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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Les Trotskismes français pour les nuls

Publié par Rédac' sur 18 Juin 2017, 23:05pm

Catégories : #articles

Jean-Pierre Bacot

Il existe en France trois groupes politiques se réclamant du trotskisme, dont la visibilité publique a été accrue par leur présence aux élections depuis quelques décennies. Ils ont pour dénomination actuelle Lutte ouvrière (LO), le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et le Parti ouvrier indépendant (POI). Nous passerons sur les infra-groupuscules qui peuvent être repérés par ailleurs, avec pas moins de quinze autres groupes se réclamant peu ou prou du trotskisme, pour tenter d’expliquer ce que fut la généalogie de ces trois partis.

On nous permettra une question préjudicielle. Faut-il écrire Trotski ou Trotsky ? Les deux, mon Général (de l’Armée rouge) ! Encore qu’il semble que les adversaires semblent préfèrer le « i » et les partisans le « y ». Nous alternerons en conséquence, non par crise aigue de jésuitisme, mais pour ne pas entrer dans un choix qui nous échappe.

On peut, quoi qu’il en soit de cette question orthographique, se demander s’il ne s’agit pas, avec le trotskisme (l’orthographe « trotskysme » existe également), d’une de ces fameuses exceptions culturelles françaises. Le fait qu’il n’existe aucun pays dans notre vaste monde où les groupes politiques se réclamant de ce courant révolutionnaire se trouvent à la fois aussi nombreux et d’une relative importance quantitative plaide pour cette hypothèse d'une spécificité française, même s’il se trouve au moins deux groupes trotskistes au Royaume-uni.

Cela explique peut-être également qu’aucun de ces groupes ne soit philo-européen, au-delà de la critique qu’ils partagent d’une Europe économiquement libérale. L’internationalisme prolétarien pousserait-il à une forme de nationalisme dans un cadre jugé hostile ? Question possible à l’étude des loges, structures que les trotskistes n’aiment pas, nous y reviendrons. Le site inprecor.fr donne, en tout cas, un aperçu de ce qui se discutera au prochain congrès de la IVème internationale.

Depuis 1969, la visibilité du trotskisme en dehors des mondes politiques et journalistiques s’est étendue du fait qu’à chaque élection présidentielle, on voit apparaître des candidats issus de cette mouvance d’extrême-gauche. Ce fut le cas lors de la dernière édition en 2017, même si à côté de Philippe Poutou représentant le NPA et Nathalie Arthaud, LO, il n’y eut pas pour ce millésime de candidat du Parti ouvrier indépendant, lequel appelait à voter pour Jean-Luc Mélenchon.

 

La création

La naissance de cette variante du marxisme peut être datée de 1929, année où Lev Davidovitch Bronstein, dit Léon Trotsky, fut expulsé de Russie par Iossif Vissarionovich Djougasvili, alias Joseph Staline. Dès 1930, une Ligue communiste était fondée en France pour regrouper les amis de Trotski en exil, ce groupe éditant un journal resté célèbre, La Vérité. Après les émeutes de février 1934 menées par l’extrême droite antiparlementaire, durement réprimées et qui eurent un impact considérable dans la politique nationale, quelques dizaines de militants adhèrent à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Mais dès l’année suivante ils furent exclus de cet ancêtre du parti socialiste, sur un chef d’accusation qui deviendra célèbre : « l’entrisme ».

Les trotskistes, dans leur volonté de construire un parti révolutionnaire alternatif à la fois au stalinisme et à la social-démocratie, vont se diviser à la fin des années 1930 autour de trois pôles que nous mentionnons ici dans la mesure où ils sont à l’origine des organisations présentes aujourd’hui en marge du paysage politique français.

Première tendance, celle des fondateurs de la IVème internationale en 1938 avec Trotski, Raymond Molinier et Pierre Frank (on parlera très vite d’un courant « frankiste ») qui tentent d’installer des comités d’action révolutionnaires, lesquels formeront, en 1936, un Parti communiste internationaliste (PCI).

Deuxième courant, celui des amis de Pierre Naville, les plus proches à l’origine de Trotsky qu’on appelait déjà « le vieux » (il était né en 1879), mais qui se séparent des fondateurs et créent le journal Lutte ouvrière. Ce titre devient l’organe d’un Parti ouvrier internationaliste (POI), organe de la section française d’une quatrième internationale (celle des socialistes était la deuxième et celle des communistes la troisième). Une partie des membres de ce POI se joindra au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) créé par Marceau Pivert, venu de la gauche de la SFIO, Naville refusant cette  fusion avec le PSOP.

Plusieurs militants, dont Fred Zeller, qui deviendra plus tard Grand maître du Grand orient de France (1971-1973), Jean Rous et Yvan Craipeau, rejoints par Pierre Boussel (dit Pierre Lambert) fondent un troisième groupe, les Jeunesses socialistes révolutionnaires, éditrices de Révolution.

Nous passerons sur les débats et les attitudes des disciples de Trotski qui sera assassiné en 1940, pendant la Deuxième guerre mondiale, dans la mesure où il ne s’agit pas pour nous de résumer ici une histoire du trotskisme français, mais simplement d'en tracer quelques lignes. Pour un approfondissement de la question, voir notamment : Daniel Bensaïd, Les Trostskysmes, PUF, 2002 ; Michel Lequenne, Le Trotskysme, une histoire sans fard, Syllepse, 2005 ; Jean-Jacques Marie, Le Trotskysme et les trotskystes, Armand Colin, 2004 ; Jean-Jacques Marie, Le trotskysme, Flammarion, 1970 ; Jacques Roussel, Les Enfants du prophète, histoire du mouvement trotskiste en France, Spartacus, 1972.

 

La reconfiguration après la Libération

Après la Deuxième guerre mondiale, deux courants à tout petit effectif vont apparaître en France. Le Parti communiste internationaliste (PCI) est le principal, formé autour de Pierre Lambert (Pierre Boussel) et ceux qu’on appelle les lambertistes. Il se fonde aussi une autre équipe, dirigée par Barta (David Korner), qui deviendra plus tard l’Union communiste (UC), puis après 1968, Lutte ouvrière.

Le PCI, né avant-guerre, va bientôt être traversé de scissions ce qui illustrera la blague traditionnelle : « un trotskiste, un parti, deux trotskistes, une internationale, trois trotskistes, une scission » . La fraction dominante constituera la section française de la quatrième internationale. Celle ci explosera à son tour en son troisième congrès en 1952, les deux premiers congrès n’ayant pas été pour autant très calmes. Elle était menée par la tendance pabliste, du nom de Michel Pablo (Michalis N. Rapris), son principal animateur. Les lambertistes vont créer de leur côté un comité international pour la reconstruction de la quatrième internationale, future Organisation communiste internationaliste (OCI) dans laquelle ils se regroupaient et elle ne participera pas à la réconciliation internationale partielle qui interviendra en 1963.

Nous sauterons allégrement sur les conséquences dans ces groupes de la guerre d’Algérie qui vit, entre autres aspects, se créer une section algérienne et ancrer une dimension anticolonialiste dans les corpus idéologiques, pour en venir au renouveau trotskiste qui suivra mai 1968, dans la mesure où s’est installé à cette époque un paysage qui existe encore aujourd’hui.

On retrouve les trois courants que nous avons rapidement décrits. Les pablistes du PCI fonderont une Ligue communiste, plusieurs fois dissoute avant de devenir, en 1973, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) animée notamment par Alain Krivine et Daniel Bensaïd. La LCR qui se transformera en 2009 en Nouveau parti anticapitaliste (NPA), présentant des candidats aux principales élections, notamment présidentielles. Elle obtiendra des scores modestes : Krivine fera 1,06% en 1969 ; 0,37% en 1974. En 1981, la LCR appellera à voter pour Arlette Laguiller de Lutte ouvrière ou Georges Marchais du Parti communiste français (PCF). Sept années plus tard, la Ligue participera à la candidature avortée de Pierre Juquin, dissident du PCF. En 1995, le choix fut donné aux sympathisants entre les verts (Dominique Voynet), les communistes (Robert Hue) ou les cousins trotskistes (Arlette Laguiller). L’arrivée d’Olivier Besancenot en 2002 offrit un score de 4,25%. En 2012, Philippe Poutou descendit à 1,15% et il vient de faire 1,09%. Mais aux élections européennes, l’existence d’un système proportionnel permettra au NPA d’avoir deux députés européens. Le mot d'ordre du NPA, souvent repris: "non au racisme et à l'islamophobe" a parfois porté à des accusations d'islamo-gauchisme.

Lutte ouvrière, la plus explicitement trotskiste des organisations existantes à ce qu’en disent ses partisans, aspect que l’on peut contester eu égard à une non appartenance à la IVème internationale, a, elle aussi, connu plusieurs préfigurations avant d’adopter, après 1968, et par métonymie le nom de son journal, l’intitulé politique exact du parti étant Union communiste internationaliste. Organisation à caractère quasi initiatique à forte emprise sur ses membres, LO teste ses adhérents, elle les forme comme d’éventuels futurs clandestins dotés d’un pseudonyme. Ce caractère fermé contraste avec un affichage public lors de fêtes annuelles depuis 1971 et une présence électorale. Arlette Laguiller, porte-parole du mouvement, a été présentée aux élections présidentielles en 1974, 1981, 1988, 1995, 2002 et 2007. En 1995 et 2002 elle dépassera le score des 5%, mais retombera en 2007 à 1,34%. Nathalie Arthaud qui lui succèdera en 2012 et 2017 ne passera pas les 1%.

LO aura connu sa période la plus calme dans les années où Hardy (Robert Barcia) dirigeait le parti. Comme les autres groupes, l’organisation fera l’objet de départs, notamment vers la LCR. C’est notamment l’une des fractions dissidentes de LO qui, aujourd’hui, mène le bal au NPA. Combien a–t-elle aujourd’hui de membres ? Autour de 4 000 disent les spécialistes.

Le Parti des travailleurs est sans doute le plus discret des trois groupes trotskistes français. L’organisation communiste internationaliste créée en 1965 est devenue quelques mois à la mort du fondateur, en janvier 2008, le Parti ouvrier indépendant. Daniel Gluckstein et  Gérard Shivardi qui le dirigent  seront exclus en 2015 et fonderont un petit groupe, le Parti ouvrier indépendant démocratique. Le PÖI a conservé Informations ouvrières et le POID édite la Tribune des travailleurs

Les lambertistes ont toujours entretenu un rapport privilégié avec le syndicat Force ouvrière (FO) qui salarie plusieurs de ses militants. Mais ils ont aussi fourni un nombre important de dirigeants socialistes. Jean Christophe Cambadelis, Jean-Marie le Guen, Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon. Certes, il existe aussi dans ce milieu des anciens de la Ligue communiste comme Julien Dray et Henri Weber Une jeunesse trotskiste leur aura permis d’apprendre des méthodes d’action politique à l’efficacité reconnue. Celui qui est peut-être le plus brillant ancien de la LCR et qui avait refusé de cofonder le NPA, Christian Piquet, pour fonder son propre groupe, la Gauche unitaire qui participa du Front de gauche, vient d’adhérer avec sa petite équipe au Parti communiste français.

 

Et la maçonnerie dans tout ça?

D’ abord une citation célèbre du « vieux », qui date de 1922 et que connaissent toutes celles et ceux qui, devenus maçons possèdent un passé trotskiste : « La franc-maçonnerie est une plaie mauvaise sur le corps du communisme français. Il faut la brûler au fer rouge ». Autre citation, de la même année, moins connue : « Bassesse, quémandage, écorniflage, aventurismes, carriérismes, parasitisme au sens le plus direct et le plus matériel du mot, ou bien au sens-plus occulte et ‘spirituel’, voilà ce que signifie la franc-maçonnerie pour ceux qui viennent à elle d’en bas ».

Léon Trotsky voyait dans la maçonnerie, comme dans la Ligue des droits de l’homme, un lieu de collaboration de socialistes avec des radicaux bourgeois, mais il craignait également, comme les lignes qui précèdent en témoignent, que des prolétaires accèdent aux loges et se compromettent. La plupart des trotskistes perdurants pensent la même chose, à quelques lambertistes près.

Quoi qu’il en soit, après quatre-vingt années d’existence, les trois principales familles politiques trotskystes françaises ont de quoi tenir encore vingt ans pour fêter leur centenaire... en ordre dispersé.

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Commenter cet article

durruti 25/09/2017 09:55

Et la maçonnerie dans tout cela? Et bien tout simplement l'existence d'anciens et d'actuels militants trotskistes dans différentes obédiences. S'agissait-il ou s'agit-il d'une tentative d'entrisme? Je ne le crois pas.

Léon 20/06/2017 12:08

Cambadelis et quelques autres vont avoir des loisirs pour réfléchir à leur glorieux passé

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