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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


« La troisième chambre au XXIe siècle » de François Saint-Cast

Publié par Rédac' sur 16 Février 2016, 07:21am

Catégories : #livres

« La troisième chambre au XXIe siècle » de François Saint-Cast

Julien Vercel

François Saint-Cast a fondé Diagnostic & System en 1999, tout à la fois agence d’études, de formation et maison d’édition. Il est docteur es sciences économiques de l'université Paris-Est-Val-de-Marne et membre de l’association « Nous citoyens ». La troisième chambre au XXIe siècle est son premier ouvrage (Diagnostic & Systems, 2014).

Au fur et à mesure de l’avancée dans la lecture, on s’aperçoit que l’auteur se situe dans la veine libérale tempérée et promeut surtout la liberté dans notre triptyque républicain : « Un principe cependant petit à petit s’impose. Il concerne le droit des personnes et la préservation des libertés individuelles, et doit être considéré comme l’une des clés indispensables du développement humain ». En économie, il reconnaît donc que « La concurrence entre les pays développés leur est finalement profitable » et n’évite pas la critique, pourtant aujourd’hui datée, sur les traditionnelles grèves dans les services publics quand il écrit : « les fameux services publics dont le public est très régulièrement privé pour motif de mouvement social ». Pas étonnant non plus qu’il refuse toute idée de lutte des classes ou de conflits d’intérêts, qu’il réhabilite les riches pour leur rôle dans le développement économique, accable les politiques fiscales (« Rien dans l’histoire des gouvernements et des administrations publiques ne montre que l’intervention publique soit systématiquement plus judicieuse que les initiatives privées ») et célèbre la primauté de la valeur ajoutée marchande produite.

Passés ces partis pris, l’intérêt de l’ouvrage est qu’il participe aux initiatives dénonçant la confiscation du pouvoir par quelques uns et s’efforçant de proposer un système véritablement démocratique.

Côté dénonciation, François Saint-Cast brosse un portrait convaincant de la confiscation du pouvoir : clientélisme politique ; représentativité des élus minée par l’abstention ; omniprésence des énarques ; financement des partis fondé sur leurs résultats électoraux et donc avantageant les grands ; faible taux de syndicalisation ; participations croisées des gros actionnaires et administrateurs au détriment des petits actionnaires ; conformisme des médias...

Mais le style est, à mon goût, parfois trop lyrique (« Quelle curieuse sensation procure le gigantesque jeu de rôles que nous joue la grande comédie de la vie, où chaque acteur improvise ») et rapide (en un chapitre d’une dizaine de pages, l’auteur peint une fresque allant de la préhistoire jusqu’à ce qu’il appelle la « bouillie » fiscale concernant la TVA au XXIe siècle). D’ailleurs, chaque chapitre possède quasiment un style et une couleur particuliers : l’auteur peut ainsi s’adresser directement au peuple (qu’il tutoie), puis mettre en scène des dialogues entre « l’aveugle », « le cyclope », « l’autre », « la droite », « la gauche » ou encore réfuter la thèse de Thomas Piketty sur le creusement des inégalités avec moult équations tout à coup bien peu littéraires. Les envolées lyriques contraintes par le format de l’ouvrage (118 pages) mènent aussi à des raccourcis pas toujours justes, notamment quand il est affirmé trop rapidement que la démocratie est « morte » au XVIIIe siècle parce qu’il « fut choisi l’élection comme seul mode d’expression de la souveraineté du peuple », alors que c’est vraiment en 1848 que la République représentative a été choisie contre la République sociale.

Côte proposition, la solution pour établir un système véritablement démocratique passe, pour François Saint-Cast, par la création d’une troisième chambre « comme juge ultime des lois et des décrets d’application des lois », pour permettre au peuple souverain de s’exprimer, pour en finir avec un peuple qui « est représenté mais jamais présent aux débats ». Les membres de cette troisième chambre seraient désignés par tirage au sort avec une répartition selon trois critères (le sexe, l’âge, le niveau de diplômes). Une chambre serait convoquée à chaque projet de loi puis dissoute après son adoption ou son rejet.

Ce projet soulève nombre de réserves. Par exemple, il est précisé que des « modérateurs » tirés également au sort peuvent décider « l’exclusion d’une personne tenant des propos inconvenants », mais l’inconvenance est une catégorie difficile à définir juridiquement et impartialement. Ensuite, l’ouvrage ne prend pas en compte qu’il existe déjà une « troisième chambre » constitutionnelle, c’est le Conseil économique, social et environnemental (CESE), assemblée consultative qui représente les corps intermédiaires de la nation et est donc sensée être à l’image des Français. Même si des nominations de confort ou fantaisistes peuvent discréditer les travaux du CESE, certains de ses rapports sont sérieux, il aurait peut-être été intéressant de réformer cette « troisième chambre » avant de proposer d’en créer une autre.

Mais les deux principales réserves sont les suivantes. La première est la possibilité d’instituer une représentation « plus représentative » des citoyens par une règle mécanique et une mise en équation (avec le sexe, l’âge et le niveau de diplôme). La seconde, liée à la première, est la foi en la vertu du peuple. En effet François Saint-Cast pose un diagnostic sévère contre nos élites : « Les moins aptes à créer de la valeur élisent les moins capables de gouverner, qui les récompensent en leur distribuant ce qu’ils confisquent aux plus aptes ». À la suite de Jean d’Ormesson, il dénonce notre régime d’« inaptocratie », tout en développant un système, la troisième chambre, qui repose justement sur l’« aptocratie » de tous. C’est ainsi qu’il écrit que le peuple « est fort capable sur un sujet qui lui est cher, de juger en son âme et conscience si une loi est bonne ou mauvaise, nécessaire ou inutile ». Ce peuple serait même plus vertueux que nos élites puisqu’il serait capable, au sein de cette troisième chambre, de s’affranchir de tout « a priori, sexuel, racial, religieux, politique et social ». On rejoint ici les débats sur les qualités des citoyens ordinaires, avec la common decency de George Orwell ou la démocratie « fondée sur l'idée d'une compétence égale de tous » de Jacques Rancière... mais il n’est pas sûr que ces filiations de pensée soient revendiquées par l’auteur.

Notons toutefois deux idées qui éloignent François Saint-Cast d’un libéralisme intégral, confirment son humanisme sincère et auxquelles nous souscrivons bien volontiers. La première, originale par sa radicalité normative, consiste à vouloir interdire -et non plus limiter par des taxes- certaines pratiques financières comme les « transactions haute fréquence ». L’auteur considère que ce n’est que par une interdiction pure et simple que le crédit retrouvera sa vocation : « financer les projets rentables et mutualiser les risques des épargnants ». La seconde consiste en un ultime plaidoyer en faveur de la scolarisation, car « plus nous scolariserons d’enfants à travers le monde plus nos chances de découvrir des solutions seront grandes ». Nous ne sommes donc pas prêts d’aspirer au repos.

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