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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Inventer une troisième grande politique d’émancipation

Publié par Rédac' sur 19 Juillet 2017, 17:01pm

Catégories : #articles

Le 8 juin 2017, les loges Le Tout-Monde et Antigone recevaient, pour une conférence-débat, Philippe Corcuff, sociologue, sur le thème : « Émancipation, brouillages contemporains et enjeux libertaires pour le XXIème siècle ». Retour sur quelques propos et échanges...

Philippe Corcuff a connu un parcours d’engagements successifs, depuis le Mouvement de la jeunesse socialiste jusqu’à la Fédération anarchiste. Suite aux récentes élections présidentielles et législatives et aux brouillages partisans qui les ont accompagnées, il est nécessaire d’inventer une troisième grande politique d’émancipation, après la républicaine et démocratique du XVIIIe siècle, après la sociale des XIXe et XXe siècles. Car l’épuisement actuel des politiques d’émancipation classiques laisse le champ au « nostalgisme » du « c’était mieux avant » et à une « extrême-droitisation » avec, entre les deux, un « brouillard confusionniste et idéologique ». Pour trouver le chemin vers cette troisième grande politique d’émancipation, Philippe Corcuff est fidèle à sa méthode pragmatique de mise en rapport de plusieurs auteurs pour créer des « éclats d’intelligibilité ». C’est ainsi qu’il en dégage quelques fondements originaux.

D’abord la troisième grande politique d’émancipation sera en rupture avec la tendance oligarchique, celle encore forte au sein du mouvement socialiste qui fait trop vite passer du verbe pronominal « s’émanciper » au verbe transitif « émanciper par ». Or l’objectif est bien de parvenir à une auto-émancipation et non à une nouvelle célébration de « l’État vertical » ou d’un « national-étatisme » où Frédéric Lordon rejoindrait Thomas Hobbes. La régression est de laisser croire que l’émancipation du « peuple » doit passer par la célébration d’un chef, d’un césarisme macronien ou mélenchoniste déguisé en « antisystème ». Au contraire, il faut « décentraliser le regard de la centralité de l’État ». C’est ce qu’invite à faire Michel Foucault qui a montré que les centres de pouvoir et les relations de pouvoir sont partout. Ce n’est qu’après que les multiples rapports de pouvoir se cristallisent dans l’État.

Dans cette perspective, le travail de l’intellectuel n’est pas de dire ce qu’il faut faire à la masse aliénée, ni de donner des réponses pratiques, mais plutôt « d’aider à formuler les problématiques ». C’est ainsi que « l’intellectuel providentiel ne doit pas remplacer l’homme politique providentiel ». Le concept même d’aliénation pourrait être abandonné, car il implique l’idée qu’un corps étranger -un alien- a pris possession de la personne. Il reflète une logique tutélaire mise en œuvre par l’avant-garde léniniste, l’instituteur socialiste, la féministe historique ou le professeur d’ATTAC (Philippe Corcuff précisant qu’il était lui-même membre d’ATTAC) ! Si les gens ont des préjugés, ils ont aussi toujours des formes de critiques et des capacités qu’il faut encourager (rejoignant Jacques Rancière sur la puissance toujours subversive de la démocratie).

Ensuite la deuxième caractéristique de cette nouvelle politique d’émancipation serait d’associer les deux niveaux collectif et individuel. Là encore, le logiciel collectif l’a trop souvent emporté avec des raccourcis tels que « l’individu serait à droite et le collectif à gauche ».  En s’inspirant de la pensée d’Emmanuel Levinas, il est possible d’admettre une identité, mais en y ajoutant un mouvement, la sortie de l’être. Il y a une histoire mais aussi la possibilité d’en sortir, il y a des singularités qui peuvent être mises en rapport.

À la différence de Frédéric Lordon et de Jean-Claude Michéa, Philippe Corcuff pense que le libéralisme n’est pas un tout. En effet, à la différence du libéralisme économique, le libéralisme politique, avec l’idée de Montesquieu que le pouvoir arrête le pouvoir, est à conserver. Il peut même aider à limiter l’expansion du marché.

Pour prolonger :

- Enjeux libertaires pour le XXIe siècle par un anarchiste néophyte, éditions du Monde libertaire, 2015

-« Pour une gauche d’émancipation, sans césarismes macroniste et mélenchoniste », Libération, 29 juin 2017.

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