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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Aux sources de la défaite politique (1) : la performance comme unique objectif et l’incitation monétaire comme unique motivation

Publié par Rédac' sur 3 Juin 2016, 21:33pm

Catégories : #articles

Aux sources de la défaite politique (1) : la performance comme unique objectif  et l’incitation monétaire comme unique motivation

Recomposer, reconstruire, refonder, rénover… Les responsables politiques n’hésitent pas à recourir à ces verbes en « re » quand leur désastre électoral s’annonce. Mais pour que ces initiatives en « re » soient sincères et crédibles, il faut en finir avec quelques idées rebattues, ces lieux communs de la politique qui orientent nos politiques publiques, ces prêt-à-penser qui semblent toujours aller de soi. Aujourd’hui, la foi dans les vertus de la performance économique et de l’incitation monétaire…

Julien Vercel

Depuis le temps que des études existent et sont disponibles, il suffirait de faire quelques recherches, juste quelques recherches. L’étude de Richard Morris Titmuss dans son ouvrage The Gift Relationship: From Human Blood to Social Policy (Allen & Unwin), par exemple, date de 1970. Ce chercheur de la London School of Economics s’est penché sur les effets de la rémunération du don du sang et a constaté qu’une telle rémunération pouvait entrainer une baisse du nombre de donneurs. Dans l’économie du don, l’amélioration de l’estime de soi et de son image envers les autres peut ainsi être préférée à une transaction monétaire. L’étude de Bruno Frey (Université de Bâle) et Felix Oberholzer-Gee (Université de Zurich) date de 1997. Elle révèle que les ménages suisses seraient plus nombreux à accepter l’enfouissement de déchets nucléaires sur le territoire de leur commune par motivation civique que par motivation monétaire. L’étude d’Uri Gneezy (Université d’Haïfa, Israël) et Aldo Rustichini (Université de Tilburg, Pays-Bas) date, quant à elle, de 1998. Ces deux chercheurs ont montré que lorsqu’une crèche instaure une amende pour les parents qui viennent chercher leur enfant en retard, le nombre de parents en retard double ! Pourquoi ? Parce que, sans amende, vous êtes dans l’incertitude, peut-être que votre enfant sera mis à la rue, peut-être que vous passerez pour un parent indigne aux yeux des autres et des institutions. Avec une amende, vous avez le sentiment de payer pour un service supplémentaire : celui d’arriver en retard.

Aux sources de la défaite politique (1) : la performance comme unique objectif  et l’incitation monétaire comme unique motivation

Enfin, encore plus récemment, l’étude de Maya Bacache-Beauvallet (École Telecom Paris Tech), pour Terra Nova, sur le management public tend à montrer que les primes sont largement insuffisantes pour motiver les fonctionnaires qui préfèrent une politique d’avancement de carrière et de mobilité professionnelle. Ce que laissait déjà entendre, un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2005 : si la rémunération à la performance « a certes un impact motivant pour une petite partie du personnel, elle ne constitue pas un élément de motivation significatif pour la majorité des fonctionnaires ». Normal ! Le rendement n’est pas la première motivation pour des métiers comme professeur, juge, médecin, infirmier, policier… La motivation est plutôt à rechercher dans la qualité de l’action menée et le service rendu à la population.

Donc, non, les incitations monétaires ne permettent pas, seules, de changer les comportements et ne sont pas, seules, la source de nos motivations. Il faut prendre en compte les enjeux de construction sociale et politique. D’ailleurs, cette prise en compte obligerait nos responsables politiques enfermés dans un langage technocratique à faire de la politique, à dire à quoi sert la politique : pas à gagner de l’argent, mais à permettre aux femmes et aux hommes d’être libres, égaux et fraternels.

François Hollande a donc tort quand il explique à Fleur Pellerin, alors ministre de la culture, que les artistes sont « très fiers d’être un levier économique » (À l'Élysée, un temps de président d’Yves Jeuland, 28 septembre 2015), reprenant pourtant les études du ministère. La politique culturelle se justifie d’abord par la promesse d’émancipation dont elle est porteuse. De même les politiques d’égalité n’ont pas à être « performantes » économiquement (Réjane Sénac, L’Égalité sous condition. Genre, parité, diversité, Les Presses de Sciences-Po, 2015), elles se justifient pour des raisons qui relèvent de la philosophie et de l’éthique. Les politiques publiques auraient tout intérêt à sortir du seul objectif de performance économique avec l’incitation monétaire comme seul moyen. Un beau combat d’idées en perspective pour les prochaines élections présidentielles ?

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