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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Avec 135 ans de retard, Christophe Colomb débarque en France avec ses chevaliers

Publié par Rédac' sur 23 Juin 2017, 22:11pm

Catégories : #articles

Jean-Pierre Bacot

« Charité, unité, fraternité, patriotisme ». La société fraternelle catholique et très conservatrice des Chevaliers de Colomb vient de débarquer en France avec plus d’un siècle de retard. De quoi étonner des Nord-Américains qui seraient en voyage en France et auraient connaissance de cette tardive transposition. « Tabarnak les voilà t’y pas  icitte aussi, sont t’y pas kétaines en maudit! ?», diront certains francophones du coin.

Fondés en 1882 aux États-Unis, à New Haven dans le Connecticut par l’abbé McGivney, un prêtre catholique d’origine irlandaise, The Knights of Columbus avaient comme premier objectif politique, celui de concurrencer les puissantes sociétés paramaçonniques anglophones protestantes. Ces organisations populaires et fraternelles comme les Odd Fellows ou les Foresters, nées  à Manchester au milieu du XIXème siècle avaient été transposées en Amérique du Nord avec l’immigration. C'est ce que l’on appelait peu charitablement the poor masonry (Les Sociétés fraternelles, un essai d’histoire globale, Dervy, 2007).

Il s’est donc agi d’un contrefeu catholique destiné à soustraire les foules papistes d’une influence de ces fraternités jugées  doublement dangereuses en ce qu’elles étaient géographiquement proches et proposaient une sorte d’assurance maladie et décès, voire une mutualité, dans un contexte social qui en était largement dépourvu, la charité catholique étant moins bien organisée.

Pour autant, tout une partie de l’Église canadienne française aura marqué d’entrée de jeu son opposition farouche à ce qui exhalait par trop pour elle un parfum de franc-maçonnerie. Mais c’est la logique géopolitique qui l’emporta et les Knights of Columbus se répandirent très vite aux États-Unis, ne tardant pas à passer la frontière Nord pour se franciser ensuite  dans la partie catholique et francophone du Canada, notamment au Québec, en Ontario et au Manitoba.

On ne nota à l’époque aucune tentative d’installation des Chevaliers sur le sol français, sans doute parce que l’ambiance républicaine portait davantage les religieux locaux à se protéger, voire à émigrer qu’à installer ce type de société, d’autant que les catholiques n’avaient pas en face d’eux des concurrents protestants actifs dans les milieux populaires.

Il existe quatre grades dans cette fraternité catholique, donnant lieu à des cérémonies à caractère initiatique. Ils correspondent aux quatre mots-clés de la devise des Chevaliers de Colomb : Unité, Charité, Fraternité-Patriotisme. La première étape vise l’unité, il s'agit de mieux connaître l’association et ses engagements. La deuxième et la troisième permettent aux chevaliers de confirmer leurs  engagements en se dévouant à  une communauté où le travail d’équipe est valorisé. Le quatrième degré met en valeur le patriotisme.

Bien qu’en déclin comme l’ensemble des sociétés fraternelles et de la franc-maçonnerie elle-même en Amérique du Nord, les Chevaliers sont encore actifs et se sont spécialisés, sans grand succès, dans la promotion des vocations sacerdotales. Ils affichent (faut-il les croire?) environ 1,8 million de membres, essentiellement aux États-Unis, au Canada et aux Philippines. Une branche féminine The Daughters of Isabella, les filles d’Isabelle (la catholique) a été fondée en 1897.

C’est uniquement la branche masculine qui vient de s’installer en France, avec deux conseils à Paris dans les XIIIème et XVIIème arrondissements, un à Saint-Cyr-sur-Mer dans le Var, un à Envermeu en Seine-Maritime  et un à Dardilly dans le Rhône, tout cela avec la bénédiction des autorités catholiques, notamment le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. L’un des importateurs des Chevaliers de Colomb en France, Arnaud Bouthéon est un ancien militant contre le mariage pour tous. À cela rien d’étonnant, dans la mesure où la chevalerie colombienne, très familialiste, ont toujours milité, en Amérique du Nord, contre l’avortement et, plus largement toute évolution sociétale en matière de moeurs .

En France, il semble que la population paroissiale locale apprécie modérément cette arrivée tardive, pour cause d’un certain fondamentalisme, mais surtout  du fait du retour affiché sans complexe d’un masculinisme défensif. Dans l’édition du 22 mai dernier, on pouvait en effet lire dans Le Progrès quotidien régional, cette déclaration du père Martin Charcosset, responsable du groupe d’une quinzaine d’hommes du conseil des Chevaliers de Dardilly dans le Rhône, affirmant qu’il s’agissait: « d’offrir des lieux qui permettent de se retrouver et d’échanger selon des problématiques précises. Les femmes ont toujours été très impliquées dans la gestion des paroisses, et de ce fait les hommes ont eu des difficultés à trouver leur place. Ce n’est pas clivant, mais les discussions des hommes, des pères de famille ne sont pas forcément les même que celles de leurs épouses (…) ».

Nous sommes ici dans la logique de Sauvons les garçons, développée il y a quelques années par Jean-Louis Auduc (Descartes, 2009) à propos de la nécessité de préserver les jeunes mâles des succès scolaires féminins qui traumatisaient certains.

Les catholiques qui s’indignent aujourd’hui de cette approche sexuée différentialiste auraient-ils oublié que l’ensemble du clergé et des ordres monastiques de leur religion apostolique et romaine a toujours relevé de cette séparation ? Les très méchantes langues souligneront que c’est l’ordre des chaisières, lui aussi féminin, qui se révolte contre le retour de flamme des masculinistes.

Cet écho lointain d’un rapport de force Nord-américain à la fois religieux et  linguistique, aujourd’hui largement apaisé sur place, parfois au prix d’autres intolérances, relancera t-il la foi déclinante des Français ? Probablement pas, mais il ne sera pas dit que la gestion du déclin puisse être confiée à des femmes.

Nous verrons si les titulaires du quatrième degré des Chevaliers de Colomb, particulièrement dédiés au patriotisme, défileront pour la Saint-Jean d’été en costume, avec leur cape rouge et leur épée au côté, dont le pommeau représente la tête du « découvreur » de l’Amérique. Ces quatrièmes degrés étaient jadis voués, dit la légende, à une franche détestation des protestants et des francs-maçons. Ils ont pourtant singé ce qu’avaient construit leurs adversaires.

En attendant de telles démonstrations publiques des Chevaliers, des marches des pères de famille sont organisées pour occuper les troupes. Le Conseil Jean Marie Vianney, du nom du fameux curé d’Ars, de Dardilly entend relancer la tradition en se greffant également sur des pèlerinages existants : « Depuis 40 ans, des pèlerins de toute la France cheminent chaque année par petits groupes vers le sanctuaire de Cotignac, dans les magnifiques paysages de la Provence verte. C'est un lieu unique, qui porte les grâces de la Sainte Famille, depuis les apparitions au 17° siècle de Marie portant l'Enfant Jésus et de Saint Joseph.

Plusieurs pères de famille de Dardilly ainsi que le père Charcosset organisent pour la première fois cette année un groupe paroissial qui participera au pèlerinage de Cotignac du vendredi 30 juin matin au dimanche 2 juillet en fin d'après-midi. C'est l'occasion pour les pères de famille de Dardilly de marcher ensemble, et se porter dans l'amitié et la prière. Il est ouvert à tous, quel que soit son âge et sa foi ».

Un protestant peut donc participer à ces activités, pourvu que cela ne soit pas une femme. Que l’on se rassure, un pèlerinage des mères de famille est également prévu à une autre date.

Sinon, le premier ou la première qui parlera de transposer cette problématique sexuée dans l’univers maçonnique sera réputé(e) avoir mauvais esprit.

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