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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Un colosse grec : Cornelius Castoriadis

Stéphane François

Les éditions de La Découverte viennent de sortir en poche la biographie que François Dosse a consacrée à Cornelius Castoriadis, parue initialement en 2004. Curieusement, il s’agit de la seule qui ait été consacrée à cet intellectuel hors norme, prolifique et auteur d’une œuvre importante dans le domaine de la philosophie politique. Mais il est vrai qu’il resta longtemps en marge du système universitaire français : outre son militantisme au sein du groupuscule et de la revue éponyme, Socialisme ou Barbarie, où il publia une multitude d’articles sous différents pseudonymes, il fut successivement économiste à l’ Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), psychanalyste et enfin, directeur d’étude à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Cette biographie, très bien écrite et très richement documentée, permet de comprendre la psyché du philosophe et son évolution. L’un des intérêts - mais il y en a tant ! - du livre de François Dosse est de nous mettre au cœur des relations, complexes, avec son ami et rival Claude Lefort, autre figure intellectuelle française majeure de la seconde moitié du XXe siècle, association contre-nature de l’eau (Lefort) et du feu (Castoriadis). Le découpage chrono-thématique est très judicieux pour cerner le parcours et les évolutions de Castoriadis.

Sa vie fut à l’image de son œuvre : riche et labyrinthique. Castoriadis était en effet doté d’une personnalité complexe,  avec une intelligence hors du commun. Trotskyste, il abandonna progressivement son marxisme pour explorer les débats psychanalytiques. Il fut aussi, avec son groupuscule, l’un des premiers à formuler un discours antitotalitaire dès la fin des années 1940. Les membres du groupe étaient peu nombreux, mais de qualité : plusieurs d’entre eux eurent une belle carrière universitaire. Révolutionnaire, on apprend qu’il avait paradoxalement le démon du jeu (il y perdit des sommes fort importantes, ce qui est aussi paradoxal pour un économiste), qu’il était un homme à femmes et qu’il délaissa l’éducation de sa première fille.

Homme de conviction, voire un peu borné d’après ce que l’on peut lire dans la biographie, il restera dans la mémoire de ses proches comme un homme d’une force physique et intellectuelle hors du commun, avec une mémoire et une force de travail prodigieuses. Son œuvre, qui n’est pas encore publiée intégralement – et cela est bien dommage – le montre : elle touche l’économie, la philosophie politique, les techniques (il fut un pionnier de la décroissance et de l’écologie – là, il faut bien le reconnaître son propos est moins convaincant), la géopolitique  où son domaine de prédilection fut l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), la psychanalyse et l’imaginaire. La reconnaissance universitaire ne vint qu’assez tardivement.

Ce travail donne envie de replonger dans l’œuvre stimulante et féconde de ce personnage hors norme. Si, comme moi, vous aviez raté sa sortie en 2004, cette nouvelle édition est vivement conseillée.

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