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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Images du dialogue social (1/2) : la chemise du sommet et la totale de la base

Publié par Rédac' sur 11 Novembre 2015, 11:34am

Catégories : #articles

Images du dialogue social (1/2) : la chemise du sommet et la totale de la base

Julien Vercel

Le 5 octobre 2015, le Directeur des ressources humaines (DRH) et de la politique sociale d’Air France, Xavier Broseta, a dû être exfiltré par des vigiles et des syndicalistes, d’un comité d’entreprise envahi par les troupes salariales en colère. Il en a perdu sa chemise, arrachée par la foule. Il a raconté son histoire dans les colonnes du Parisien (le 26 octobre 2015) : « Ma veste se déchire, je la prends dans mes bras avec mes affaires. Nous sommes poursuivis (...). À un moment, quelqu’un m’attrape par derrière, tire le col de ma chemise, si fort que le bouton du col lâche. On me tire fort vers l’arrière, et moi, je tire fort pour me dégager. Les boutons sautent, ma chemise y reste ».

Cette énième tentative de mise à nu n’est pas très surprenante à notre époque. C’est d’ailleurs ce que faisaient, sur le mode humoristique, les chômeurs de The Full Monty de Peter Cattaneo en 1997 : ils montaient un spectacle de nu intégral, se transformant en ouvriers Chippendales. Dans la vraie vie, lorsqu’on n’arrive plus à se faire entendre, le corps devient le media et parfois même le message. Depuis les calendriers militants de professeurs ou de jeunes agricultrices jusqu’au Femen ou aux intermittents, se dénuder est devenu le moyen d’attirer l’attention ou de dire aussi qu’on se retrouve « à poil », sans emploi, sans ressources, sans rien d’autre que ce corps qu’on exhibe comme ultime recours. Pourtant il y a plusieurs différences de taille entre le cadre d’Air France et les prolos de Sheffield : le premier se fait enlever la chemise violemment alors que les seconds se dessapent entièrement et volontairement.

Images du dialogue social (1/2) : la chemise du sommet et la totale de la base

L’apparition bien involontaire du corps d’un dirigeant vient rappeler le conte de Hans Christian Andersen, Les Habits neufs de l'empereur (1837). Cet empereur qui croyait porter des vêtements et qu’un petit garçon dévoile en constatant simplement : « Le roi est nu ! ». C’est sans doute le spectacle de cette nudité du pouvoir, ici incarnée par un DRH et subitement révélée, qui explique le soutien immédiat du Premier ministre aux cadres d’Air France, la promptitude des pouvoirs publics à passer à l’action et les arrestations des suspects au petit matin. Il y a eu de la panique au sommet devant cette violence populaire.

En 1906, Georges Clémenceau, ministre de l’intérieur -et inspirateur de Manuel Valls-, n’hésitait pas à faire intervenir la troupe contre les ouvriers émeutiers qui s’en prennaient aux châteaux des patrons. Il se justifiait à la Chambre des députés le 18 juin : « À mes yeux, ceux qui agissent contre la classe ouvrière sont ceux qui l’encouragent dans cette idée folle que, partout où il y a un ouvrier qui ne respecte ni la loi, ni le droit, il y a la classe ouvrière ». Jean Jaurès lui répondait le lendemain : « Tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité ». Car, parmi les images des événements d’Air France qui ont fait le tour du monde et provoqué des commentaires atterrés sur l’état du dialogue social dans l’Hexagone, il y a bien une image manquante : c’est celle du Président d’Air France, Frédéric Gagey, présent lors du comité d’entreprise du 5 octobre et dont l’évacuation a été immédiate... et réussie. Les cadres ont trinqué, les ouvriers ont été arrêtés et le grand patron s’est bien « dérobé ».

À suivre...

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Arsène 16/11/2015 21:21

Je ne sais pas si c'est marxiste que de constater que les déshabilleurs ont été condamnés alors que les paysans qui ont fait brûler le Parlement breton et tant d'autres violents n'ont pas subi le même sort. Quant à la lutte des classes, elle existe qu'on le veuille ou non.
Amen

Julien Vercel 11/11/2015 19:28

Merci pour votre commentaire.
Mais je n'ai pas bu de "lait marxiste" dans la jeunesse... je suis trop jeune pour cela.
Et puis je ne vois pas de marxisme dans le fait de dire qu'un grand patron a été évacué laissant ses cadres supérieurs se faire molester; de dire que la mise à nu violente de cadres fait écho à la prolifération de ces manifestations où le corps est mis en scène; de dire que la sur-réaction policière des pouvoirs relève d'une panique traditionnelle devant la violence de la foule.
Je ne vois pas non plus de "dichotomie primaire, les patrons voyous et les ouvriers exploités" dans mon texte... je ne mobilise pas ce registre et, en plus, dans les faits, ce sont les salariés qui ont été traités de "voyous" notamment par le premier ministre, pas les patrons.
Au plaisir de vous retrouver pour l'épisode 2 (et oui, il y a une suite).

Merlin 13/11/2015 00:07

Il est vrai que le ton de l'article est imbibé d'une conception très " lutte des classes ".
Procéder par allusions permet de dire " je ne l'ai pas dit ..."

Horus 11/11/2015 13:45

On sent que le rédacteur a bu du lait marxiste dans sa jeunesse.

Malgré les millions de morts de l'utopie meurtrière, on en reste toujours à cette dichotomie primaire, les patrons voyous et les ouvriers exploités.

Bravo pour cette fine analyse !

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