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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


« La Franc-maçonnerie italienne à nouveau dans la tourmente »

Publié par Rédac' sur 12 Février 2017, 12:30pm

Catégories : #articles

Notre confrère du blog « 3, 5, 7 et plus », qui déniche régulièrement des nouvelles de la maçonnerie des pays voisins  et à qui nous reprenons l’essentiel de ce texte avec son autorisation, nous annonce que la franc-maçonnerie italienne se trouve à nouveau en difficulté à cause d’un des membres du Grand orient d'Italie, Giulio Occhionero, lequel serait impliqué avec sa sœur Francesca dans une affaire de piratage informatique.

Ingénieur nucléaire de formation, ancien vénérable de la loge romaine Paolo Ungari-Nicola Ricciotti-Pensée et Action, Giulio Occhionero est accusé de cyber-espionnage. Il aurait en effet piraté des centaines d'adresses électroniques de personnalités parmi lesquelles celles de francs-maçons italiens de premier plan. Stefano Bisi, Grand maître du Grand orient d'Italie, figure parmi les victimes de ce piratage.

Il n'en fallait pas davantage pour que cette affaire relance les spéculations sur les prétendues collusions entre la franc-maçonnerie italienne et les affaires politico-financières. En octobre dernier, Rosy Bindi, présidente de la très active commission parlementaire chargée de la lutte contre la mafia, avait d'ailleurs demandé en vain au Grand orient d'Italie qu'il fournisse la liste complète de ses membres. Le Grand maître Stefano Bisi avait évidemment refusé d'accéder à cette demande au nom du respect de la liberté d'association et de la vie privée.

Rappelons que le Grand orient n’est plus le représentant transalpin de la maçonnerie « régulière »,  face à la Grande loge d’Italie, mixte est plus libérale.

Ce Grand orient italien, la plus ancienne obédience  du pays a toujours eu du mal à se relever du traumatisme provoqué par le scandale de la loge P2 dans les années soixante-dix alors même qu'il n'y a jamais été impliqué directement puisque la P2, dirigée par le sulfureux Licio Gelli, était devenue une loge sauvage, totalement irrégulière, et donc hors de son contrôle. Néanmoins, le Grand orient d'Italie a profondément souffert des répercussions médiatiques de l'affaire au point que des tensions internes n'ont jamais cessé de jalonner la vie de l'obédience. Ces tensions ont fini par atteindre leur paroxysme avec la scission de 1993. Une minorité de frères a alors quitté le Grand orient pour aller fonder la Grande loge régulière d'Italie immédiatement reconnue par la Grande loge unie d'Angleterre.

Il faut se souvenir que l'Italie était alors plongée dans une très grave crise institutionnelle. C'était le temps de l'opération « mains propres » (Mani Pulite) qui a décimé les grands partis italiens de l'après-guerre (notamment La Démocratie chrétienne et le Parti socialiste) et qui a abouti à une recomposition politique majeure dont l'Italie ne s'est toujours pas véritablement remise vingt-cinq après. L'Italie a un régime parlementaire classique et pratique la proportionnelle intégrale. Elle souffre en permanence de l'instabilité du pouvoir exécutif. Encore tout récemment, Matteo Renzi n'est pas parvenu à faire adopter par le peuple italien une réforme constitutionnelle censée mettre un terme à l'instabilité des gouvernements. Il a été contraint de présenter sa démission de la présidence du Conseil.

Le climat régnant au sein du Grand orient d'Italie est-il à ce point délétère qu'il aurait pu motiver Giulio Occhionero à se lancer dans une opération de violation de la correspondance électronique des responsables de sa propre obédience ? Il est bien entendu impossible de l'affirmer pour l'instant. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que le Grand maître Stefano Bisi est fort contesté depuis son élection en 2014. L'homme, journaliste professionnel, est rédacteur en chef du Corriere di Siena et directeur adjoint du groupe d'édition Corriere dell'Umbria. Son nom a été cité dans l'affaire de la faillite de l'équipe de basket de Sienne.

Des opposants à Stefano Bisi, au sein du Grand orient, ont fait également valoir que celui-ci avait été élu à la grande maîtrise avec le soutien des loges calabraises comme pour mieux insinuer un appui mafieux. Ce sont des affirmations invérifiables. Et même si ces informations étaient vérifiables, que pourrait-on en déduire ? Que tous les francs-maçons calabrais sont des criminels en puissance ? Sienne n'est pas en Calabre, mais en Toscane. Par ailleurs, le frère Bisi n'a jamais fait l'objet de la moindre condamnation. En outre, rien ne permet d'attester que la franc-maçonnerie en Calabre ait fait l'objet d'une infiltration mûrement pensée par la sinistre Ndrangheta, l'organisation mafieuse calabraise. Il est vrai qu'on a beaucoup glosé en Italie sur la présence supposée de la mafia dans les loges du Mezzogiorno. Ainsi on a parfois cru pertinent d'établir des parallèles ou des rapprochements entre les pratiques rituelles de la Ndgrangheta et les pratiques rituelles maçonniques. Il en va comme si l'existence de rituels impliquait nécessairement une sorte de parenté naturelle entre les deux organisations.

Dans une intéressante étude publiée dans le n°78 de La Chaîne d'Union (octobre 2016), Jacques de Saint-Victor préfère parler de « zone grise ». Les loges auraient été la matrice d'alliances étroites et profitables entre des milieux professionnels et des groupes mafieux. Les clans auraient eu besoin d'investir les loges pour rencontrer et sympathiser avec des acteurs locaux de la vie économique, politique, sociale, associative. La zone grise ne désigne donc pas une collusion ou une collaboration consciente, assumée et cynique mais davantage une fréquentation, une coexistence, une porosité ou encore un clientélisme dont les loges auraient été en quelque sorte des points de passage. Jacques de Saint-Victor se réfère notamment à l'opération Olimpia qui a porté un rude coup à la Ndrangheta.

Sauf que le premier maxi-procès depuis le lancement de cette opération va bientôt avoir lieu. Et comme l'a indiqué le Grand maître Bisi au journal Il Tempo, le 11 janvier 2017, sur les soixante-douze membres importants de la Ndrangheta qui ont été assignés à comparaître devant la justice, il n'y a aucun membre du Grand orient d'Italie. Ce que les enquêteurs ont pu vérifier. Les esprits chagrins ou méfiants pourront objecter que la franc-maçonnerie italienne ne se réduit pas au Grand orient d'Italie (23 000 membres pour 850 loges). Mais en même temps, s'il y avait eu ne serait-ce qu'un seul franc-maçon dans le box des accusés, la presse n'aurait pas manqué de le signaler.

L'affaire Giulio Occhionero qui vient d'éclater, tombe donc au plus mal pour la franc-maçonnerie italienne et plus particulièrement pour Stefano Bisi. Ce dernier ne ménage pourtant pas ses efforts pour redorer l'image de son obédience si étroitement liée à l'histoire italienne. Les enquêteurs devront donc déterminer si l'affaire doit être circonscrite à des luttes intestines au Grand orient d'Italie ou s'il s'agit d'une affaire de droit commun d'une plus vaste ampleur.

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