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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


La Franc-maçonnerie sous le régime de Vichy (2/3)

Publié par Rédac' sur 21 Novembre 2016, 00:14am

Catégories : #articles

Claude Bou .°.

Pour Pétain, un juif n’est pas responsable de ses origines, un franc-maçon l’est toujours de ses choix. Et, pour lui, « ses choix » ont mené la France à sa perte : « Vous ne devez pas hésiter, la Franc-Maçonnerie est la principale responsable de son malheur ; c’est elle qui a menti aux Français et qui leur a donné l’habitude du mensonge. Or c’est le mensonge et l’habitude du mensonge qui nous ont amenés où nous sommes » (15 janvier 1943, à Bernard Faÿ).

L’arsenal juridique anti-maçonnique se met donc en place avec la loi du 13 août 1940 sur les associations secrètes dont l’article 2 déclare la nullité des associations visées ; l’article 3 donne un cadre juridique à la confiscation des biens de ces associations ; l’article 4 impose aux fonctionnaires de s’engager par une déclaration formelle de n’avoir pas appartenu ou d’avoir rompu toute attache avec lesdites associations...

Remarquons que cette loi ne nomme aucune obédience, des décrets ultérieurs en établissent donc la liste précise. D’autre part, le vocable d’« association secrète » est impropre, car les obédiences et les loges sont, comme toute association, régies par la loi de 1901 et enregistrées légalement en préfecture.

Des services sont créés pour mettre en œuvre la politique anti-maçonnique : le Service des sociétés secrètes avec, successivement, Bernard Fäy puis l’Amiral Platon ; le Service de police de Jean Marques-Rivière (celui là même du film Forces occultes) ; le Service allemand des sociétés dissoutes ; le Centre d’action et de documentation dirigé par Henri Coston s’installe rue Puteaux dans l’immeuble de la Grande loge de France (GLDF).

Bernard Faÿ s’installe rue Cadet, dans les locaux du Grand orient de France (GODF) avec son Service des sociétés secrètes qui compte une centaine d’agents et demeure sous la surveillance permanente de la Gestapo. Faÿ est professeur au Collège de France, administrateur de la Bibliothèque nationale. La revue mensuelle, Les documents maçonniques, est publiée sous son égide et il écrit, dans son premier éditorial : « Nous pouvons offrir au public un fil conducteur en lui livrant les archives maçonniques telles que nous les avons réunies. Partout, nous avons retrouvé la même force en action et partout nous avons constaté que ce mal n’était, ni à son origine, ni dans son essence, un mal français. Parasite monstrueux, la Franc-Maçonnerie a grandi notre abaissement ».

Dans son équipe, Bernard Faÿ dispose d’adjoints efficaces. D’abord Jean Marques-Rivière et Robert Vallery-Radot comme rédacteurs en chefs de la revue Les Documents maçonniques publiée entre 1941 et 1944. Ils animent les conférences en régions sur les « dangers » de la franc-maçonnerie. Ensuite, Faÿ peut compter sur William Gueydan de Roussel, chargé de récupérer le maximum de mobiliers et d’archives exploitables dans les temples maçonniques, préalablement saisis et mis sous séquestre. Enfin, en collaboration étroite avec l’occupant, le Service des sociétés secrètes organise une importante exposition anti-maçonnique qui circule dans toute la France et recevra jusqu’à un million de visiteurs.

Le durcissement de l’arsenal juridique en 1941

Une seconde loi, le 11 août 1941, vient compléter celle de 1940. Et elle va plus loin que la précédente, notamment en énumérant les fonctions et les mandats interdits aux francs-maçons... en se référant aux  interdictions prévues par la loi du 2 juin 1941 portant statut des juifs.

La loi comporte trois volets : les biens immobiliers, les biens mobiliers et les personnes.

En ce qui concerne le volet immobilier, ce sont les temples maçonniques qui sont visés. En règle générale, un liquidateur est nommé, et il est ensuite procédé à vente aux enchères des biens mobiliers, sauf ceux raflés par les déménageurs de Gueydan de Roussel pour le compte du service de Bernard Faÿ.

Quand ils le peuvent, les frères anticipent. Ainsi, à Grenoble, 70 personnes représentant les 5 loges occupant le temple de la rue Billerey, se réunissent, détruisent ou cachent un maximum de documents, juste 48 heures avant l’arrivée du liquidateur ! Le temple est ensuite vendu et  détruit pour reconstruire un immeuble neuf et faire ainsi une belle opération immobilière au passage. A priori, il s’agit du seul temple entièrement détruit pendant l’occupation.

À Saint-Étienne, l’immeuble est vendu en décembre 1941 à un acquéreur dont le prénom est... Francisque et la rue des Francs-maçons est débaptisée. À Périgueux, les insignes maçonniques sculptés à même la façade du temple, trop proche de la cathédrale Saint-Front, sont jugés indignes, trop voyants et sont détruits (ils seront restaurés en 1987). La rue des Francs-maçons est aussi débaptisée par le conseil municipal en 1941.

Le volet mobilier concernent les meubles et les archives. C’est là qu’interviennent Gueydan de Roussel et ses déménageurs. Vichy autorise qu’ils soient accompagnés de deux militaires allemands, même quand la « tournée » s’effectue en « zone libre » au second semestre de 1940, à Grenoble, Toulouse, Nîmes, Marseille, Aix, Salon-de-Provence ou Berre.

Le troisième volet a trait aux personnes. Désormais, les listes d’anciens dignitaires doivent paraître au Journal officiel de l’État français (JOEF). Les déclarations solennelles de non appartenance permettent soit d’organiser les premières révocations et démissions d’office, soit de confondre plus tard les faux déclarants. Des recoupements avec les documents trouvés par les allemands dans les obédiences parisiennes, ou par les perquisitions dans les temples de province affineront l’entreprise.

La Franc-maçonnerie sous le régime de Vichy (2/3)

En Isère, et vraisemblablement pour faire un exemple, le premier touché comme démissionné d’office sera Léon Perrier, sénateur et président du Conseil général. 18 000 noms seront publiés au JOEF, souvent repris dans Les Documents Maçonniques de Bernard Fäy et dans la presse régionale. Le journal stéphanois, Le Mémorial, ouvrira même une chronique régulière (51 parutions) intitulée « Les dignitaires de la Franc-maçonnerie ».

La police a l’ordre de surveiller tous les anciens francs maçons, car Vichy a vite compris le risque de collusion qu’il peut y avoir avec les mouvements de résistance.                    

À suivre

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