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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Olympe de gouges : l’audace d’une humaniste (1/2)

Publié par Rédac' sur 19 Août 2017, 19:23pm

Catégories : #articles

P. Descat

Recalée au Panthéon, Olympe de Gouges est entrée comme première femme « réelle » de l’histoire, au milieu des figures d’hommes et des allégories, dans l’enceinte encore très masculine de l’Assemblée nationale, le 19 octobre 2016.  Retour sur un parcours exceptionnel.

Une franc-maçonne ?

Son biographe, Olivier Blanc, affirme qu’elle était « franc-maçonne », sans pour autant citer précisément sa loge d’appartenance. Elle était en tout cas très proche de la loge des "Neufs soeurs", loge intellectuelle ou même révolutionnaire dont le chevalier Cubière, son amant, était un fondateur éminent. « Il est probable qu’elle appartint à une loge d’adoption féminine en rapport avec la loge des Neufs Sœurs, ou avec la loge de la Candeur…. Aux yeux d’un contemporain, Olympe de Gouges avait assurément le profil de la femme franc-maçonne », écrit Olivier Blanc. Elle était par ailleurs très amie avec deux sœurs, la comtesse Fanny de Beauharnais et la cantatrice Julie Candeille de la loge d’adoption « La Candeur ».  Au XVIIIème siècle, les femmes ne pouvaient qu’appartenir à des loges d’adoption même si leur place dans ces loges a évolué au cours du temps. Si, vers 1760-70, les femmes étaient encore réduites à se contenter d’un acte de présence lors des tenues, peu à peu elles prennent les maillets et s’installent dans leurs rôles. C’est vers 1775, qu’elles peuvent voter. Alors que les femmes de l'aristocratie et de la grande bourgeoisie occupent une place importante dans de multiples sociétés, il est difficile pour les francs-maçons français de les tenir à l'écart d'un nouvel espace de sociabilité. S'appuyant sur le fait que rien dans les Constitutions d'Anderson n'interdit aux dames d'être reçues aux banquets et divertissements qui suivent les travaux, ni de participer aux cérémonies religieuses de deuil ou de la Saint-Jean -et ces derniers ayant pris l'habitude de nommer « sœurs » les femmes présentes à ces occasions- s'instaure lentement une « franc-maçonnerie des dames ». Ces pratiques deviennent une maçonnerie dite d'« Adoption » qui se structure en loges et se développe principalement en France et dans plusieurs pays d'Europe. On peut y voir une forme anticipatrice de loges mixtes. Qu’Olympe de Gouges fût ou non membre d'une loge « d’adoption », ce qui est certain, c’est sa très grande proximité avec la franc-maçonnerie dont elle porta les valeurs dans son combat incessant pour la liberté, l’égalité, la fraternité, la dignité humaine. Olympe de Gouges a longtemps été revendiquée comme enjeu d’un seul débat, celui du féminisme, à quoi elle a été réduite par des gens qui ne connaissent souvent d’elle que sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » dédiée à la Reine, combat qui ne représente qu’un aspect de son humanisme. Elle n’était pas plus féministe que bien des hommes ou des femmes de son temps, nous dit Olivier Blanc dans son livre : Olympe de Gouges, une humaniste à la fin du XVIIIème.  Elle s’est battue pour mille autres causes que celle des femmes et particulièrement à chaque fois que la liberté ou la dignité de l’être humain quels que soient son âge, son sexe ou sa couleur de peau, lui semblait menacée.

 

Mariage précoce forcé... et liberté du veuvage

Née Marie Gouze en 1748 , officiellement fille de Pierre Gouze, boucher à Montauban, et d’Anne Olympe Mouisset, elle est en réalité fille illégitime d’un homme de lettres, magistrat, Jean-Jacques le Franc, le marquis de Pompignac. Il l’accueillit chez lui jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans, avant de la rejeter sous la pression familiale. Olympe, bâtarde, fille du peuple dont la naissance dessine une fracture qui la situe aux marges de la société, conçut une haine pour l’injustice qui ne la quitta jamais. Mariée contre son gré à 17 ans à un homme âgé qu’elle n’aimait pas, mère d’un fils à 18 ans, elle se retrouve veuve à 19 ans. C’est avec soulagement qu’elle retrouve sa liberté qu’elle n’aliénera plus jamais.  Elle inspire pourtant une passion durable à un riche célibataire, Jacques Bietrix de Rozière, entrepreneur de transports militaires qui l’emmènera à Paris avec son fils qu’elle éduquera avec passion. Bien qu’elle soit sans instruction et sans fortune, elle refusera d’assurer sa sécurité en l’épousant. Éprise de liberté et de sincérité, elle rejette le mariage, « tombeau de la confiance et de l’amour » écrit-elle et se déclare en faveur de ce qu’elle appelle « l’inclination naturelle ». Elle voit dans le mariage arrangé une forme majeure de l’oppression des femmes. Olympe revendique le droit au divorce et préconise d’autres formes d’union, un contrat civil par exemple plus favorable à l’amour. La Révolution française lui donnera satisfaction sur ce point avec les grandes lois de septembre 1792 sur l’État civil. Pour une fille de sa condition, jeune, jolie et ambitieuse, il n’existait alors d’autre alternative que le mariage ou la galanterie. Olympe refusant le mariage, les chroniqueurs de l’époque s’empresseront de lui établir une réputation de femme galante et feindront jusqu’au bout de ne voir en elle qu’une courtisane.

 

Et Marie devint Olympe

Elle refuse de se faire appeler la veuve Aubry et décide de se forger un autre nom : Olympe de Gouges. Elle mènera pleinement sa vie de femme, femme amoureuse, femme libre, femme engagée participant au débat de la vie publique, mère, elle vivait la maternité comme un accomplissement, chef de famille monoparentale élevant seule son enfant. Olympe adore son fils Pierre qui pourtant la trahira au moment où elle passera sur l’échafaud.

À Paris, elle apprend très vite ce qu’est l’exclusion, la marginalité, fille naturelle qu'elle est, non reconnue, illettrée, occitane, intelligente, indomptable, imprudente. Elle se montrera plutôt fière d’être la fille d’un homme de lettres. Fervente admiratrice de Rousseau, elle se regardait comme une enfant de la nature. Sa bâtardise, ne fut pas vécue comme un fardeau, bien au contraire, elle en fit un motif de fierté, y puisant la confiance dans ses talents naturels. Dans ses récits, elle fait référence à sa naissance illégitime et écrit un roman pour protester contre la discrimination dont sont victimes les enfants naturels. Elle pénètre dans les milieux littéraires et commence à écrire vers 1783. On l’acceptait volontiers courtisane, mais on trouve incongrue ses prétentions intellectuelles.

 

Femme auteur de théâtre

« Femme et auteur : un statut non une essence » nous dit-elle. Femme parce que c’est une détermination à laquelle on n’échappe pas, auteur parce qu’elle s’est faite elle-même auteur et veut vivre libre et s’inventer dans ses œuvres. Elle se consacre intégralement à l’écriture par le théâtre, les écrits philosophiques et les interventions politiques.

Sa carrière véritable littéraire commence en 1788. Elle écrivait avec difficulté et était obligée de dicter à des secrétaires, qui transcrivaient plus ou moins fidèlement. Elle appartenait à une culture orale, et le français n’avait été pour elle qu’une seconde langue. Le maniement de la plume l’embarrassa toujours, elle convenait volontiers de ne pas avoir l’art d’écrire.  « On ne m’a rien appris, reconnaissait-elle, élevée dans un pays où l’on parle mal le français, je n’en connais pas les principes ». Mais Olympe se moquait déjà des critiques et commençait à se passionner pour les idées de la Révolution naissante et pour la carrière littéraire. Elle aborde de front les problèmes de société les plus fondamentaux, avec courage et une grande audace. Elle écrira plus de 30 pièces de théâtre dont beaucoup se sont perdues, mais dont plusieurs furent jouer à la Comédie française et dans d’autres théâtres. Elle se passionna dans ses pièces de théâtre pour les sujets touchant à la discrimination : l’esclavage, le colonialisme, la peine de mort, la justice, le droit au divorce, les vœux forcés, auxquels on contraignait tant de jeunes filles sans dot. Elle présenta avec lucidité les préoccupations de son temps. En 1788, elle publie sa pièce, Zamore et Mirza ou L’heureux naufrage, avec un texte remarquable par sa force d’indignation, intitulé, Réflexions sur les hommes nègres. Elle y prenait parti pour l’abolition de l’esclavage, bousculant en quelques lignes les honteux préjugés sur le racisme, fondés sur la croyance en une malédiction divine : « Quand s’occupera-t-on de changer le sort des nègres, ou, au moins de l’adoucir ? L’homme partout est éga. » ; « La couleur de l’homme est nuancée comme dans tous les animaux que la nature a produit, ainsi que les plantes et les minéraux ». Olympe de Gouges compta parmi les quelques femmes du club des Amis des Noirs. La Comédie française décida enfin de jouer Zamore et Mirza, rebaptisé L’Esclavage des Nègres. Le soir de la générale, l’ambiance était surchauffée, partisans et adversaires de l’esclavage s’affrontèrent jusque sur la scène. Le maire de Paris déclara que « cette pièce incendiaire pourrait provoquer une insurrection dans les colonies » et elle fut retirée du répertoire au bout de trois représentations.

En 1790, elle écrit La Nécessité du divorce : pièce inédite en trois actes. L’Assemblée n’autorisera le divorce qu’en septembre 1792. Cette pièce formait sans doute une trilogie sur le mariage au cœur de son œuvre. Le Couvent ou Les Vœux forcées n’élève pas seulement une protestation contre les pressions d’origine familiale, sociale, sexiste ou religieuse qui forcent les jeunes filles à prononcer des vœux contre leur gré. Le couvent symbolise en soi toute clôture : sclérose d’une religion de charité, transformée en instrument répressif. Le théâtre d’Olympe de Gouges est un instrument d’analyse des comportements et des attitudes morales auxquels le siècle était confronté. Le monde va changer et elle ne cessera d’être attentive à ces changements. Mais surtout à l’approche de la Révolution, elle commençait à s’enthousiasmer pour les idées nouvelles et à préférer l’action politique à la carrière littéraire.

Elle abordait les sujets qui lui tenaient à cœur, ceux de la participation des femmes à la vie publique et à la reconnaissance de leurs talents. Elle s’exposait à la violence et à la misogynie à laquelle elle répondit un jour avec humour : « Les Merveilleux de la Cour crièrent à l’audace et prétendirent qu’il valait mieux que je fisse l’amour que des livres. J’aurais pu les en croire… s’ils avaient été en mesure de me le persuader ». Consciente d’être traitée de façon indigne comme femme, elle ne pourra plus se satisfaire du truchement de l’écriture pour défendre les droits. Elle va intervenir directement contre la discrimination faite aux femmes et passe du statut d’écrivain à celui de femme citoyenne, engagée dans la défense de ses droits.

À suivre

Commenter cet article

Marc Meurrens 25/08/2017 17:27

Merci frat pour vos articles.
Petit message pour vous signaler 2 typos faciles à corriger :
Dans Olympe de Gouges 1/2 : 'la' mariage ou la galanterie
Dans 2/2 : 'paris' avec 'p' minuscule.
Bien frat
Marc, Bruxelles

Julien Vercel 26/08/2017 14:17

Merci de votre lecture attentive.
C'est corrigé!

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