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CRITICA MASONICA

CRITICA MASONICA

Etude Critique et Académique du fait maçonnique, reflets de la revue. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.


Ordres et chevalerie française

Publié par Rédac' sur 5 Septembre 2017, 19:00pm

Catégories : #livres

Joel Jacques

L’événement du Livre Maçonnique de la rentrée est, sans conteste, la parution, chez Dervy, du dernier ouvrage de Pierre Mollie : Les hauts-grades du Rite français. Le titre est on ne peut plus clair pour les praticiens du Rite et les historiographes « maçonnologues », il s’agit de traiter des Ordres français.

L’ouvrage se compose d’articles sous forme de chapitres et du fac-simile du Régulateur des chevaliers maçons portant détails et rituels pour ce qu’il est d’usage d’appeler les Quatre Ordres français. L’histoire des « Hauts grades » du rite y est largement présentée et annotée, sa position dans le paysage maçonnique jusqu’à son extinction au milieu du XIXe siècle et sa reprise voici maintenant un peu plus de vingt ans. De fait, le présent ouvrage se présente comme un complément « indépendant » de celui paru en 2002 sous le titre de Travaux du Souverain chapître en ses Quatre Ordres rédigés par le Souverain chapitre métropolitain à L'Orient de Paris, 1786 (éditions à l’Orient, 2004).

L’ouvrage complète tout aussi parfaitement la présentation du Régulateur de 1801 que notre frère avait publié en 2004 (éditions à l’Orient) et dont une réédition serait bienvenue. Un complément logique puisque Le Régulateur présente les degrés symboliques qui précèdent les Ordres.

Une belle place est faite ici au Cinquième Ordre du Rite, probablement, à mon sens, le plus mystérieux dans la mesure où il se présente comme un conservatoire des rites et de leurs pratiques, rangés selon 9 séries qui trouveront place au sein d’une Arche, un meuble qui rappelle, par bien des aspect, l’Arche du témoignage, Arche d’alliance de la Bible. Les lecteurs de la revue savent que je suis assez porté vers la maçonnerie dite « anglo-saxonne », sur les anciens mystères d’York, et particulièrement celle que l’on nomme maçonnerie de l’Arche Royale. C’est pourquoi, le descriptif de la médaille que notre frère présente en page 106 ne lasse pas de m’interpeller. En effet, cette médaille rappelle, de manière assez précise, le grand tableau dessiné sur l’autel lors des cérémonies de la Sainte Arche royale, tableau entouré des bannières des tribus d’Israël. Ainsi, je ne peux m’empêcher de voir un lien potentiel entre cette maçonnerie française issue de « Moderns » en son Cinquième ordre autour de l’Arche d’alliance et la maçonnerie de l’Arche, issue de l’ancienne maçonnerie d’York, elle-même conservatoire structurel de ce que l’on nomme, au cœur des « side degrees », maçonnerie salomonienne. Il semble donc qu’il y ait une continuité importante de transmission d’un message initiatique propre à la franc-maçonnerie dans son ensemble. En soi, cela mériterait que l’on s’y attarde dans la mesure où ce qui est présenté ici tendrait à induire une unicité du message développé sans rupture. Une représentativité étonnamment moderne, pas à pas, Pierre Mollier nous rappelle d’ailleurs les filiations croisées entre la pratique « française » et « écossaise » autour du grade de Chevalier Rose-croix, quatrième Ordre français et 18e Degré écossais, à tel point que certaines signatures de frères portés sur quelques documents dont on retrouvera les détails dans l’ouvrage, portent le nom suivi soit de R+C, soit de KCS 30, soit de 18e.

Ceux qui se procureront le prochain numéro de Critica Masonica et qui s’attarderont sur le poème joint à mon article « Vertueux Chevaliers Rose+Croix » pourront directement constater les variantes de signatures et leur usage courant, preuves, non pas de l’implication de visiteurs, mais bien de fusion de la pratique R+C.

L’ouvrage de Pierre Mollier est clair, concis, il présente des faits et les relie entre eux de telle manière que toute l’histoire de ce Rite semble limpide, à défaut de la limpidité des intentions de ceux qui le fondèrent et le construisirent. C’est un ouvrage d’historien qui développe des faits sans s’attarder sur les légendes des origines. C’est un ouvrage qui m’a ramené à l’esprit cette nouvelle de Borgès, Le jardin aux sentiers qui bifurquent (Gallimard, 1952), une nouvelle qui, comme ces rituels qui nous sont présentés, induit des lectures simultanées de trames dramatiques conjointes et croisées.

Ceux qui pratiquent ces ordres doivent absolument se le procurer et ceux qui en pratiquent d’autre ne devraient pas faire la fine bouche.

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