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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


« Du féminin et de sa quête en franc-maçonnerie » de Marie-Dominique Massoni

Publié par Rédac' sur 19 Juillet 2016, 22:54pm

Catégories : #livres

« Du féminin et de sa quête en franc-maçonnerie » de Marie-Dominique Massoni

Jean-Pierre Bacot

Il faudra un jour faire la synthèse de ce qui se publie en ce moment et qui a trait - sans que, le plus souvent, cela soit explicite- à l’application de la théorie du genre dans la réflexion sans cesse recommencée sur l’aspect sexué du symbolisme et de la pratique maçonniques. Pas grand-chose ne sort quant à la masculinité, cela viendra peut-être. On nous dira qu’elle s’exerce suffisamment pour qu’on la connaisse. Pour ce qui tient à la féminité, Marie Dominique Massoni s’y attaque bille en tête dans son dernier ouvrage, paru aux éditions Detrad AVS, aux limites de l’histoire, de l’anthropologie et de la psychologie.

Sa variation sur le thème de l’androgyne est menée avec délicatesse. Sa recherche du féminin dans les trois premiers degrés est sérieuse et documentée. Mais à vouloir, comme elle le fait on ne peut plus traditionnellement, ancrer le féminin dans la sensibilité, la sensation, l’imagination, la recherche des profondeurs matricielles, sans oublier totalement pour autant la raison, on se dit qu’il s’agit peut-être bien là d’un territoire d’assignation, d’une féminité telle que les hommes la désirent pour les femmes, se réservant pour eux la rationalité critique, d’autant que l’auteure se réclame à la fois d’une appartenance à la Grande loge féminine de France et au rite écossais ancien et accepté.

Mais les choses se compliquent, dans la mesure où cette féminité conçue comme règne de la sensibilité serait désormais également destinée aux hommes, ce dont le livre parle à plusieurs reprises. Il n’est qu’à voir la recension de cet ouvrage de Marie-Dominique Massoni sur le site officiel de l’obédience finalement assez féminine que constitue désormais la Grande loge nationale française, emmenée par son philosophe en chef, Bruno Pinchard, pour s’en convaincre. À la Grande loge de France, il y a aussi souvent un certain goût pour l’exercice de la féminité entre hommes sans le regard des femmes.

« La question centrale – écrit l’auteure dans sa conclusion - n’est pas de revaloriser ce qui est perçu comme féminin en se contentant par exemple de gloser Jung, mais de travailler à mettre à jour ce qui est occulté, méprisé, considéré comme second dans le psychisme humain, et par voie de conséquence considéré comme éternel second. Cette entreprise est à mener par tous les francs-maçons, femmes et hommes. Elle n’est en rien, incompatible avec les réflexions sur le genre, les interventions pour la laïcité, ou les luttes pour que progressent les droits des femmes, ici et ailleurs. Elles vont de pair. »

Le projet est d’une clarté limpide et il est assez agréable de voir certains renvoyés à leur vulgate jungienne. De plus, répétons-le, le travail est sérieusement mené. Mais on ne nous empêchera pas de considérer que cette vision de la féminisation de la société et de la maçonnerie accompagne le stade suprême de l’individualisme que constitue la narcissisation généralisée, en offrant un paradigme écossiste et sexué au marché du développement personnel, l'un des rares qui ne soit pas en crise.

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Peter Bu 23/07/2016 12:23

Cher frère Jean-Pierre,

Peux-tu avoir la bonté de développer ta réflexion, très intrigante :

« () le site officiel de l’obédience finalement assez féminine que constitue désormais la Grande loge nationale française (…) À la Grande loge de France, il y a aussi souvent un certain goût pour l’exercice de la féminité entre hommes sans le regard des femmes. »

Comment ce «  certain goût pour l’exercice de la féminité » s'exprime-t-il ? Si l'on écarte des manifestations d'une certaine forme de l'homosexualité, s'agirait-il d' «(...) ancrer le féminin dans la sensibilité, la sensation, l’imagination, la recherche des profondeurs matricielles, sans oublier totalement pour autant la raison », les hommes « se réservant pour eux la rationalité critique ».

Sans doute pas, tu fais comprendre toi-même que cette vison de la féminité n'a pas grand-chose à voir avec la réalité mais est « telle que les hommes la désirent pour les femmes ».

C'est justement pour cela que le développement de ton opinion m'intéresse.

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