans les orientations de la GLAMF et dans sa volonté de division de la maçonnerie de Tradition ».

[La GLAMF est en effet formée à plus de 90% de membres du REAA et pendant quelques mois, il y a eu cohabitation entre membres de son Suprême conseil et celui de la GLNF, jusqu’à que cette dernière y mette un terme].

L’eau a donc coulé sous les ponts. Après avoir remis de l’ordre dans sa famille et taclé le REAA, le rite français traditionnel, croyant et masculin, se rapproche d’une juridiction bien plus grosse et bien plus ancienne que lui (il semble en effet peser à peu près le poids des structures équivalentes féminines ou mixtes -Grand chapitre féminin de France, Grand chapitre de la Grande loge mixte de France- participant depuis des années à des rencontres inter chapitrales qui pourraient donc bientôt s’élargir). Qui plus est, le Grand chapitre du Grand orient est aujourd’hui féminisé. Les membres de la GLNF travailleront donc avec des sœurs.

Deux lectures de ce phénomène sont possibles et non contradictoires. La première est la constatation d’une prise en tenaille (symbole destiné à enrichir le corpus maçonnique) au sein de la franc-maçonnerie française de la GLAMF, essentiellement écossaise, malgré une minorité française) et de la Grande loge de France. La GLNF, affaiblie, mais solidifiée, prenant acte du fait qu’elle est en France et que la maçonnerie anglo-saxonne décline, alors que la française se développe, veut apparaître comme l’obédience spiritualiste de référence, éventuellement ouverte aux femmes dans un prochain temps, sous une forme à déterminer. Du côté du Grand orient, vu l’attitude de la direction de la Grande loge de France et avant même que celle-ci puisse éventuellement changer à nouveau de direction, on prend date et position comme obédience « sociétale », pour reprendre les termes employés aujourd’hui à la GLNF, de référence.

L’autre lecture tient à la spécificité du rite français, rite des modernes, rite primordial, dans la capacité des héritiers des Moderns à dominante anglaise à œuvrer horizontalement en transcendant les différences de style, au nom d’une tradition de tolérance, y compris à l’égard des sœurs, le symbole du niveau pouvant être ici invoqué, alors que les Ancients, plus récents comme chacun sait, et d’origine irlandaise, prospèrent parallèlement, sans trop se fréquenter les uns les autres. Tous les participants à ce rapprochement, au sein du rite français, ceux qui en assurent les prolégomènes, comme celles et ceux qui suivront inévitablement le mouvement, marquent ici un point d’importance par rapport à leurs homologues de REAA. Bien au delà de la guéguerre qui soulèvera inévitablement les quolibets, tout en faisant rire jaune, ce sont deux manières d’aborder la maçonnerie qui se positionnent à l’occasion d’un mouvement tectonique plus large dont les effets n’ont probablement pas fini de se faire sentir.

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Noémie 08/06/2015 13:54

Il n'y a pas que la menthe à l'eau, Joaben
il y a l'avant. Donc laisser travailler chacun comme il veut
avec ou sans guerre.

Aristote57 08/06/2015 13:58

éloge à l'omerta ?
Silence en interne, c'est gagné grace à des statuts à la coréenne (du Nord) mais il faudrait aussi faire taire l'exterieur....

Joaben 02/06/2015 12:20

Bjr.
Ton blog me paraît plus apaisé.
Pour autant est-ce bien judicieux de confier à un operateur commercial comme overblog ?
Discussion annexe.
C'est interessant de mettre en avant d'autres lignes de fracture que celles traditionnelles entre ceux qui se gonflent de "régularité" sans savoir de quoi ils parlent si ce n'est des volontés d'exclure d' "autres".
Voilà donc une idée des "moderns", sujet qui m'interesse profondément et que nous travaillons autant en loge symboliques que dans les ordres de sagesse du RF.
Pour autant, je pense que le rapprochement entre les obediences et cette tendance me paraît bien fragile.
En effet la GLNF est (en particulier avec sa direction actuelle) aux antipodes de l'esprit des "moderns" de la Royal Society qui ont institué avec la prudence due au decalage avec la société de l'epoque la valeur essentielle de la Liberté mais aussi d'une forme de laïcité (interdits religieux en loge) et evidemment une fraternité qui transcendait les classes, les religions, les politiques.
De même je reste reservé sur le GODF qui pratique un rituel RF qui s'est laissé imprégner de REAA.
Concernant les grades de sagesse le GCF s'est vu miné par des guerres de pouvoir (les siennes plus celles importées de la GLNF), du courtisanisme et à part quelques ateliers le travail en a grandement souffert.
Par contre l'esprit "modern" vit avec d'autant plus de vigueur dans les organisations qui ont sû se détacher de tutelles (comme le GCGF) et en gardant la pureté des rites de R. de Montaleau.
L'esprit des moderns commande de se débarasser de toutes les pressions, intimidations obedentielles ... et vivat ...

Arsène 27/05/2015 17:12

A quand une chaire de géopolitique maçonnique financée par l'IMF?

Lacot 27/05/2015 14:03

C'est l'une des analyses les plus pertinentes , à mon sens , sur la recomposition du paysage...

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