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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Les trois secrets des francs-maçons. Techniques de transformation dans la tradition maçonnique » de Jules Mérias

« Les trois secrets des francs-maçons. Techniques de transformation dans la tradition maçonnique » de Jules Mérias

Clément Larchevêque

Cet ouvrage (éditions Dervy, 2016, 20 euros) est formé de plusieurs textes rassemblés par l’auteur autour de la transformation des rituels par des maçons qui se disaient traditionalistes, mais qui ont, à son sens, gravement déformé le sens du message. Il ne s’agit donc pas de la transformation personnelle des maçons, mais d’une histoire de tripatouillage des textes.

Jules Mérias à qui l’on doit déjà La Voie du franc-maçon. Techniques initiatiques de la franc-maçonnerie spéculative, paru chez le même éditeur en 2001, commence ce nouvel opus par la confrontation entre les rituels et les sources à propos du terme de « réception » plutôt qu’ « initiation » dans la pratique du Régime écossais rectifié, dit RER. Tout en considérant qu’il s’agit de la même chose, ce qui mériterait pour le moins d’être discuté, Jules Mérias va chercher les traces du mot « initiation » chez Willermoz pour montrer que la seule « réception » n’est pas valide. On se dit que l’on tient en mains le fruit du travail d’un nouvel adepte de l’école authentique qui se lance dans l’histoire des textes et des symboles. Cela est un peu vrai, sauf que l’on comprend vite que l’auteur considère les rituels originaux comme de véritables textes saints, « transmis par le Grand architecte de l’univers », dont il s’agit de retrouver une pureté perdue, une sorte de nouveau nouveau testament.

Jules Mérias note, par exemple, à propos du régulateur du rite que l’on dira français (RF), établi avant la Révolution (p.115), la disparition du serment sur la Bible. Mais, plutôt que d’en inférer une sorte de laïcisation qu’il condamnerait au nom de la « Tradition », il y voit un oubli dû à un absentéisme dans les réunions de travail. L’auteur semble ici avoir quelque mal à imaginer qu’une opération de « mensonge », ici par omission, ait pu être déjà à l’œuvre, alors qu’il s’appuie par ailleurs sur des textes plus récents, datant du début du XIXème siècle.

À propos de la chaine d’union qui ne figure, nous dit-il, dans aucune source du Rite écossais ancien et accepté (REAA) ou du RF, il s’agit à son avis d’un ajout d’origine occultiste dont il traque le parcours, action bien éloignée de ce qu’il considère comme la logique judéo-chrétienne de l’ensemble de la symbolique maçonnique. Quel que soit le but de purification des textes qui structure le livre, on tirera profit d’une telle recherche sur un point précis, d’autant qu’elle est très sérieusement menée.

Ce que pourfend l’auteur entre les lignes, c’est une certaine absence de curiosité, doublée d’une inculture de la plupart de ceux qui pratiquent un rite, surtout s’ils se piquent d’être dans la « Tradition ».

À propos d’un autre sujet, le « mensonge de la filiation templière », et toujours à destination des intégristes du RER, Jules Mérias écrit : « il parasite l’initiation en détournant les initiés des tâches auxquelles ils sont censés se consacrer. Il est parfaitement inutile de prétendre que l’on descend des templiers pour en vivre la spiritualité chrétienne ».

On trouvera aussi dans cet ouvrage une variation sur le triptyque jugé originel, « beauté, force et sagesse » (les trois secrets mentionnés dans le titre du livre) et d’autres textes qui aident à comprendre la démarche pédagogique de l’auteur. On notera également que le dernier chapitre reconnaît, en plongeant dans l’histoire lointaine de la maçonnerie de métier, toute la validité de la présence des femmes en maçonnerie.

Regrettons l’utilisation de la photo de couverture, trop fréquente à notre goût, mais qui possède l’intérêt de nous monter que toute station assise en loge est passablement hérétique. Debout mes frères, autour du tapis de loge ! Telle est la Loi transmise par le Grand architecte de l’univers (GADLU) : tu ne t’assoiras pas devant l’éternel !

Cet ouvrage pourra donc intéresser deux catégories de lecteurs, les traditionalistes qui devront en venir à interroger leur pratique à l’aune de leur exigence de « régularité », les modernistes qui trouveront là quelques rares études empiriques sur ce que l’on peut appeler l’âge des symboles.

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