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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« La Science secrète » de M. le Dr Ferran, Papus, Stanislas de Guaita, Eugène Nus et Julien Lejay

Joël Jacques

Le premier numéro de la revue L’Initiation a vu le jour au mois d’octobre 1888, en même temps que la célèbre National Geographic. On le sait, cette fin du XIX siècle pose l’apogée de ce que l’on a coutume d’appeler la « Belle époque », une période d’insouciance et de magie qui durera de 1871 à 1914.

Conan Doyle venait de créer Sherlock Holmes dont la célèbre Étude en rouge fut publiée l’année précédente. Les tourneurs de tables faisaient florès et les héritiers d’Allan Kardec, disparu près de vingt ans plus tôt, n’en finissent pas d’appeler les esprits. Parmi les dames en crinolines qui déployaient leurs ombrelles sur le champ de Mars, on peut apercevoir les jambes métalliques du chantier de la Tour qui deviendra le symbole de Paris, le second étage était alors presque achevé. L’art et la culture offrent au monde l’image de leurs accents colorés au travers leurs styles fleuris ; le Symbolisme, l’Impressionnisme, l’Art nouveau, voire même, les décadents, tous ces mouvements qui imprègnent encore la culture contemporaine. Bien évidemment, ce qui enrichit l’esprit enrichit l’âme et, parmi les porteurs de culture, on retrouve les philosophes, mais aussi les mages, ésotéristes, occultistes plus ou moins connus, plus ou moins célèbres, plus ou moins craints.

C’est ainsi que cette fin de XIXe siècle aux accents lumineux fut aussi le moment de l’explosion de l’activité occulte au cœur de l’Europe et de Paris. Ainsi se développent différents mouvements d’une grande richesse et d’une grande variété, on y voit des théosophes, rosicruciens, néo-cathares, martinistes, francs-maçons et autres gnostiques. Mais les mouvements ne sont rien sans les hommes qui les portent et ce sont eux dont certains d’entre nous suivent encore les traces afin de tenter d’en percer les mystères ; les occultistes tels Joséphin Péladan, Papus le Mage, Saint-Yves d'Alveydre, Paul Sédir, Charles Barlet le Théosophe, l’éditeur Edmond Bailly et l’étrange démonologue lorrain : Stanislas de Guaita. Parmi eux, on pouvait aussi croiser, dans certains salons, la célèbre spirite, l’héritière de Kardec, Maria de Mariategui, dite Lady Caithness, duchesse de Medina Pomar. On peut même aussi, parfois y rencontrer la célèbre Héléna Pétrovna Blavatski ; plus rarement, Aleyster Crowley. Tout cela sous les échos de la musique de Claude Debussy ou du Rose-croix, Erik Satie.

 

Parmi les fondateurs de la revue L’Initiation se trouvent Papus et Charles Barlet le théosophe. On peut penser que la fondation de ce bulletin avait pour objectif de développer et de diffuser les recherches du « Groupe indépendant d’études ésotériques » qui organisait des conférences sur l’ésotérisme dans les locaux de la petite librairie « du merveilleux » et qui attirait tout ce que Paris comptait de chercheurs et d’étudiants, d’adeptes et de néophytes en quête de l’occulte. Un an plus tôt, avec ses amis Stanislas de Guaita et Péladan, Papus avait fondé sa première loge martiniste qui se réunissaient à Montmartre dans un temple aujourd’hui disparu.

La revue affichait ses pôles d’intérêt : hypnotisme, théosophie, franc-maçonnerie, sciences occultes. Les articles signés des meilleures plumes dressent le tableau des « sciences » mystiques et occultes, du Tarot, de la Kabbale et l’on découvre, au fil des pages, entre deux articles philosophiques, des réflexions sur le symbolisme, des études d’archéologie mystérieuse, des secrets d’histoire et des analyses portant sur diverse traditions.

Les auteurs sont ceux que l’on connait et que l’on vient de citer, ceux dans les écrits desquels on se plonge encore aujourd’hui afin de mieux comprendre nos parcours maçonniques tant il est vrai que la franc-maçonnerie n’est pas uniquement un club sociétal, mais aussi une société initiatique. On y trouve, avec Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan (qui seront tous deux membres du premier Suprême conseil de l’Ordre martiniste que créera Papus en 1891), Jules Doinel, Oswald Wirth, Augustin Chaboseau, Sédir (Yvon le Loup), mais aussi les anciens : Louis-Claude de Saint-Martin, Jacob Boehme, Fabre d’Olivet, Eliphas Lévi, Kunrath, etc. On notera qu’en 1888, Papus a vingt-trois ans et Stanislas de Guaita vingt-sept ans. Il mourra onze ans plus tard, Joséphin Péladan a vingt-neuf ans, Saint-Yves d’Alveydre a quarante-six ans et a déjà publié Les Missions (entre 1882 et 1887), quant au benjamin, Sédir, il n’a que dix-sept ans en 1888.

C’est en 1890 que le comité directeur décide de publier quelques bonnes feuilles de la revue afin de sensibiliser son lectorat potentiel et d’attirer plus d’abonnés. L’ouvrage que nous propose, aujourd’hui, les Éditions maçonniques de France est ce recueil tel qu’il vit le jour à l’automne 1890. Les articles sont majoritairement issus des publications de 1889 à l'exception du chapitre V, « La Science occulte appliquée à l’économie politique », conférence de Julien Lejay qui fut d'abord publiée dans L'Initiation n°6 de mars 1890, c'est-à-dire très peu de temps avant la publication du recueil. Les titres des chapitres de l’ouvrage ont été modifiés à l’époque lors de l'édition du recueil, mais les textes sont identiques à ceux édités dans la revue. Reste la note promettant un article de Charles Barlet qui porterait sur la théosophie. L’article promis ne figure nulle part dans l’édition princeps, mais une brève recherche dans les numéros de la revue, permet d’en trouver la trace en page 97 du n°8 de mai 1889 sous le titre de « Cours méthodique de Science occulte. Premiers principes » dont le contenu est très largement porté sur la théosophie (et pour cause ! Barlet fut l’un des premiers membres de la Société de théosophie en France). En fait, pour une raison mystérieuse, ce à quoi fait référence la note manuscrite reproduite avec l'édition de 1890 détenue à la Bibliothèque nationale de France, n’a jamais été publié dans l’ouvrage.

Inutile de souligner l’intérêt de cet ouvrage qui ne manquera pas d’interpeller tous nos frères et sœurs portés sur le symbolisme et la quête de soi. Personnellement, je recommande la lecture assidue du Chapitre VI, « Discours d’initiation martiniste » signé Stanislas de Guaita pour ce qu’il insiste sur le fait qu’un initié ne saurait être un véritable Maître s’il n’enseigne pas, s’il ne transmet pas… En effet, la transmission est la clef de la connaissance.

La Science Secrète de Dr Ferran, Papus, Stanislas de Guaïta, Eugène Nus et Julien Lejay, éditions maçonniques de France (Edimaf), février 2018, 21€.

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M
Bonjour. très bel article. très intéressant. un beau blog. Vous pouvez visiter mon univers naissant. lien sur pseudo. à bientôt. bises
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