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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Mario Mercier et le « Witch Cinema » (2/3) : la revanche d’une époque, le sexe des années 1970

Julien Vercel

Malgré toute l’originalité de ce « Witch Cinema », il s’inscrit dans le mouvement cinématographique de l’époque. Et l’époque, c’est l’irruption du sexe sur les écrans. Ce sexe n’a pas le même statut dans La Goulve et dans La Papesse, car, entre temps, la réglementation sur le classement X est intervenue.

La Goulve participe en 1972 à la prolifération de ces films qui montrent des corps nus, des scènes « osées », là où la ligne entre érotisme et pornographie n’était pas encore tracée. Emmanuelle (de Just Jaeckin, 1974) est la version « grand public » de cette libération cinématographique giscardienne après l’emprise gaulliste et pompidolienne. De son côté, Mario Mercier a toujours affirmé qu’il ne se souciait pas de cet air du temps, mais qu’il y avait été contraint par son producteur Bepi Fontana. Ledit producteur est crédité ainsi au générique de La Goulve : « Réalisation Bepi Fontana en collaboration avec Mario Mercier ». En fait, Bepi Fontana a remonté le film pour y ajouter des scènes érotiques. C’est pourquoi Mario Mercier n’a pas de mots assez dur envers lui : « ce n’était pas un homme honnête » (entretien, 1kult.com, 10 mai 2010) ; « il venait là que pour gueuler, mais il n’a rien réalisé ! » (entretien, Culturopoing.com, 12 octobre 2009). La cousine Nadine subit ainsi la scène érotique la plus gratuite (et la plus ridicule) : arrivée chez Raymond, elle s’installe dans une chambre, repousse Raymond qui tente de l’embrasser (« Raymond sois sage, cela ne se fait pas entre cousins »), puis, restée seule, elle bloque la porte avec une chaise, lit une lettre d’amour sortie de son sac, se déshabille devant la glace de l’armoire et se frotte à la glace pendant que la lecture de la lettre continue en off !

On comprend mieux l’hostilité de Mario Mercier envers son producteur. D’ailleurs, dans La Goulve,  alors que Mario Mercier interprète un facteur pressé, Bepi Fontana joue un ivrogne qui traite Raymond de « démon », casse sa bouteille et quand il lèche le vin répandu sur une pierre, un serpent arrive et le tue. Et toc !

Puis intervient la loi de finances pour 1976, elle majore les taxes pour les films « classés X » par une « commission du classement des œuvres cinématographiques » dépendant du ministère de la Culture et limite leur diffusion à des salles spécialisées. Bien que Mario Mercier affirme que La Papesse, « ce n’était pas un film porno » (entretien, 1kult.com, op. cit.), le film est classé X. Et il est vrai que La Papesse est classée X moins pour ses scènes de sexe finalement bien sages et limitées au spectacle de la nudité que pour ses scènes de sadisme (femme emprisonnée dans une porcherie, scènes de torture, de viols...), voire de blasphème (communion avec une hostie noire, éjaculation dans un calice...). Le rapport de la censure explique que le film n’est qu’« une succession de scènes de sadisme, de torture et de violence. Un mépris total et permanent de la personne humaine y est affiché de manière tellement grossière et tellement révoltante que la Commission propose l’interdiction totale » (Commission le 4 juillet 1974, citée par Frédérick Durand, article La Papesse, Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques, sous la direction de Bier Christophe, Serious Publishing, 2011). Le film finit par sortir en février 1976. Et Mario Mercier a raison : le film n’est pas du tout pornographique.

 Il y a certes une prolifération de femmes possédées et nues dansant pendant la scène du sabbat, il y a aussi ce plan fixe sur un autre disciple dansant tout aussi nu, il y a ces seins qui apparaissent dans certaines scènes et sont masqués dans d’autres !

Mais toutes les scènes de copulation sont invisibles, seulement amorcées ou suggérées. Le « Witch Cinema » de Mario Mercier ne tombe pas -sauf sous l’influence de Bepi Fontana dans La Goulve- dans le genre du « nudie », ces films où les comédiennes se déshabillent très vite, sans aucune vraisemblance, ni cohérence scénaristique. Il ne cède que très partiellement à la mode de l’époque. En revanche, La Goulve comme La Papesse offrent plusieurs portraits de femmes qui font écho avec des préoccupations plus anciennes.

À suivre : la revanche d’une époque, nouvelles femmes, anciennes peurs

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