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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


À propos de « Voulons-nous vraiment l’égalité ? » de Patrick Savidan

Publié par Rédac' sur 27 Septembre 2016, 22:00pm

Catégories : #livres

À propos de « Voulons-nous vraiment l’égalité ? » de Patrick Savidan

Julien Vercel

Patrick Savidan , philosophe et fondateur de l’Observatoire des inégalités (2003) veut résoudre, dans cet ouvrage publié chez Albin Michel, l’apparent paradoxe suivant : depuis les années 1990, la connaissance des mécanismes qui produisent des inégalités a progressé. Par ailleurs, il existe un « consensus social frappant sur la nécessité de réduire ces inégalités ». Or, par nos comportements, nous faisons « le choix de laisser filer les inégalités ».

Dans une passionnant et stimulant parcours intellectuel, l’auteur rejette les explications fondées sur l’hypocrisie, la mauvaise foi ou encore l’aveuglement par les intérêts de classe. Il démontre leurs insuffisances ne serait-ce que parce que cela impliquerait que l’humanité soit divisée entre ceux qui seraient soumis à leurs déterminismes psychologiques ou sociaux et ceux qui seraient raisonnables et rationnels. Le « régime d’injustice » que nous connaissons et que nous entretenons est plutôt le résultat de décisions prises par des individus « ni irrationnels, ni déraisonnables ». Patrick Savidan cherche vers ce qu’en économie, on appelle les externalités négatives, ces décisions qui « produisent un mal (ici, une injustice sociale) », mais qui n’ont pas toujours été « engagées intentionnellement à cette fin ».

Mais alors, comment en est-on arrivé là ? En passant de l’Ancien régime à la modernité, l’horizon d’attente de chacun s’est profondément modifié. Hier, il était à l’image de l’expérience vécue, de la simple reproduction du passé, aujourd’hui, il s’est largement ouvert et l’arbitraire honni est bien ces foutues inégalités au regard de l’avenir, celles qui créent d’injustes disparités nous empêchant de réaliser nos projets. D’autant plus que les responsables politiques sont incapables de définir un projet collectif, tout occupés à conquérir et conserver leur pouvoir ! D’autant plus que l’État -en particulier l’État -providence- se révèle impuissant à résoudre nos problèmes ! Ainsi, l’incertitude est devenue particulièrement inquiétante. L’incertitude n’est plus cette condition positive pour exercer notre liberté, notre autonomie, notre créativité et pour inventer l’avenir. Elle est désormais négative, elle est un frein à nos projets. Dès lors, ce que nous envions aux privilégiés, ce n’est pas leur montre Rolex qu’ils se payent avant 50 ans, ni leur consommation effrénée et sans bornes. Ce que nous leur envions, c’est le « dernier privilège » : cette « capacité « de se soustraire à l’arbitraire, à l’incertitude, au risque négatif ». Eux, ils ont « la certitude, la maîtrise des risques, le sentiment d’avoir non seulement un mode vie source de satisfactions, mais un mode vie protégé au mieux de l’arbitraire, de l’incertitude », autrement dit : « la sûreté » ou la sécurisation de leur position.

Dans cette société, l’objectif rationnel de chacun est donc d’accéder à la position la plus avantageuse et de se donner les moyens de la conserver, d’externaliser l’arbitraire vers les autres et, pour ne pas être dominé, de maîtriser les leviers de la domination. Bref, si nous accentuons les inégalités, c’est parce que nous résistons à la domination par la domination !

La conséquence n’est pas la disparition de la solidarité, mais sa redistribution. C’est la préférence donnée à la solidarité « chaude », la solidarité de proximité sur la solidarité « froide », celle de l’État lointain et redistributif. Chacun est ainsi tenté de renégocier ses rapports à la collectivité pour asseoir au mieux son espace de domination et constituer une oligarchie protégée.

En régime d’accentuation des inégalités, les riches comme les pauvres deviennent conservateurs ! Pire, l’extrême-droite et la droite dite « populaire » redéfinissent la solidarité « chaude » sur les seules bases raciales ou « identitaires » dénonçant les « assistés » toujours parmi les catégories les plus défavorisées de notre société.

Dans une ultime partie intitulée « Décoloniser l’avenir », Patrick Savidan rappelle que l’histoire de la démocratie n’est pas écrite et qu’elle peut donc s’inventer positivement. À ce titre, les pistes qu’il livre ne devraient pas nous être totalement étrangères : miser sur la coopération plutôt que sur la concurrence ; impliquer dans toute décision les personnes qu’elle affecte ; éviter l’entre-soi qui consacre toujours le règne d’une oligarchie... Et, surtout, pour s’inventer un avenir, il faut se libérer de cette inquiétude du présent où nous sommes tout occupés à conserver notre position avantageuse, où nous justifions nos décisions égoïstes par l’égoïsme supérieur que nous prêtons aux autres. Pour cela, un autre rapport au temps est nécessaire, car la société de marché mobilise nos esprits dans le seul présent, il faut donc prendre le temps de la confiance et du débat. De midi à minuit. Certes. Et au-delà.

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JPB 28/09/2016 18:48

Plus maçonnique, tu meurs...

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