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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


« Penser l’Humain », la question de la mort de la mort ou le risque radical de l’homme confronté à lui-même et à ses créations

Publié par Rédac' sur 17 Juin 2017, 09:39am

Catégories : #livres

Joël Jacques

Les progrès fulgurants des biotechnologies, combinés à la révolution des technologies de l'information, laissent entrevoir un avenir radicalement différent pour l'humanité. L'homme cybernétique, le « transhumain », peut-il vraiment « sauver l'homme » ou doit-il susciter nos craintes ? À travers la critique de l'argumentaire transhumaniste, qui est fondé sur une conception appauvrie de ce qui fait l'humain, Thierry Magnin, dans Penser l’humain au temps de l’homme augmenté (Albin Michel, 2017),  nous invite à porter un nouveau regard sur notre humble condition. Qu'est-ce que l'homme à l'heure où l'on pourra bientôt remplacer tous ses organes par des machines intelligentes, voire transférer son psychisme ? L'anthropologie chrétienne peut-elle nous aider à aborder avec confiance la révolution annoncée afin que celle-ci nous ouvre, non à un abandon de l'humain, mais à son plein accomplissement ?

Le père Thierry Magnin, spécialiste du dialogue entre la science et la foi, est recteur de l’université catholique de Lyon depuis le 1er septembre 2011. Il est ingénieur (École catholique d'arts et métiers-ECAM), docteur en théologie, docteur en sciences physiques et professeur des universités avec habilitation à diriger des recherches (HDR) dans cette même matière. C’est à ces divers titres qu’il nous propose ici un dialogue avec le transhumaniste. Il s’agit d’un propos particulièrement intéressant par le fait qu’il ne s’attarde pas inutilement sur une description des mécaniques et des intelligences artificielles (IA), qui prendrait, comme dans la plupart des ouvrages sur le sujet, le pas sur la qualité du discourt. L’ouvrage s’adresse à tous. L’auteur considère le débat comme entier, il ne s’attarde pas plus qu’il n’est besoin à redéfinir les éléments, même s’ils sont tous présents et que le lecteur peut choisir. Thierry Magnin reste ainsi dans la droite ligne des propos du pape François, à savoir ; « Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes natu­rels entre eux et avec les systèmes sociaux (LS 139). Il ne suffit plus de parler seulement de l'intégrité des écosys­tèmes. Il faut oser parler de l'intégrité de la vie humaine, de la nécessité d'encourager et de conjuguer toutes les grandes valeurs. »(Encyclique Laudate Si, juin 2015)

Il est cependant un élément fondamental de l’éthique transhumaniste qui affirme qu’un être humain, un citoyen, est un être autonome qui n’appartient à personne d’autre qu’à lui-même et qui décide seul de son corps, des modifications ou non qu’il souhaite lui apporter, aussi bien à son cerveau, son ADN ou à son intégrité physique. C’est probablement cette conception de la liberté absolue de l’homme sur ce qu’il est et ce qu’il peut devenir et surtout sa liberté de conscience dont il est question. Ce fondamental porte tout aussi bien sur la nature matérielle de l’être que sur ses croyances et ses soumissions psychiques. Dès lors, pour le transhumaniste, l’être humain est libre de croire ou de ne pas croire en une vérité révélée et sa qualité éthique, morale, son humanité, ne peut qu’en être enrichie. Là ne se situe pas le problème. En effet, la seule voie qui importe c’est de pouvoir se libérer des contraintes de la machine humaine, de ses faiblesses et de ses malfaçons. Peut-être la nature de l’homme, son humanité, en fait-elle aussi partie ?

La contrainte la plus importante et celle dont il faut, à terme, venir à bout, c’est celle de la mort et la relégation de la mort a une pathologie curable est, en soi, une remise en question du Sujet, une remise en question de la nature humaine. Cela nous amène à nous confronter à Dieu et s’identifiant à lui. Ici, l’anthropocentrisme doit trouver sa limite dans le contrôle de l’objet.

Bien évidemment, ce principe fondamental et cette limite, présentée comme nécessaire, impliquent un corollaire important et que l’on oublie bien souvent : si l’on greffe un bras cybernétique à quelqu’un pour remplacer un membre amputé, c’est bien le bras qui est greffé sur l’homme et non l’homme sur le bras robot, d’où l’importance de penser l’humain, mais aussi, de penser en humain. C’est sur ce point que l’éducation à la conscience de l’altérité tout autant que la maitrise du risque qui consisterait à penser qu’une IA puisse présenter un autre comportement que celui, très limité de l’empathie cognitive.

Un autre corollaire est celui de la conscience que l’homme peut avoir de lui-même et de son existence face aux grands mouvements éthiques et de croyance qui fondent l’humanité telle qu’on la connait. Ainsi, pour les chrétiens, l'homme possède une dimension éternelle. Et cette éternité est donnée sur la base d'une conversion, au sein de la vie. Bien sûr, il existe des similitudes entre l'espérance chrétienne de résurrection, à l'image de celle du Christ, et la quête transhumaniste d'un corps amélioré et délivré de la fatalité de la mort. Saint-Paul, lui-même, aurait dit « Le dernier ennemi détruit, c'est la Mort » (1ère lettre aux Corinthiens, 15-26). Dieu aurait donc créé l'homme avec la volonté de lui laisser la possibilité de s'élever au-delà de lui-même, au-delà de ses contraintes biologiques, au-delà, même, de son existence. Mais le christianisme prône un homme « transfiguré » plutôt qu'un homme « augmenté » qui aurait perdu, de par ses « augmentations », ses modifications, de son humanité. L’homme augmenté ne serait-il donc pas, quelque part, le reflet de l’insatisfaction de l’être à découvrir et subir ses propres limites.

D'après Thierry Magnin, le potentiel des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (NBIC) est incroyable mais il doit rester, dans la conscience, un moyen et non une fin. Quand ces technologies permettent de lutter contre les maladies, d'éradiquer les problèmes qui restreignent le développement de l'humain, elles doivent être encouragées. Car l'homme a toujours essayé de dépasser ses limites et c'est louable, mais il ne faut pas que ce dépassement débouche sur une absence totale de limites. Nier la mort ou espérer que supprimer la souffrance physique puisse être une fin en soi est une illusion dangereuse et déresponsabilisante. On soulignera l’effort de l’auteur à ramener l’être au cœur de sa permanence, et ce, au-delà de ses métamorphoses.

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