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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« L'IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? » de Laurent Alexandre et Jean-François Copé

Joël Jacques

L’ouvrage est paru le 30 janvier 2019 (éditions JC Lattès) et j’aurais pu en parler avant tant il est intéressant pour qui se souci à la fois de la politique et des NBIC. Néanmoins, il y avait les élections européennes et j’ai volontairement attendu les résultats pour compléter mon avis sur ce livre qu’il faut absolument lire.

On sait Laurent Alexandre chroniqueur, fondateur du site internet Doctissimo, médecin, essayiste, ami proche d’Alain Madelin, très engagé quant aux révolutions induites par les nouvelles technologies. On lui connaît des idées assez marquées en ce qui concerne le transhumanisme version « États-Unis », c’est-à-dire, une vision de la convergence des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (NBIC) très marquée par un cahier des charges parfois proche de la science-fiction. Sa présentation de l’évolution probable de la vie politique est un modèle du genre. Pour mémoire, on sait que démocratie signifie pouvoir au peuple. À ce titre, qu’est-ce qui empêche de promouvoir un système électoral dans lequel les votants remplissent une sorte de questionnaire à choix multiples (QCM) au cours duquel ils indiquent quelle politique ils souhaitent voir mener. Le peuple est aux commandes, la machine fait une moyenne et réalise ce que le plus grand nombre a demandé…

Ah ? Il faut savoir ce que l’on veut ? La cyclothymie n’est pas prévue dans le code électoral ? Cela étant, que l’objectif soit de faire faire le boulot à une intelligence artificielle (IA) ou à un humain, la seule différence reste que l’humain fait voter pour lui et rien que pour lui alors que la machine est censée faire ce qu’on lui dit. La démocratie reste formellement intacte dans les deux cas. Mais, pourquoi ai-je attendu avant de vous présenter ce livre ? Eh bien, à cause de la partie Jean-François Copé qui est, en soi, une synthèse de l’incompétence totale de nos hommes et femmes politiques vis-à-vis de la révolution des NBIC. Pour lui, nous avons dix ans devant nous pour en prendre la mesure. La mesure de quoi ? De progrès techniques devant lesquels nous avons au minimum un demi-siècle de retard ? La mesure d’un président-robot, bellâtre anthropomorphe dont l’image fantasmatique fait oublier qu’une IA ressemble plus à un carton à chaussures qu’à un éphèbe ? Depuis janvier, certains mouvements ont eu lieu. Il a été institué une « taxe GAFAM » pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, parce que notre population politique ne connait que deux mots ; « interdire » et « taxer ». On ne peut pas interdire les GAFAM, taxons-les. En fait, chacun utilise les systèmes de recherche Google, Facebook, etc, tout cela est « gratuit ». Vous savez ce qu’on dit en économie ? Si c’est gratuit, c’est toi le produit. Alors, taxer les GAFAM n’a aucune efficacité sinon de créer une nouvelle dépense pour les utilisateurs… Je n’ai pas entendu de manifestation ni de protestation sur le sujet. Payons donc… Vous et moi…

En fait, à l’époque de la sortie du livre, l’idée était bien ancrée dans la tête des leaders politiques déchus, du retour de la droite aux affaires. Aujourd’hui, après les résultats de l’élection, il reste à constater que la présentation proposée, dans l’ouvrage, par l’ancien président des Républicains (LR) donne toutes les clefs de la déliquescence présente. Toute la dynamique politique actuelle, et les œillères dont elle se couvre, offre un modèle presque parfait d’effondrement, à savoir une transition critique d’un état d’équilibre vers un autre. Le paysage post-électoral, en pleine collapsologie, tout autant que le manque de projection de ceux qui interviennent dans les médias est un véritable cas d’école. Une dynamique schumpétérienne appliquée au système politique global en quelque sorte, avec cette particularité que personne ne sait où vont mener les mutations…

Je ne « spoilerai » pas ce qui se trouve dans le livre, mais tout y est. Comme pour les emplois qui disparaissent. Personne, et surtout pas les journalistes qui s’ingénient à reproduire le seul modèle qu’ils connaissent, droite/gauche, parce que c’est celui qu’ils ont appris à « Sciences-Po » ne sait plus rien, sinon à constater les ambitions de ceux et celles qui se cachaient derrière la porte du bureau du chef. En France, il y a un candidat chef de file, un lampiste à qui l’on offre une rente de situation au Parlement européen, lequel, je le rappelle pour mémoire, n’a aucun pouvoir démocratique réel, et derrière lui, il y a le leader qui porte le parti et sa ligne directrice. Pour ce qui concerne LR, je rappellerai simplement cette formule magnifique de leur candidat au lendemain de l’incendie de Notre-Dame : « Nous ne sommes pas des bâtisseurs, nous sommes des héritiers » (François-Xavier Bellamy, le 18 avril 2019). Quelle meilleure définition du bio-conservatisme ? Une suite à un peu plus de 8% lui donnât raison.

Il suffit, pour se convaincre de l’enjeu de retour aux affaires nationales, de reprendre les termes de la campagne. Personne n’a parlé de l’Europe et les discours passéistes ont fait florès.

L’option proposée par Laurent Alexandre, dans le livre, d’une destruction progressive du modèle politique actuel se trouve souligné par l’actualité. Le monde change et les cartes politiques de même… après le « dégagisme » de la présidentielle, nous avons une mutation presque darwinienne sous les yeux. Elle présente des clivages plus ou moins larges de la droite et de la gauche, mais surtout des regroupements bio-conservateurs ou techno-progressistes avec plus ou moins de nuances dans leurs fonctionnements. Des regroupements dont les acteurs ne tiennent plus compte de leur passé. Ce dualisme passéiste versus progressiste, plus profond que celui des travaillistes et conservateurs se présente aujourd’hui comme une option particulièrement réaliste.

La bonne question post-électorale ne serait donc pas qui de LR vont rejoindre La République en marche (LREM) ou l’extrême droite, mais bien qui se retrouve dans les « manifs pour tous » contre les progrès de la biotechnologie ? L’exemple donné dans le livre est, sur ce point, assez bien choisi. Laurent Alexandre nous fait remarquer qu’un José Bové, plutôt classé écolo de gauche, voire, d’extrême gauche, manifeste sans état d’âme avec l’extrême droite ultra-catholique contre la procréation médicalement assistée (PMA). Le clivage n’est donc plus gauche/droite et il n’a pas grand-chose à voir avec les machines, même si les NBIC sont pour beaucoup dans les mutations sociales actuelles. La nouvelle donne politique repose plus sur le constat du nombre d’emplois détruits, et pas uniquement par remplacement robotiques, mais aussi par obsolescence des produits manufacturés, que sur la capacité des gouvernements à se substituer aux responsabilités économiques qui se sont organisées depuis les Trente glorieuses en les privant du pouvoir d’intervenir. Ainsi les électeurs subissant la disparition des structures qui les employaient se retrouvent, ipso facto, dans le camp bio-conservateur meilleur porteur du « c’était mieux avant », même si, de fait, avant c’était pire. Mais, soyons rassurés, les chefs de partis, les mêmes depuis près de 40 ans, qui ne sont pas des IA, indiquent la voie. Ils oublient de préciser que leur horizon, faute de formation, faute d’intérêt, ressemble plus à un mur qu’aux champs élyséens.

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O
J'ignore si j'acheterai le livre en question, mais le commentaire accuse une belle prise de conscience qui serait salutaire pour nos dirigeants. les mots de M Bellamy le résument bien: il n'y a pas d'intelligence de l'avenir de projet mais une simple gestion des affaires courantes, nager pour ne pas couler…Le désamour ou la défiance envers les gouvernements successifs ou tout simplement la Nation n'y seraient il pas pour quelque chose. Il serait urgent de donner a voir un avenir sous peine de laisser la place aux extrémismes politiques ou religieux.
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