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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Miguel Serrano, un diplomate entre pensée völkisch et lunatic fringe/ Éléments biographiques (1/4)

Publié par Rédac' sur 23 Décembre 2016, 20:16pm

Catégories : #articles

Stéphane François

[Cet article est paru initialement dans Les Cahiers de psychologie politique, n°19, août 2011]

Miguel Serrano est né en 1917 et mort le 28 février 2009. Ce diplomate chilien est, selon l’universitaire américain Jocelyn Godwin, « une figure majeure » de l’ésotérisme d’extrême droite. En effet, il a joué un rôle important dans l’élaboration, après la Seconde guerre mondiale d’un ésotérisme nazi ainsi que d’un néo-paganisme nazi. Cependant, son influence ne s’est pas limitée à ces milieux radicaux et marginaux. Parmi ses lecteurs, nous trouvons des personnes évoluant dans les milieux New Age, d’autres intéressées par les questions de spiritualité et enfin des amateurs de ses romans.

Miguel Juaquin Diego del Carmen Serrano Fernandez est né dans une famille d’intellectuels et de diplomates. Dans un premier temps marxiste, il rejoignit, en 1938, le Movimento Nacional Socialista de Chile (« Mouvement national-socialiste du Chili »), les nazis chiliens, après leur coup d’État avorté. Ce parti était dirigé par Jorge Gonzáles von Mareés. De son propre aveu, Serrano a été impressionné par la mort, lors de cette tentative, de soixante-deux de ces militants, tués par la police et l’armée chiliennes. Cependant, selon Goodrick-Clarke (« La renaissance du culte hitlérien : aspects mythologiques et religieux du néo-nazisme », Politica Hermetica, n° 11, 1997), il ne devient antisémite qu’à la suite de la lecture du fameux faux antisémite, Les Protocoles des Sages de Sion, en 1941. En effet, avant 1941, les nazis chiliens, Serrano compris, n’étaient pas antisémites, leur ennemi étant avant tout le marxisme. Par contre, suite à la lecture des Protocoles, Serrano le devint radicalement. Durant la guerre, Serrano entretient des relations avec les ambassades des forces de l’Axe et édita une revue qui leur était favorable, La Nueva Edad (« L’Âge nouveau »), qui publiait de la littérature conspirationniste, donnée par un Schutzstaffel (SS) de l’ambassade allemande à Santiago.

Nicholas Goodrick-Clarke voit les prémisses de l’engagement de Miguel Serrano dans son enfance ainsi dans son environnement social. En effet, il aurait suivi une scolarité dans un établissement dans lequel enseignaient des officiers prussiens. Or, ces immigrés allemands, ainsi que des chiliens descendants de colons blancs, ont créé une idéologie raciste et ségrégationniste dans laquelle les origines nordiques jouent un grand rôle. Ainsi, Serrano pensait qu’il descendait d’Aryens implantée dans le Nord de l’Espagne (Black Sun. Aryan cults, Esoteric Nazism and the Politics of Identity, New York University Press, 2002). Il adhéra à des spéculations « ésotérico-völkisch » apportées par un immigré allemand, connu sous les seules initiales « F. K. », et arrivé au Chili au début du XXe siècle. Cet immigré est vite devenu un gourou, le « Maître » d’un supposé « Ordre brahmanique chilien », autour duquel s’est formé un groupe. Ce dernier pratiquait une forme de magie sexuelle ressemblant aux pratiques de l’Ordo Templis Orientis de Kellner et d’Aleister Crowley (L’Ordo Templis Orientis avait été fondée en 1902 par l’industriel allemand Karl Kellner. C’était une société comprenant une initiation à la magie sexuelle, de nature shivaïte. À la mort de son fondateur, l’ordre fut développé par le successeur de Kellner, Theodor Reuss qui diffusa ces doctrines dans les milieux occultistes : il initia entre autres Aleister Crowley, qui prit ensuite le contrôle de celui-ci). Le groupe autour de l’« Ordre brahmanique chilien » pratiquait aussi le yoga, une pratique peu commune à l’époque. Le gourou de ce groupe voyait en Hitler le rédempteur de la « race aryenne ». Ces spéculations se mêlèrent chez Serrano à une vision particulière de la volonté de puissance nietzschéenne et à des brides de psychologie jungienne.

Après la guerre, Serrano entama une carrière d’écrivain. Ses textes furent alors, selon Goodrick-Clarke, « caractérisés par une grande puissance d’imagination, un riche symbolisme et la mythologie complexe des habitants du Chili ». Certains des textes de Serrano furent traduits en français : Elella ou L’amour magique, Jean Curutchet, 1998 ; Nietzsche et l’éternel retour, Jean Curutchet, 1999 et enfin, Les Visites de la reine de Saba, Michalon, 2001. Serrano profita de la fin du conflit pour faire du tourisme engagé en Europe. Ainsi, en 1951, il visita les ruines du bunker de Hitler, se promena le long de la prison de Spandau où était enfermé Rudolf Hess et se rendit au Berghof avant sa destruction. C’est durant ce voyage de militant qu’il se lia avec l’écrivain pacifiste et Prix Nobel Hermann Hesse.

En 1953, il se plia à la tradition familiale et devint diplomate, avec l’objectif d’être envoyé en Inde, source essentielle de savoir ésotérique selon lui. Cette même année, il y fut nommé ambassadeur et resta en poste jusqu’en 1962. Il profita de cette affectation en Inde pour visiter des sanctuaires himalayens, rencontrer des gourous et s’initier au yoga. Durant le même temps, il se lia avec Nehru et sa fille, Indira Gandhi, ainsi qu’avec l’actuel Dalaï Lama, Tenzin Gyatso. Par la suite, il fut nommé ambassadeur en Autriche entre 1964 et 1970. Durant cette affectation, Serrano entretint des relations suivies avec des nazis comme Léon Degrelle, Otto Skornezy, Hans-Ulrich Rudel and Hannah Reitsch et rendit visite à l’ésotériste d’extrême droite Julius Evola et à l’archéologue völkisch Herman Wirth. Enfin, il discuta avec l’écrivain fasciste Ezra Pound et se lia d’amitié avec l’ex SS Saint-Loup (pseudonyme de Marc Augier). Parallèlement à ses activités d’ambassadeur, Serrano représenta le Chili au sein de différentes organisations internationales. Mais surtout, il continua de publier des ouvrages traitant de sujets ésotérico-symboliques : Las Visitas de la Reina de Saba (Nascimento, 1960) ; La Serpiente del Paraíso (Nascimento, 1963) et surtout El círculo hermético, de Hesse a Jung (Zig-Zag, 1965) dans lequel il raconta son amitié avec le psychanalyste et l’écrivain.

Cependant, l’amitié qui l’aurait lié à Hesse et à Carl Gustav Jung est peut-être à relativiser, surtout avec Jung. En effet, Serrano va dévorer à compter de 1947 l’œuvre du psychanalyste suisse et va estimer qu’il existe une similitude entre l’approche jungienne et ses thèses. Dès lors, il cherchera à le rencontrer. Ce qu’il fera en 1959. Il rencontrera un Jung vieillissant, âgé de 84 ans. Les deux se rencontreront en tout et pour tout que quatre fois entre 1959 et mai 1961, en plus d’un échange épistolaire. Jung avait l’habitude de débattre avec un certain nombre de personnes et les relations avec Serrano ne sortent pas du lot. C’est surtout ce dernier qui gonflera l’importance de ces relations dans son livre, traduit en français sous le titre G. Jung et Hermann Hesse, récit de deux amitiés (Georg, 1966). Jung n’en préfacera pas moins la traduction anglaise de Las Visitas de la Reina de SabaThe Visits of the Queen of Sheba (Routledge & Paul Kegan, 1972).

Serrano sera limogé en 1970 par le président nouvellement élu, Salvador Allende. Son limogeage par un président marxiste radicalisera son engagement politique : il y vit la concrétisation de sa vision conspirationniste, née de la lecture des Protocoles. Il quittera le Chili et s’installera alors dans l’ancienne maison d’Hermann Hesse, dans le Tessin en Suisse. Il ne retournera au Chili qu’après le coup d’État du général Pinochet, sans pour autant avoir de la sympathie pour le nouveau régime, il écrit : « La junte fut un désastre pour le Chili. (…) Les militaires chiliens aidèrent à réprimer le coup d’État nazi de 1938 et Pinochet a aidé les juifs et les supercapitalistes à s’emparer du Chili. J’ai toujours été ouvertement contre Pinochet (…) ». De ce fait, il ne retrouvera pas son poste d’ambassadeur.

Il publiera alors plusieurs textes importants, notamment sa trilogie sur Hitler : Hitler. El Cordon Dorado (Editorial Solar, 1978, réédité en 2001) ; Adolf Hitler. El Ultimo Avatâra (Ediciones la Nueva Edad, 1984) et Manu : « Por el Hombre que Vendra » (1991). Le second ouvrage de cette trilogie, Adolf Hitler. El Ultimo Avatâra, dédié « À la gloire du Führer, Adolf Hitler », est une somme de 600 pages qui peut être considéré comme le testament philosophique de Serrano. Surtout, il montre la grande culture de Serrano. Il s’agit, selon Godwin, « l’exposé moderne le plus complet qui ait été écrit sur la philosophie thuléenne ». Conjointement à cette trilogie, Serrano publiera des ouvrages ouvertement néonazis comme Nacionalsocialismo. Unica Solución para los Países de América del Sur, (Alfabeta 1986) et La Resurrección del Héroe. Año 97 de la era Hitleriana (Alfabeta 1987) et dont un en l’honneur de Léon Degrelle, Nuestro Honor se Llama Lealtad (1994). Il écrira aussi six ouvrages traitant du yoga, du tantrisme ou de l’amour magique. Serrano va élaborer au travers de son œuvre une cosmologie déroutante pour l’observateur mais cohérente et complexe, dont nous allons expliquer les grandes lignes.

À suivre : « L’hitlérisme ésotérique »

Commenter cet article

Nettoyeur 24/12/2016 14:06

Encore un troll qui nous empêche d'apprécier un article original...

toujours la même chose 24/12/2016 16:43

Vous confondez excellent article du rédact. et commentaire ampoulé d'Arsène. Vous avez pu apprécier l'article ci-dessus ! Non ?

Arsène 23/12/2016 21:01

Encore un article utile à l'exploration d'un imaginaire nauséabond
qu'il est hélas utile de connaître

toujours la même chose 24/12/2016 11:38

Aucune originalité dans vos commentaires, comme de us...

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