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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Le « Mystérieux Paul Féval »

Publié par Rédac' sur 26 Août 2016, 22:14pm

Catégories : #livres

Le « Mystérieux Paul Féval »

Jean-Luc Buard

L’Association des amis du roman populaire publie un nouveau numéro de sa revue Le Rocambole, consacré au « Mystérieux Paul Féval » (n°75-76, été 2016), à l’occasion du bicentenaire de la naissance de ce romancier (1816-1887), auteur du Bossu (1857).

À titre d’exemple de « mystère » dévoilé voire élucidé, voici celui des Mystères de Londres (1843-1844), célèbre roman qui lança l’auteur dans la carrière débridée de feuilletoniste à succès, à la suite des Mystères de Paris d’Eugène Sue (1842-1843).

Les Mystères de Londres ont connu une vogue considérable dès leur parution, publiés sous le pseudonyme de sir Francis Trolopp dans le journal Le Courrier français, et ont été traduits et diffusés dans toute l’Europe et en Amérique. On découvrira dans ce numéro du Rocambole la curieuse histoire de ce roman, le premier en date à réutiliser (ou à exploiter) un schéma qui deviendra classique, celui des « mystères urbains ». Bizarrement, cette histoire n’avait jamais été reconstituée; ni même révélée depuis les origines. Et on en apprend de belles ! Il apparaît que ce roman-feuilleton fut le résultat d’une course contre la montre effrénée entre plusieurs concurrents, prétendant chacun écrire « leurs » Mystères de Londres, qui s’est jouée sur une période d’à peine quinze jours ! Cette histoire, qui est aussi celle de la confrontation entre le roman de librairie (et de cabinet de lecture) et le roman-feuilleton de la presse quotidienne, explique comment ce dernier monte en puissance à cette période. Il apparaît ainsi capable de dominer son rival, par sa réactivité et une conception nouvelle de la littérature, écrite d’une manière frénétique, sous la pression d’événements extérieurs voire de l’actualité sociale ou politique, introduisant pour cela le suspense à haute dose, une action haletante, des personnages pittoresques, un cadre « exotique », étrange parce qu’étranger, parfois fantastique ou terrifiant, et un projet narratif d’une dimension grandiose (à base de conspiration orchestrée par un personnage quasiment démiurgique dont Le Comte de Monte-Cristo de Dumas saura se souvenir par la suite), toutes choses empruntées à Eugène Sue, mais ici sciemment et systématiquement mises en application.

D’autre part, on savait plus ou moins que Féval avait pris le relais d’un premier auteur dont le manuscrit avait été rejeté, mais on prétendait partout jusqu’à maintenant que cet auteur était un anglais anonyme. Pas du tout ! L’article prouve qu’il s’agit d’un écrivain français connu, Jacques Arago, frère de l’astronome François Arago. Cela n’est pas anodin et n’a pas pu se passer sans heurt. Car on découvre que son roman a été publié, évidemment sous un autre titre. Il est donc possible de confronter et comparer ces deux Mystères de Londres ! Cela ouvre des perspectives presque vertigineuses lorsque l’on constate la ressemblance frappante entre les deux, bien que l’un ait passé à la trappe. Et puis, il y a encore un troisième Mystères de Londres, d’un certain Charles Marchal, lui aussi débouté et rejeté dans l’obscurité.

L’étude évoque aussi l’absolu rejet de ces œuvres par les critiques anglais. Ni Féval, ni Arago n’ont eu « droit de cité » à Londres et en Angleterre. En revanche, les éditeurs américains se sont jetés sur l’œuvre de Féval pour la faire traduire sans délai au fur et à mesure de sa publication en épisodes à Paris, avec un enthousiasme et une rapidité proprement confondants.

Comment, pourquoi, dans quelles conditions ont eu lieu ces péripéties proprement «rocambolesques » ? On le saura en lisant l’enquête historique consacrée à cette étonnante affaire littéraire.

Abordant les divers aspects de l’œuvre de Féval, le numéro comprend une quinzaine d’articles (par Patrick Bergeron, Laurent Bihl, Lise Dumasy-Queffelec, Virginie Fernandez, Jean-Pierre Galvan, Nicolas Gauthier, Myriam Kohnen, Odile Krakovitch, Dominique Laporte, Alex Lascar, Félicité de Rivasson, Marie-Pierre Rootering, Agnès Sandras, Angels Santa), une chronologie et une bibliographie par Jean-Pierre Galvan. Il est supervisé par Dominique Laporte et Agnès Sandras.

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Arsène 27/08/2016 17:46

Excellente revue que ce Rocambole grâce à laquelle les chefs d'oeuvre de la littérature populaire sont sauvés de l'oubli

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