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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


À propos de « L’opticien de Lampedusa » de Emma-Jane Kirby

Publié par Rédac' sur 7 Septembre 2016, 16:32pm

Catégories : #livres

À propos de « L’opticien de Lampedusa » de Emma-Jane Kirby

Marie Balda

Les éditions des Équateurs publient cette rentrée un petit texte simple et suffoquant comme une vague d’eau froide (traduit de l’anglais par Mathias Mézard). Emma-Jane Kirby est journaliste à la BBC radio. Au cours d’un reportage à Lampedusa, elle rencontre l’opticien de l’île, la cinquantaine. Du témoignage bouleversant de cet homme elle tire un court texte, témoignage restitué à la première personne (c’est l’opticien qui parle), bel exemple de narrative non fiction.

C’est un homme honnête et tranquille que les flux de migrants en Méditerranée et particulièrement sur les grèves de son île n’ont pas (encore) atteint. Il aime les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes qui bordent son coin de paradis. Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses fils et la survie de son commerce.

Il n’est pas un héros. Il nous ressemble.

C’est une promenade en mer, avec sa femme et des amis, qui lui fait prendre conscience de son rapport à l’autre, à tous les autres. Sur le pont, dans la clarté du jour nouveau qui s’annonce, les cris matinaux insistants et lancinants des oiseaux… n’en sont pas. Le petit bateau navigue en un instant au milieu d’une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau depuis des heures parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.

Un à un, autant qu’ils pourront en sauver, jamais assez, ils les tirent de l’eau. Une main blanche se resserre sur une main noire et hisse un homme, une femme à bord. Et d’autres encore, beaucoup d’autres, à faire presque chavirer l’embarcation de plaisance. L’opticien prend vivement conscience de cette chaîne d’union unique qui modifie en un instant l’homme qu’il était. Un lien nouveau, comme une seconde naissance, un lien qui change tout de ce qu’on voit et sait du monde.

Des naufragés recueillis, certains seront malades, d’autres dignes et silencieux, d’autres encore d’une pudeur qui, dans cette urgence crue, nous rappelle à notre commune humanité, ces étrangers ignorés qui sont autant de frères.

Le lendemain, les jours suivants, comment faire avec les survivants parqués, les cadavres, les cercueils, l’émotion impuissante, atterrante ?

Les survivants viendront commémorer, un an après. La vie écornée, blessée. Gagnée.

L’opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Il se découvre si désarmé, lui aussi, et dénonce en creux l’indifférence européenne, interroge le seuil de tolérance qui doit être celui des politiques, des citoyens, des témoins, des hommes ensemble. Faut-il cette mésaventure ordinaire pour voir, comprendre, agir ? Gageons que ce récit intime et universel, ode à la vie et à la fraternité, contribue à notre vigilance.

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