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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Grande loge d’Angleterre, le mensonge d’Anderson.... et le tricentenaire attendra 2021

Jean-Pierre Bacot

Sous le titre Les premiers pas de la franc-maçonnerie de Londres à Paris (collection Pollen maçonnique n° 16, 10 euros), Roger Dachez, Pascal Dupuy, Philippe Langlet et Cécile Révauger nous offrent un bel exemple d’honnêteté intellectuelle en mettant à bas les légendes pour tenter d’établir une vérité encore fragile, faute d’archives, quant aux débuts de la franc-maçonnerie dite spéculative en Angleterre comme en France. L’intérêt de cette reprise, encore améliorée de ce qui parut originellement dans le n° 80 de la revue semestrielle Cahiers d’histoire maçonnique en 2017 pour un vrai-faux tricentenaire tient dans le fait que se poursuive la démarche de l’ « école authentique ».

Pascal Dupuy propose d’abord d’analyser ce qu’il en fut du regard croisé entre la France et l’Angleterre après la mort de Louis XIV en 1715, dans un contexte profondément renouvelé. Si, en France davantage que de l’autre côté de la Manche, la situation sociale était extrêmement tendue, le rapport des élites entre les deux pays relevait d’un attrait réciproque. Cela n’empêcha certes pas une guerre des images portée par le talent des caricaturistes, mais permit une transposition rapide du modèle naissant de la maçonnerie en France.

Cécile Révauger traite de l’émergence de la Grande loge d’Angleterre et rend hommage à Andrew Prescott et Suzan Sommers qui, en Septembre 2016, contestèrent la date officielle de 1717 annoncée par Anderson en 1738. Mensonge éhonté du rédacteur des fameuses constitutions ou texte de commande, ce texte souvent cité comme une source quasi sacrée ne repose en réalité sur rien. L’historienne considère, quoi qu’il en soit, que l’on peut fixer une naissance probable de la maçonnerie anglaise en 1721, et qu’elle est à considérer comme un acte politique, les premières excommunications de francs-maçons intervenant dès 1736.

Roger Dachez s’intéresse aux premières manifestations de la maçonnerie française, en particulier les loges parisiennes, celle de Saint-Germain-en-Laye relevant d’une légende qui prétendait établir un lien avec une ancienne maçonnerie irlandaise. Pour autant, les premiers maçons français, militaires et aristocrates, œuvrèrent avec des Irlandais Jacobites, partisans des Stuart contre les Hanovriens au pouvoir à Londres. Mais très vite, d’autres maçons parisiens travaillèrent avec une reconnaissance anglaise. Roger Dachez parcourt le détail de ce que l’on sait et de ce que l’on ignore encore de la période  1732-1737.

Pour finir, Philippe Langlet nous offre le texte le plus long et le plus jouissif, quelle que soit l’austérité du propos. Nombre d’auteurs parfois canoniques (Daniel Ligou, Bruno Étienne) en prennent en effet pour leur grade dans l’analyse des diverses traductions des constitutions d’Anderson proposées au fil du temps. En attendant un éventuel nouveau travail de présentation en français de l’entier corpus, Philippe Langlet ne sauve parmi des dizaines de publications sur le sujet que quatre éditions qui offrent à la fois une traduction intégrale et un respect du texte d’Anderson : Ernest  Join (évêque) en 1830 ;  Maurice Paillard (1938 et 1952) ; Georges Lemoine (1995 et 2009) et Jean Ferré (2001). Autant dire aux amateurs que le ménage pouvant être fait dans leur bibliothèque maçonnique, ce petit ouvrage doit y trouver une place de choix.

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