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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« À l’Est la guerre sans fin. 1918-1923 »

Jean-Pierre Bacot

 

Il y eut  une exposition organisée par le Musée de l’armée à Paris du 5 octobre 2018 au 18 janvier 2019.  Nous disposons maintenant d'un catalogue coédité par Gallimard et le musée. Il constitue un ouvrage touffu, fait de documents illustrant le processus de décomposition-recomposition de l’Est européen dans la période qui suivit l’armistice de novembre 1918 et le traité de Versailles, traité de paix de juin 1919.

 

Cela nous permet de rappeler que si Foch et Joffre en finirent alors avec leurs batailles, un autre Maréchal, Franchet d’Esperey et un général, Henri Berthelot, allèrent continuer à se battre jusqu’en Roumanie et en Turquie. Les archives de différents pays permettent de documenter cette période tragique qui, par la montée des totalitarismes et la permanence des nationalismes marqua l’échec des puissances occidentales qui avaient gagné la guerre à exporter leur modèle démocratique.

 

La grande absente de cette exposition est la littérature, en particulier les trois romans de Roger Vercel (1894-1957) consacrés à l’armée d’Orient dont il avait été membre, Notre père Trajan (1930), Capitaine Conan (prix Goncourt 1934), Léna (1936), qui portèrent dans les années 1930 la mémoire déjà largement oubliée de ceux qui se battirent au loin après la fin officielle de la guerre. La simple mention de ces textes et de quelques autres aurait permis de s’intéresser à la réception d’une histoire fortement rappelée dans cette exposition et ce catalogue, mais qui fit l’objet d’une quasi forclusion, hors quelques cercles au demeurant fort peu progressistes.

 

Les nombreux écrits produits dans le catalogue ne s’interrogent pas sur cette question de la réception sur le moment et dans les années qui suivirent, ni sur le siècle qui s’est écoulé aujourd’hui dans le double registre de la mémoire et de l’histoire. On pourrait éclairer ce silence par ce que Franchet d’Esperey déclarait, début février 1919 (p. 110 du catalogue) : « Personne ne commande, Clemenceau, absorbé par le congrès, Foch dans son rêve,  Pétain dans sa réserve. Or nous avons la prétention d’arbitrer en Adriatique, de maintenir l’ordre en Hongrie (…) de conquérir la Russie et de conserver nos forces en Turquie ».

 

Pour qui voudrait s’attaquer à la question de la mémoire, la mine de documents présentés dans cet ouvrage permettra de connaître dans le détail ce que la France tenta pour asseoir une position stratégique, au prix de l' échec cuisant d’une telle volonté impérialiste, appuyée par des discours aux limites de la paranoïa qui constituent sans doute la cause première de la mise en oubli.

 

L’un des intérêts majeurs de cet ouvrage tient dans la présentation de ces documents issus de nombreux pays, qu’ils relèvent d’études scientifiques ou de discours de propagande. On ne saurait donc trop le conseiller à celles et ceux qui s’intéressent, hors tout complotisme, aux détails d'une histoire occultés.

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