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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


GLNF. Les mémoires d'un ancien grand commandeur

Publié par Rédac sur 11 Septembre 2015, 14:44pm

GLNF. Les mémoires d'un ancien grand commandeur

GLNF : la crise avant la crise

Les mémoires de Raoul Mattei

On trouvera dans le numéro 7 une longue recension des mémoires de Raoul L. Mattei qui viennent de paraître chez Dervy, onze années après sa disparition, grâce au travail de mise en forme effectué par René Desprats En voici quelques extraits.

(...) Ces mémoires constituent un élément important dans un ensemble de sources qui se multiplient et devraient permettre d’ici quelques années qu’advienne une histoire aussi froide et scientifique que possible de la Grande Loge Nationale Française. C’est la mise en perspective historique et sociale du courant dit régulier de la franc-maçonnerie française qui se dessine, cette sensibilité masculine et spiritualiste semblant aller de crise en crise et se trouver, quoi qu’il en soit, en décalage croissant avec l’évolution de la société. (...)

(...)

Les papiers laissés par Mattei (1921-2004), dont on espère qu’il ne s’agit que de la première partie de ses souvenirs et archives, ont donc été rassemblés par René Desprats, qui fut l’un de ses proches, et ils sont préfacés par Claude Gagne, l’un des dignitaires du Suprême Conseil de France, celui de la grande Loge de France, dont Mattei était parti en 1965. Ce dernier fut de 1976 à 1981 le Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil pour la France du REAA, structure de hauts grades recrutant exclusivement à la GLNF. De ce poste, il fut débarqué sans ménagement en 1988, date à laquelle il commença la rédaction de ses mémoires. Cette éviction par Henri Baranger et ses proches installa une crise interne qui se traduisit par une perte de confiance et de reconnaissance de la part des Néerlandais qui avaient installé la structure en 1966, et des nord-Américains, brouille qui dura près de deux ans. Mattei fut également président de la conférence internationale des Suprêmes Conseils « réguliers » de mai 1980 à mai 1985.

(...)

L’intérêt des documents et commentaires présentés dans un ouvrage qui, du point de vue de la forme, souffre de nombreuses redites, est de mettre à disposition des historiens, autant que des acteurs de cette aventure, non seulement des traces de l’action de Mattei, mais aussi celles de celui qui fut son maître et son prédécesseur de 1965 à 1973, Charles Riandey (1892-1974). Celui-ci, Grand Commandeur du Suprême Conseil de France de la Grande Loge de France depuis 1961, fut en 1965 le principal artisan de la scission qui amena à la GLNF quelque 1300 maçons venus de la Grande Loge de France et quelques uns du Grand Orient, au moment où ces deux obédiences se rapprochèrent et où les tenants de la Régularité perdirent tout espoir de faire évoluer la Grande Loge de France dans leur sens. Il s’en suivit l’installation d’un Suprême Conseil pour la France qui eut bien du mal à s’imposer vis à vis de ses équivalents nord-américains comme remplaçant de celui qui avait été créé en 1804 par Grasse-Tilly. Ce Suprême Conseil de la rue de Puteaux recrutait et recrute toujours exclusivement des membres actifs de la Grande Loge de France.

(...)

Plusieurs éléments apparaissent également en marge du récit quant aux luttes féroces qui ont fait rage entre la conception verticale, monocolore et passablement rigoriste de Riandey et le pluralisme des rites souhaité et mis en œuvre par Baylot, tout ceci étant traversé par des rapports de forces multiples et des caractères affirmés, dans une structure en état de guerre intestine permanente. A certains moments du livre, certains, pour ne pas dire la plupart, en prennent pour leur 33° grade...

(...)

La lecture de ces pages nous remet en mémoire des points cruciaux qui concernent les premières années de la GLNF. Ainsi en va-t-il du fait que les quelque 1200 arrivants de 1965 venus de la Grande loge de France étaient plus nombreux que ce qui constituait la jeune obédience, au moment où en partaient les militaires de l’OTAN, en conséquence directe du retrait de la France de cette organisation.

(...)

Une pierre de touche que ces mémoires d’un maçon qui s’avère effectivement d’une grande franchise, dans l’édifice historique à construire. On attend avec impatience, pour en établir des fondations solides, la thèse que Francis Delon doit soutenir à l’Université de Bordeaux sous la direction de Cécile Révauger sur la Grande Loge Nationale Indépendante Régulière, créée en novembre 1913, l’ancêtre de la GLNF. On espèrera répétons-nous, une suite à cet ouvrage posthume de Mattei dont les sources et les papiers, ont été transmis en mai 2001, sur sa demande, par René Desprats, non pas au Suprême Conseil pour la France de l’Avenue de Villiers, mais au Suprême Conseil de France de la rue de Puteaux, « qu’il considérait comme héritier légitime de celui fondé par Grasse-Tilly ». « Cette remise d’archives n’avait donné lieu à aucune négociation préalable et n’était assortie d’aucune condition ou contrepartie », conclut Claude Gagne en sa préface. Il s’agit donc d’un retour au bercail post mortem, ou presque. Quand on sait que ce sont essentiellement les maçons, hauts gradés ou non, du REAA qui sont partis il y a peu de la GLNF pour constituer la GLAMF, on posera comme une donnée centrale l’existence aujourd’hui de trois structures concurrentes, correspondant à trois générations successives: la GLDF, la GLNF et la GLAMF, sans oublier celle que forment les écossais du Grand Orient de France et nonobstant d’autres groupes de faible importance numérique. Cette diversité participe de l’originalité à nulle autre pareille de la franc-maçonnerie française.

Raoul L. Mattei, Mémoires d’un maçon franc, Paris, Dervy, 2015.

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Arsène 14/09/2015 13:55

A lire sans doute avec d'autres sources pour essayer de comprendre ce qui s'est passé chez les "Réguliers" avant leur explosion.

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