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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

À qui profite le crime ?

Julien Vercel

Et si les incendies et les destructions de bâtiments lors de la « semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871 avaient eu « une incidence sur la modernisation de Paris » ? Et s’ils avaient été « une opportunité pour basculer dans le nouveau monde » ? Bref une façon de renouer, sous la République naissante, avec l’œuvre impériale du baron Haussmann ? Ce sont ces questions que pose Hélène Lewandowski dès l’introduction de son très instructif ouvrage La Face cachée de la Commune (Cerf, 2018) : « En incendiant Paris, les communards auraient-ils finalement servi les intérêts de la bourgeoisie en lui offrant l’opportunité de remplacer les monuments publics de prestige qu’elle juge inutiles et coûteux par des équipements nécessaires à la bonne conduite de ses affaires ? ».

 

Bien sûr, après la Commune, Paris se réveille avec la gueule de bois. Émile Zola se lamente : « Les années ne répareront pas les désastres de la Commune » (13e lettre, 3 juin 1871, Le Sémaphore de Marseille, 7 juin 1871). Le Figaro dénonce  « Cet attentat sans nom commis par les bandits de la Commune contre Paris, c’est-à-dire contre la civilisation toute entière » (5 juin 1871). L’ampleur de tels dégâts ne peut d'ailleurs être complètement française, Le Petit journal constate ainsi que Paris est « ruiné maintenant par les hordes sauvages que tous les bouges de l’Europe avaient vomi sur notre sol » (28 mai 1871). Pour la majorité, la Commune est enfermée dans l’image d’une « révolution incendiaire et iconoclaste » ; le communard est réduit à un criminel, fainéant, illettré, abruti par l’alcool et incendiaire comme la communarde qui est -c’est bien connu- une « pétroleuse ».

 

Peu importe si, de son programme voté de destructions, la Commune n'a démoli que la colonne Vendôme et la maison d’Adolphe Thiers. Peu importe que le général Félix Antoine Appert, chargé de la justice militaire, ait indiqué qu’il n’y avait pas de plan d’ensemble d’incendies. Peu importe enfin que les destructions et les incendies aient pu être le fait, dans la bataille et les bombardements, de Communards ou de Versaillais.

 

Hélène Lewandowski restitue d’abord la curiosité qui s’empare des badauds et des touristes pour aller visiter les ruines, plaisir macabre dans la contemplation d’une capitale qui « a failli être la moderne Carthage » (Jules Pau, La Délivrance de Paris, F. Dentu, 1871). De plus la photographie en plein essor immortalise les dégâts qui font les affaires des tour-opérateurs de l’époque et permettent, comme l’écrit Alexandre Dumas fils : « Une visite à l’Exposition universelle de la bêtise humaine » (Le Figaro, 7 juin 1871).

L’historienne rend compte ensuite de l’originalité de ces reconstructions qui se décident et se font au cas par cas, après de longues négociations entre le Gouvernement, l’Assemblée nationale et la Ville de Paris. Ainsi, si la reconstitution de la colonne Vendôme est achevée dès 1875, il faut attendre 1882 pour que les ruines du palais des Tuileries soient rasées et le nouvel Hôtel de Ville inauguré. Et ce n’est qu’en 1897 que le terrain du palais d’Orsay est cédé aux chemins de fer d’Orléans.

 

Jules Simon, pourtant contempteur d’Hausmann en son temps, prône un retour aux grands travaux : « Nous ne souhaitons qu’une chose à présent : c’est qu’on achève, par la liberté, ce qui a été commencé par le despotisme » (Le Gaulois, 3 mai 1882). La circulation des biens et des personnes redevient la priorité, comme sous le Second empire. Circulation enfin possible vers la rive gauche avec la liquidation définitive du palais des Tuileries ou encore circulation ferroviaire en plein Paris avec la future gare d’Orsay. La bourgeoisie triomphante sait se saisir de toutes les opportunités. La façade reconstituée de l’Hôtel de Ville cache aussi un bâtiment plus fonctionnel et adapté à la vie moderne.

Enfin, c’est en 1873 que les députés votent la construction d’une église sur la colline de Montmartre en guise du nouvel « ordre moral » imposé aux Parisiens. Les temps changent: quand on n'a plus de pain, désormais à Paris, on mangera de la meringue.

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