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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Magazines reçus à la rédaction

Franc-maçonnerie magazine n° 66

Le 66ème numéro de Franc-maçonnerie magazine (janvier février 2019) commence par un hommage à Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l’Orient et membre de la Grande loge de France (GLDF), récemment décédé, une présentation du nouveau Grand maître de la Grande loge nationale française (GLNF) Jean-Pierre Rollet, une interview de Jean-Claude Pantellini, responsable du Groupement international de tourisme et d'entraide (GITE), structure internationale qui compte aujourd’hui quelque 1 800 membres de diverses professions, répartis à travers le monde et une tribune de Bernard Ollagnier sur le droit au savoir numérique.

 

Un premier article signé Jean-Moïse Braitberg traite ensuite de l’histoire tourmentée de la franc-maçonnerie allemande, qui fut très active au XVIIIème siècle, avec l’indispensable mention de la Stricte observance templière et des Illuminés de Bavière. Quant au XIXème, l’auteur n’en dit rien, sauf pour  signaler que les loges rhénanes avaient très tôt accepté d’initier des Juifs et en vient directement aux difficultés qu’elle dut affronter au XXème. Jean-Moïse Braitberg donne ensuite le détail du quasi désert qui caractérise aujourd’hui les enfants de la veuve allemands, certes décentralisés, mais qui ne doivent pas être plus de 17 000, soit dix fois moins qu’en France, avec quelques centaines de femmes.

 

Cécile Révauger repose ensuite l’éternelle question de la mixité en loge qu’elle  considère à juste titre comme un enjeu crucial. Cela lui permet de noter que  huit ans après la décision du Grand orient de France (GODF) de permettre à ses loges d’être mixtes et dix ans après la réception de la première femme dans cette obédience, cela ne concerne aujourd’hui que 628 loges sur 1 330, soit une toute petite moitié. Mais, surtout, il ne se trouve encore que 3 192 sœurs sur les colonnes, pour 52 450 membres de l’obédience, soit un peu plus de 6%. Le moins que l’on puisse dire -c’est nous qui soulignons- c’est qu’il n’y a pas de quoi pavoiser. La mixité progresse, certes, notamment avec la croissance de la Grande loge mixte de France (GLMF) et la très lente avancée de la féminisation du Grand orient, mais la volonté de développement séparé reste très vivace, chez les hommes comme chez les femmes. Cela se poursuit contre les lois de la République, note à juste titre l’auteure qui reprend, pour les réfuter, les arguments avancés par les conservatrices et conservateurs de tous rites, que nous vous épargnerons, tant ils peuvent paraître étranges à des personnes vivant en 2019.

 

Le sommaire se poursuit dans le plus total classicisme,  avec un article de Denis Lefebvre qui affirme qu’Église et franc-maçonnerie seraient en France en un moment historique, reprenant ce que fut le rêve de réconciliation d’un Jésuite célèbre, le R.P. Riquet, mais oubliant de souligner que la dite-Église se meurt. Si elle emporte son antimaçonnisme dans sa tombe, nul ne s’en plaindra, à l’ombre des marronniers, comme on dit dans la presse des sujets rebattus.

 

Plus originale est la proposition de Pierre Mollier qui nous présente un coffret maçonnique ayant appartenu au dauphin, Louis-Ferdinand de France (1729-1765), fils de Louis XV et de Marie Leszczyska, l’une des plus belles pièces du Musée de la franc-maçonnerie. L’appartenance à la fraternité naissante du dauphin étant attestée, cela conduit à ne pas systématiser le parallèle entre la franc-maçonnerie de l’époque et les Lumières,  Louis-Ferdinand ayant été un membre actif du part dévot.

 

Henri Pena-Ruiz nous décrit ensuite le parcours de Pierre Bayle (1647-1706) comme celui d’un précurseur du siècle des Lumières, dans la mesure où il fut un ardent défenseur de la liberté religieuse et même de l’athéisme, ce qu’il pensa et vécut essentiellement dans l’exil. C’est en effet à Bayle que l’on doit une promotion active et constante de la liberté de  conscience. S’il lui restait un fond de croyance, il n’eut de cesse de le concilier avec la raison en chassant toute trace de superstition.

 

Le numéro se termine avec une série de notes de lecture précédées du compte rendu d’une exposition sur le Régime écossais rectifié (RER) par Dominique Morillon. Elle se tient au Musée du Grand orient jusqu’au 31 mars, pour marquer le 240ème anniversaire du Convent des Gaules. Des pièces exceptionnelles y sont présentées dont certaines ont été restaurées pour l’événement. Des livres retrouvés en Allemagne par Alain Marchiset, libraire parisien hautement spécialisé, attireront également l’attention des amateurs.

 

N’oublions pas, présentés en coda, deux petits textes. Le premier est consacré à « Romantisme et vignoble » de Jean-Moïse Braitberg qui revient à l’Allemagne  en reprenant avant un long commentaire les premiers vers de la très romantique Lorelei de Heinrich Heine  qui, comme son père, fut un enfant de la veuve :

 

« Ich weiss nicht, was sol es bereiten / dass ich so traurig bin / Ein Märchen aus uralten Zeiten / Das kommt mir nicht auf dem Sinn ».

 

Il paraît que l’enseignement de l’allemand recule en France… L’autre article terminal nous amène à un idiome mieux appris des petits français, avec comme titre « Leg of Mutton Masons,  Une mauvaise anecdote sur l’Arc Royal », reprenant une remarque de Laurence Dermott en 1752 sur la qualité des agapes. Cette expression de Legs of Mutton masons qualifiait ceux qui se faisaient recevoir en loge essentiellement pour  avoir l’occasion de ripailler.

 

Une fois de plus, ce magazine nous offre pour 5,95€ un programme varié, sans publicité, sauf certaines annonces d’événements, mariant thématiquement le classicisme absolu avec l’originalité.

La Raison, n° 638

 

Nouveau numéro du magazine de La Libre pensée, daté de février qui est consacré en premier lieu à une campagne internationale contre les crimes des Églises, confirmant l’intérêt de cette publication pour ce qui se passe hors de France. Pour autant le cadre national n’est pas négligé et un appel est lancé, après les manifestations de décembre qui se sont tenues devant les préfectures, à une démonstration nationale pour protester contre les entorses faites à la loi de 1905. De même, un appui est  offert aux sénateurs qui enquêtent sur les crimes pédophiles, comme à ceux qui réfléchissent à la disponibilité de lieux publics pour organiser des cérémonies funèbres républicaines.

 

Sur le plan historique, Claude Biardeau propose un retour sur des tirailleurs sénégalais tués en 1944 par l’armée française pour avoir revendiqué le respect des promesses de l’État français, notamment en matière de solde, un de ces pans de l’histoire qui sont largement oubliés. Ce numéro traite également de l’édition aux éditions libertaires des œuvres complètes de Gaston Couté (1880-1911), poète anarchiste à qui l’on doit ces mots qui résonnent  par rapport à cette affaire tragique « (…) Combien d’entre nous tomberont, par un matin de fusillade, sous les balles des camarades ? »

 

Quant au dossier, préparé par Michel Godicheau, il est consacré  au centenaire de l’organisation  internationale du travail, avec un rappel de ce que fut son fonctionnement, sans cesse menacé et une définition de ce  que sont aujourd’hui ses enjeux face aux organisations patronales et confessionnelles. On nous parle aussi, entre autres thèmes, du scandale de l’augmentation des droits d’inscription des étudiants étrangers sous le signe « d’une discrimination, d’une xénophobie et d’une privatisation accrue »

 

Le numéro se termine par la reprise de l’interview que nous avons faite du vice-président de la libre pensée, Christian Eyschen dans la revue Critica Masonica qui balaye sans complaisance un grand nombre de sujets et a permis à nos lecteurs d’approfondir l’histoire et la composition philosophique et politique de La Libre pensée.

Johaben n° 12, janvier 2019. « Sciences et raison »

 

« La raison tonne en son cratère », trouve-t-on dans l’Internationale. La revue des ordres de sagesse du Grand orient de France (Grand chapitre général) a convoqué pour s’en souvenir quelques auteurs pour traiter en des articles courts le couple « Sciences et raison » en sept épisodes.

 

Yves Bannel commence par prendre appui sur l’un des rituels post-maîtrise pour avancer une variante avec « Sciences et (dé) raison. Quant à Jean-Paul Escande, il ajoute un terme avec la notion de progrès. Philippe Faussier affiche la couleur rationaliste en traitant « La raison et la science face aux obscurantismes ». Didier Molines pluralise la science pour contrer la vague de relativisme qui nous inonde. Christian Habas pose de son côté la question de l’universalité et nous laisserons au lecteur le plaisir de découvrir sa mise en algorithme de la raison. Jean Xech se demande vers quel humanisme nous allons, en réclamant le passage d’une société égalitaire à une société équitable. Enfin, Ronan Loaëc s’interroge sur le point de savoir si la démarche scientifique ne serait pas un chemin initiatique.

La revue s’achève comme elle avait commencé, par une galerie d’illustrations dont certaines, savoureuses, avec les dessins de Gustave Jossot, datant des premières années du XXème siècle, sont extraites du célèbre Crapouillot. Nombreuses et nombreux seront celles et ceux qui penseront que  Johaben a bien raison de s’attaquer à ce sujet, au moment où une nouvelle forme d’irrationalisme accompagne ce qui commence à s’installer dans notre pays et dans d’autres comme post-christianisme.

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