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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Cahots niôztiques : détails incongrus de la vie paramaçonnique

Publié par Rédac' sur 16 Novembre 2015, 19:53pm

Catégories : #articles

Cahots niôztiques : détails incongrus de la vie paramaçonnique

Adon Qatan

Si d'aventure on googlise l'expression « église gnostique », on tombe, entre autres aberrations, sur une courte présentation écrite d'une conversation avec un certain Jean Solis (interviewé par ailleurs dans le n°5 de Critica Masonica sur « Les difficultés de l'édition maçonnique »). Cette conversation est en ligne sur le site de web-télé occultiste Baglis TV avec le titre incompréhensible : « L'Église gnostique chaote » (EGC). On trouve aussi plusieurs variantes, toutes aussi incompréhensibles, comme « Église gnostique cahote », confondant chaos et cahot, faute de français devenue assez commune ces derniers temps, à l'instar du lent, mais sûr, remplacement de fainéant par feignant.

Le texte d'introduction commence déjà par une grosse erreur de raisonnement, qu'on en juge : « Église gnostique chaote : 3 mots, 3 fautes ! affirmerait sans conteste un représentant de l'église catholique romaine ». Nous doutons même qu'un moindre curé irait jusque là ! Surtout que le bon sens, autant rationnel, rhétorique, syntaxique, orthographique, qu'étymologique, nous souffle qu'il y a là une anomalie linguistique, un barbarisme qui n'est pas à chercher dans l'expression « Église gnostique », mais plutôt dans l'épithète « chaote » définitivement inexistante en français.

En fait, le seul adjectif que nous ayons dans notre langue, dérivé du nom commun « chaos », est « chaotique ». On peut dire qu'« Église Chaotique » aurait été, au moins pour l'assonance, un pendant remarquable à « Église catholique », mais était-ce, par contre, l'acception recherchée : « chaotique » signifiant « désordonné(e) » ?

On devine que non, puisqu'à la fin de cette introduction, on nous explique que « chaote » signifie « anarchiste », ce qui désespérera les anarchistes qui ne se réclament pas spécifiquement du chaos/désordre ! Et nous passons sur l'anticléricalisme et l'athéisme connaturels à l'anarchisme.

Non seulement « chaote » n'est désespérément pas français –on s'attendrait plutôt, pour une idéologie se réclamant du chaos, à un néologisme tel que « chaosienne » ou « chaotiste », sous-entendant donc un certain « chaotisme »– mais il pose incidemment une autre question : les Gnostiques, les anarchistes ou l'humanité en général ont-ils besoin de se réclamer du chaos ?

Pour les anarchistes, nous avons déjà répondu brièvement, mais on pourra rajouter que l'anarchisme comprend tellement de variantes, que l'on peut effectivement trouver des anarchistes se prévalant du chaos –qu'on le définisse comme désordre généralisé ou néant total. Dans ce dernier cas, on parle évidemment de « nihilisme », dont nous avons des exemples avec le nihilisme russe de la fin du XIXe siècle, le terrorisme anarchiste français et européen de la Belle époque et le mouvement punk avec son « no future » plus récents.

Quant aux Gnostiques –et nous parlons ici des vrais, des anciens, ceux des textes de Nag Hammadi et des hérésiologues–, il faut bien dire que l'on a jamais vu nulle part un groupe gnostique se basant sur la notion de chaos, quel qu'il soit (néant ou désordre), avec ou sans majuscule.

L'humanité enfin, est suffisamment dans le chaos habituellement pour qu'on en fasse, en plus, un culte ! Dois-je citer, ici, les derniers avatars du chaos religieux, moral et social, incarnés par Daesh ? Ou, plus couramment, dans le joug de la mondialisation capitaliste ou les mafias les plus diverses ?

La généalogie de cette supposée « Église » est exprimée dans la présentation par deux étapes foutraques dont la première, antique, mélange « orthodoxie chrétienne » (Denys l'Aréopagite, Evagre le Pontique), « semi-hérésie » (Origène), néo-Platonisme (Jamblique, la Bibliothèque d'Alexandrie), Gnose (Valentin) et l'Évangile de Jean... On se demande au passage pourquoi la bibliothèque de Nag Hammadi n'est pas citée. La seconde étape nous fait passer de cette Antiquité tardive directement aux XIXe et XXe siècles, sans transition -ce qui fait tout de même un trou de 14 siècles !- avec des personnalités qualifiées de « prêtres occultistes », le tout étant justifié par de prétendues filiations apostoliques plus que douteuses (« Églises autocéphales et jacobites ») puisque, pour une part, invérifiables et, pour une autre, montées de toutes pièces, ne faisant que parodier les filiations apostoliques de toutes les Églises « orthodoxes » habituelles.

D'ailleurs cela pose d'autres questions, car si « une suite ininterrompue de schismes, d'excommunications en tout genre... » est citée, peut-on prétendre à une filiation ininterrompue basée sur ces ruptures ininterrompues ? L'excommunication n'a-t-elle aucune validité et efficience sacramentelle ?

Jules Doinel n'est-il pas plutôt le seul premier « prophète » du néo-gnosticisme ? Ce qui en ferait remonter l'origine et la généalogie à la révélation spirite que Doinel eut en 1888, autour des guéridons de Lady Caithness. Incidemment, l'« Église gnostique » doinelienne et tous ses dérivés actuels (comme l'E.G.C.), descendraient donc naturellement du Spiritisme !

Enfin, M.Solis affirme que « Rome nous considère comme valide mais illicite ! », superbe contradiction dans les termes, car ce qui est illicite ne saurait être valide en l'occurrence. Et puis, la belle affaire ! Depuis quand des Gnostiques, et autres alter-chrétiens, ont besoin de l'avis ou de l'imprimatur papiste ? D'ailleurs, étant nous-mêmes Gnostiques, nous considérons l'Église romaine et tous les autres prétendants à « l'orthodoxie », comme étant illicites et donc invalides, voire nuls et non avenus ! (Nous nous en expliquerons dans un article publié prochainement dans la revue Critica Masonica : « La Gnose : le mot & la chose, histoire d'une révolution spirituelle »).

Quant à la « coloration dionysiaque » de l'E.G.C., on peut dire et constater que si le chaos à besoin de Dionysos et de Nietzsche pour se concrétiser, ce n'est pas le cas pour le domaine gnostique.

Pour en finir avec la thématique « gnose et chaos », nous avons cru comprendre que cette E.G.C. a un certain rapport avec le néo-catharisme. Sachant que pour les Cathares, le Néant (Nihil), autre acception du Chaos, est le père du Diable... et que lesdits Cathares s'affirmaient « vrais et bons chrétiens » et ennemis absolus du Diable, il est évident qu'une Église « chaote », gnostique ou non, de par son titre même, se trouve en contradiction flagrante avec le catharisme le plus authentique.

Si nous ajoutons à cela que M. Solis serait franc-maçon, il entre aussi en stricte opposition avec la devise traditionnelle basique de la F.M., Ordo ab Chao, puisqu'on croit comprendre qu'il s'agit ici de la voie inverse : Chaos ab Ordo... ô joie de la Libre démolition !

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Tau Heliogabale 11/03/2016 10:38

Bonjour,

Je viens de tomber sur cet article. J'aimerais apporter ici ma petite pierre, d'autant que je suis le fondateur de l'Eglise Gnostique Chaote.

Tout d'abord, Jean Solis (Tau Spontophoros) n'a aucun droit de s'exprimer au nom de l'EGC puisqu'il s'en est sorti tout seul en entrant en conflit avec les principes directeurs de notre groupe.

Ensuite, il y a une incompréhension quant aux trois termes : Eglise Gnostique Chaote. Eglise doit être entendu dans le sens primitif de "communauté" ; "gnostique" ne se réfère pas au gnosticisme et aux diverses écoles mystiques des 1er et 2e siècle de notre ère ; "chaote" est, comme cela est très justement soulevé par l'auteur de ce billet, un barbarisme, qui ne doit se réduire ni à "anarchisme" ni à "désordre", mais doit plutôt s'entendre comme un pied de nez au sérieux de certaines petites églises gnostiques ou apostoliques. Chaote est également la marque du fonctionnement anti-pyramidal et a-hiérarchique de notre groupe : pas de primat, de patriarche, de grand manitou tout puissant, chacun y est placé devant son unique serment et devant ses responsabilités. Nous fonctionnons assez bien ainsi depuis plus de 10 années maintenant.

Enfin, nous ne sommes associés ni aux églises cathares (plutôt néo-cathares) ni à d'autres conventicules ésotéro-délirants. Notre diversité est notre marque de fabrique ; nous avons parmi nous des gnostiques proches du gnosticisme, des trinitaires, des naasènes, des panthéistes, des catharisants, des lucifériens (au sens prométhéen et non pas satanico-pouet - j'aime les barbarismes).

Nous comprenons que l'on ne nous aime pas et nous ne cherchons pas à être aimés - ou même compris - ; nous allons notre chemin, tranquillement, refusant tout sectarisme, toute définition réductrice et toute dépression mystique. Nous refusons toute confusion des genres qui ferait de notre groupe une crypto-maçonnerie ou un cénacle d'illuminés coupés de la réalité du monde.

Vu d'où vous êtes, nous sommes des gueux et des intouchables, ce que nous revendiquons.

Ŧ Heliogabale, ep.gn. vag.

arsène 20/11/2015 14:26

Revenir aux sources cela conduit effectivement à mettre les occultistes aux oubliettes.
Des tonnes d'interprétations basées sur des sources fausses établies par les ennemis contemporains des gnostiques sont à balayer. D'ailleurs si on regarde de près la soupe ésotériste on s'aperçoit qu'elle fut essentiellement inculte, paresseuse, auto référencée.
Bref, merci à l'auteur de nettoyer les écuries d'Augias

Subodi 20/11/2015 10:19

Vos principes de cherchants @PHL ? Au lu ici de vos affligeants commentaires on peut vraiment se poser la question. Quant à votre surenchère finale (3) elle constitue à mes yeux un parangon de votre insuffisance, à moins que vous nous fassiez en retour un article éclairé sur par exemple les rapports occultes supposés ou réels entre (pour vous reprendre en bon compendium) alchimie et REAA, RER et Martinisme.

L'article de Adon Qatan est bon et instructif, un tantinet peut-être excessif et parfois injuste à l'encontre de l'occultisme et de ses représentants passés qu'il ne connait pas forcément dans le détail (la filiation spirite de Doinel n'a pas été suivie, voire totalement délaissée par ses successeurs et leurs églises gnostiques...).

Adon Qatan défend une vraie gnose en s'appuyant sur le cursus ou les textes de Nag Hammadi: il fait sans doute oeuvre utile mais je ne suis pas certain qu'en s'en prenant (PHL fait à juste raison allusion) parfois maladroitement aux occultistes du 19 et 20ème siècle soit la meilleure façon de faire étalage d'un savoir Nag Hammadien...

Effectivement l'intitulé de J. Solis affiché in Baglis TV « L'Église gnostique chaote" est un non-sens.

PHL 16/11/2015 23:52

1° que cela plaise ou non, les mouvements occultistes ont irrigué la pensée spiritualiste au sens le plus large depuis la 2ème moitié du 19e s. jusqu'à la 2ème guerre mondiale. Y compris Guénon, la fondation du DH (cf. les théosophes) et les rites maçonniques "égyptiens" ; une Critica Masonica éclairée et conforme à nos principes (de cherchants) consisterait à en analyser les apports (et les dérives), autrement que par une vindicte systématique, voire dogmatiquement orientée. Sans même évoquer les rapports "occultes" entre alchimie et REAA, RER et Martinisme etc.

2° Ordo ab Chao n'est pas la devise traditionnelle basique de la F.M. , mais seulement celle du REAA

3° je ne suis pas sûr que "googliser" constitue un parangon de la langue française

PH

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