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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Géopolitique maçonnique : les femmes et le pôle traditionnel, une place fragile

Jean-Pierre Bacot

 

La dernière livraison des Cahiers de l’Alliance, revue éditée par la Grande loge de l’alliance maçonnique française (GL-AMF), nous permet de faire le point sur l’état des alliances au sein de la maçonnerie spiritualiste française. En premier lieu, Le nouveau Grand maître de la GL-AMF, Jean René Dalle ayant été élu avec près de 70% des voix au cinquième congrès qui s’est tenu à Montpellier le 3 décembre dernier, il apparaît  que cette obédience est parvenue à calmer la concurrence interne existant entre les six rites qui ont chacun leur "maison" et un "député assistant grand maître"  : rite écossais ancien et accepté (REAA), rite français (RF), régime écossais rectifié (RER), rite émulation, rite standard d’Écosse, rite d’York. Une fois pour toutes, l’obédience semble avoir réussi à déconnecter les questions de la régularité et de reconnaissance. Le déclin massif de la franc-maçonnerie britannique et des ses filiales anglo-saxonnes pourrait avoir facilité la renonciation à une onction d’outre Manche.

 

En conséquence, la GL-AMF affirme son attachement à une attitude à la fois traditionaliste et spiritualiste. Mais à la différence de la Grande loge nationale française (GLNF), dont elle est issue et qui professe les mêmes principes, en bénéficiant pour sa part de la fameuse reconnaissance anglaise, la GL-AMF n’est pas hostile aux intervisites, dans un strict cadre de masculinité. Elle participe par ailleurs à un pôle de tradition impulsé par la Grande loge de France où l’on trouve également la Grande loge traditionnelle et symbolique Opéra et la Grande loge féminine de France (GLFF).

 

Comme le dit et redit Alain Juillet qui fut le premier Grand maître de la GL-AMF et qui nous a, soit dit au passage fait l’honneur de reprendre nos analyses sur la spiritualisation de la maçonnerie française, le courant spiritualiste recouvre les deux tiers du paysage maçonnique français. L’estimation est peut être à affiner mais, quoi qu’il en soit, ces deux tiers sont morcelés, à commencer par la frontière étanche qui existe entre la GLNF et le reste de la maçonnerie française, malgré quelques fissures.

 

Quant à la GLFF, peut-elle se ranger comme une seule femme dans le camp traditionaliste et spiritualiste ? Ce choix idéologique de la GLFF est crucial, dans la mesure où les sœurs en robe noire ne peuvent visiter les trois structures masculines du pôle, alors que, plus tolérantes depuis leur origine, elles acceptent de recevoir les frères, sans condition de réciprocité. Un ouvrage est paru en novembre de l’année dernière, sous l’égide des quatre obédiences, où il est clairement dit que les préoccupations de la cité ne rentrent guère dans les loges au profit de variations sur les traditions spirituelles poussant à un développement personnel. Pourtant, on sait que les Écossaises, majoritaires à la GLFF, ne rechignent pas à afficher fréquemment des préoccupations sociétales, y compris  en  collaboration avec des membres du rite français, hommes ou femmes. Ces sujets d'étude sont notamment à caractère féministe, mais aussi plus larges, sociétaux. On devine donc une certaine tension entre les deux approches. Cela dit, avec le macronisme ambiant, le "en-même temps" rend bien des services, ici dans une géopolitique maçonnique à la fois complexe et mobile.

En tout état de cause, il semble que les trois puissances maçonniques masculines spiritualistes de ce pôle en soient venues à concéder une place aux femmes au sein de leur Tradition, mais à la condition expresse d’une stricte séparation des sexes, dans un rapport qui reste fortement  inégal. Face à l’ouverture aux femmes du Grand orient, timide autant qu’irréversible, mais également sensible au sein de certaines obédiences traditionaliste comme la Loge nationale française ou la Grande loge des cultures et spiritualités, l’essentiel paraît être pour certaines et certains de se préserver de cette mixité, c’est à dire, sauf erreur, de la normalité sociale. Bien évidemment, on dira qu’il s’agit là d’un très mauvais esprit de notre part. Mais se poser comme traditionaliste, n’est-ce pas vouloir revenir en arrière quand cette tradition déserte la société ? Se trouverait-il des traditionalistes progressistes pour faire mentir cette typologie ?  Des spiritualistes progressistes, des athées traditionalistes. "En même temps" vous disais- je,  tout est maintenant possible. Quel bonheur!

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P
Il n'est qu'à regarder ls statistiques officielles des maçonneries britannique, états-unienne, canadienne, pour ne citer que les principales<br /> L'invective, trop présente sur les blogs, est parfaitement inutile. <br /> La jalousie n'a rien à faire dans la statistique. <br /> Voir par exemple, avec des chiffres et des courbes concernant les USA:l<br /> https://i1.wp.com/freemasoninformation.com/wp-content/uploads/2010/11/US-masonic-membership.jpg
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R
La franc-maçonnerie britannique et ses filiales anglo-saxonnes, cela représente l'immense majorité de la maçonnerie mondiale. Il n'y a bien que quelques Français un peu jaloux pour voir ce courant en déclin... Il n'est pas plus en déclin que l'autre courant, libéral, sociétal, ultra-minoritaire sur la planète...
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M
Sur terre il y a des hommes et des femmes. La considération doit être la même pour tous. Que vivent la complémentarité et l'égalité des sexes. Bon courage à tous FRATERNITE
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