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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Les Élites qu’on mérite : celles qui redistribuent à l’envers

Publié par Rédac' sur 1 Mars 2016, 09:24am

Catégories : #articles

Les Élites qu’on mérite : celles qui redistribuent à l’envers

Julien Vercel

S’il faut reconnaître une certaine clairvoyance à François Hollande en 2012, ce fut pendant son fameux discours du Bourget, le 22 janvier, quand il confia : « Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ». L’expression « monde de la finance » cache l’appellation plus directe de « riches », pas tous, mais ceux qui deviennent de plus en plus riches quand les autres deviennent de plus en plus pauvres, ceux qui contournent le système fiscal tout en profitant au maximum de la protection de l’État.

Dans Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme (Gallimard, 2014), Wolfgang Streeck fait remonter la sécession des « riches » à la fin aux années 1970. Ce serait à ce moment que le capitalisme aurait commencé à se tourner vers les marchés financiers. Le compromis de la Libération, pour un capitalisme démocratique avec un État providence sans cesse plus perfectionné, a alors été remis en cause. La critique se fondait sur le rejet pur et simple du système fiscal de 1945 et le capital a obtenu toujours plus d’allègements fiscaux et de baisse des taux d’imposition. Mais comme les dépenses sociales ont continué à augmenter, l’État s’est endetté jusqu’à la situation de crise que nous connaissons depuis plusieurs années. Le tableau que dresse Wolfgang Streeck est pessimiste puisqu’il ajoute que pour se préserver des aléas du suffrage universel, le capital a également obtenu des garanties avec la création d’autorités « indépendantes » comme la Banque centrale européenne (BCE) ; l’inscription dans les constitutions de « règles d’or » budgétaires pour empêcher les déficits ou encore l’imposition de plans d’austérité.

Déjà en 1995, Christopher Lasch, dans La Révolte des élites et la trahison de la démocratie (Flammarion), dressait le portrait de riches qui s’isolaient géographiquement et pratiquaient la ségrégation intellectuelle, culturelle et sociale. Il en concluait que la coupure entre le peuple et les élites s’accentuait de plus en plus.

Reste à définir ce qu’est un « riche sécessionniste ». Bernard Arnault qui cherche à obtenir la nationalité belge ? Jérôme Cahuzac qui fraude le fisc ? Gérard Depardieu qui s’exile fiscalement ? … S’il n’y a pas d’hésitation sur le côté « sécessionniste », il peut y en avoir sur le côté « riche ». Les responsables politiques sont d’autant plus prudents avec cette notion que personne ne revendique le titre de « riches » puisqu’il existe toujours quelqu’un de « plus riche » que soi ! François Hollande s’est ainsi mordu les doigts d’avoir laissé entendre en janvier 2007 qu’on est riche avec un salaire mensuel de 4 000 euros. Nicolas Sarkozy, du fait de ses mesures fiscales d’un début de quinquennat très « bling-bling », traîna comme un boulet le surnom de « Président des riches » (repris par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dans Le Président des riches. Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, La Découverte, 2010). Des repères existent pourtant pour se faire une idée : selon l’Observatoire des inégalités et l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), moins de 10% des Français touchent 3 313 euros nets par mois et le salaire médian en France est de 1 673 euros nets…

Des historiens s’étaient essayés à définir ce qu’était un « bourgeois ». Ils cherchaient un niveau de revenu et, finalement, identifièrent la présence d’un piano dans le salon comme le signe d’appartenance à la bourgeoisie. Le 13 février 2009 sur France 2, Jacques Séguéla a déclaré : « Si à cinquante ans, on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! ». Au XXIe siècle, la Rolex s’apprêterait donc à remplacer le piano.

Une société démocratique peut-elle se passer de riches ? Voilà une question qui pourrait être soumise à l’étude des loges et d'abord, bien sûr, aux loges à capitation élevée.

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P Barruel 15/03/2016 10:48

Le critère de richesse du XIXème parait manquer de nuance parce qu'entre le piano d'étude, le quart de queue, le demi queue et le piano à queue complète, il y a de "petites différences"!
Bravo pour l'analyse néanmoins....
P. Barruel

Arsène 01/03/2016 11:27

La richesse ce n'est pas que le salaire.
C'est aussi le capital et du coup il est très difficile de savoir ce qu'il en est
sauf pour celles et ceux qui doivent tout déclarer.
Quant à la définition de la bourgeoisie, cela reste essentiellement la propriété de moyens de production et d'échange, communication comprise
Mais en tout état de cause une partie du haut se détache qui ne mérite pas le qualificatif d'aristocratique...

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