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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Colonnes, piliers et chandeliers: quelle place dans le temple ?

Publié par Rédac' sur 21 Janvier 2017, 22:53pm

Catégories : #livres, #L'Age des Symboles

Rédac!

Qu’on se le dise, il faut lire, relire et faire lire l’ouvrage fondamental produit par René Guilly (1921-1992) sous le pseudonyme de René Désaguliers: Les Trois grands piliers de la franc-maçonnerie. Colonnes et chandeliers dans la tradition maçonnique. Le pseudonyme choisi par Guilly évoque John Theophilus Desaguliers, né Jean Théophile Désaguliers à La Rochelle en 1683 à La Rochelle, mort en 1744 à Londres, pasteur anglican et scientifique, qui fut l'un des fondateurs de la franc-maçonnerie des Moderns).

Cette nouvelle édition révisée par Roger Dachez est proposée par les éditions Véga depuis 2011. Il s’agit de la synthèse de deux cahiers aujourd'hui introuvables, parus en 1961 et 1963 dans lesquels Désaguliers avait, le premier, synthétisé après de sérieuses recherches, cette question essentielle dans l’identité des deux grandes familles maçonniques dites “française“ et “écossaise”.

L’étude précise en effet les deux manières originelles dont sont disposés les “piliers”, sous forme de chandelier dans le cas des français, “colonnes” chez les écossais dans un temple maçonnique et cette place détermine une appartenance soit à la tradition des modernes (rite français), soit à celle des anciens (rite écossais ancien et accepté-REAA). Ces termes n’impliquent en fait aucune antériorité d’un courant sur un autre. Roger Dachez écrit  à ce propos: “Nous n’avons aucun élément, dans la littérature maçonnique du temps, pour nous éclairer sur la signification précise de chacun de ces deux dispositifs. Nous ignorons lequel a précédé l’autre et si l’un a évolué en se différenciant de l’autre, ou si les deux ont été imaginés indépendamment. Nous en sommes réduits, sur ces points, à de pures conjectures. » (« Comment une Loge est-elle disposée ? », pierresvivantes.hautetfort.com, 2 mai 2013 d’où proviennent les schémas qui suivent).

Quoi qu’il en soit, chez les Modernes, les trois piliers sont figurés par des chandeliers placés autour du tapis de loge. Ils sont ci-dessous figurés par des étoiles. Comme on le voit, un premier chandelier est situé au Nord-Est, un deuxième au Sud–Ouest, un troisième au Sud-Est.

Ils symbolisent respectivement le soleil, la lune et le maître de loge.

Colonnes, piliers et chandeliers: quelle place dans le temple ?

Quant aux Anciens, ils ont choisi une autre disposition présentée dans les schémas ci-dessous. On notera au passage qu’en 1804, date de structuration du REAA, le deuxième surveillant est passé du Sud-Ouest à l’Ouest, les piliers qui sont en fait des colonnes, représentant la sagesse (le V:.), la force (le 1er Surv.) et la beauté (le 2d. Surv.). Cette trilogie renvoie à une autre, celle que formaient des prières chrétiennes pratiquées en Angleterre qui référaient à la force du père, à la sagesse du fils glorieux et à la grâce (la bonté) du saint-esprit.

Colonnes, piliers et chandeliers: quelle place dans le temple ?

Le fait qu’il ne se trouve, dans tous les cas de figure, que trois piliers dans un temple maçonnique ne signifie pas qu’il puisse en exister un quatrième absent, virtuel, caché, mais cela illustre une fois de plus la présence constante du ternaire, et pas uniquement de la Trinité.

Chez les modernes, c’est en effet d’abord la course du soleil qui est symbolisée par la place des chandeliers, celui du Nord-Est figurant le soleil levant, en même temps qu’il marque le solstice d’été, celui du Sud-Ouest évoquant le soleil couchant et le solstice d’hiver, celui du Nord-Est, symbolisant le midi. Si l’on imagine d’autre part le lever du soleil au moment du solstice d’été et son coucher au moment du solstice d’hiver, cette course fictive correspond à une durée de douze heures qui était celle de la journée de travail des maçons opératifs. C’est en tout cas l’analyse qu’en fait René Guilly à partir de textes relevant de la maçonnerie opérative écossaise, au sens géographique du mot, documents qui associaient aussi le chandelier du Nord-Est au Maître-maçon, celui du Sud-Ouest au Surveillant et le troisième au Compagnon. Les deux premiers renverraient en outre, selon l’auteur, aux deux patrons de la maçonnerie : saint-Jean-Baptiste et saint-Jean-L’Évangéliste.

On constatera donc que si l’origine chrétienne de la franc-maçonnerie à quoi nous ramène continûment Guilly dans ses interprétations, autant pour ce qui tient aux  colonnes « sagesse, force et beauté » que pour ce qui concerne les chandeliers « soleil, lune et maître de loge », est incontestable, l’interprétation du choix des modernes dans leur dispositif spatial n’implique aucune métaphysique explicite, mais propose un double référent cosmologique et associatif. Pour autant, la triologie « sagesse force et beauté » n’aura pas été ignorée de ces modernes, mais elle a été euphémisée dans le triangle symbolique formé par les deux colonnes J et B et le personnage de Salomon.

Aux XIXème et XXème siècles, la simplification des rituels employés au Grand orient de France (GODF) ayant conduit à la suppression du tapis de loge et, par voie de conséquence, à celle des chandeliers, cette tradition des modernes a passablement reculé et elle n’a été réactivée que dans les années 1970, notamment avec l’arrivée dans plusieurs obédiences du rite français rétabli. On peut d’ailleurs estimer que dans certaines pratiques de loges, le fait de conserver une bougie sur les plateaux du vénérable et des surveillants constitue une trace des chandeliers disparus avec le tapis de loge.

Signalons un autre ouvrage de René Désaguliers, réédité chez Dervy en 2012 : Les deux grandes colonnes de la franc-maçonnerie, dont nous ne manquerons pas de rendre compte dans une version déployée de cette note à paraître dans Critica masonica n° 10, juin 2017. Deux ouvrages méritent également d'être consultés, sur lesquels nous reviendrons, même s'ils poussent un peu loin le bouchon de l'interprétataion: Philippe Langlet, Les trois lumières de la loge, éditions de la Hutte, collection franc-maçonnerie, 2011; Alain Lejeune, Les trois grands piliers, MdV éditeur, collection les symboles maçonniques, 2015. 

Précisons in fine, pour en finir provisoirement avec cette affaire des plus sérieuses que, tous rites confondus, au bistrot, avant ou après la tenue, les piliers peuvent, tous rites confondus, se trouver en nombre indéterminé.

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Arthur 24/01/2017 17:57

Ô piliers de notre sagesse! Merci de cette ouverture vers une tradition laïcisée. Ce genre de texte manque aux maçons dits libéraux.

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