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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Le nombril d’Aphrodite. Une histoire érotique de l’Antiquité » de Christian-Georges Schwentzel

Marc Gauchée

 

Christian-Georges Schwentzel, professeur d’histoire ancienne à l’université de Lorraine, multiplie les interventions (notamment sur theconversation.com) pour partager sa passion du monde antique et éclairer notre actualité. Ainsi son dernier ouvrage, : Le nombril d'Aphrodite. Une histoire érotique de l'Antiquité de (Payot, 2019), s’inscrit dans la lignée de ses précédents articles parus sur l’homosexualité, la phallocratie, les femmes guerrières, la virginité, la vulve, Sekhmet, Cléopâtre ou encore Néfertiti...

 

Le premier mérite du Nombril d’Aphrodite est d’offrir un formidable voyage dans l’érotisme antique à partir de « douze statues et autant de portes menant aux origines de nos désirs ». En effet, l’auteur commente un choix de statues, de « La Vénus de Milo » à « L’Hermaphodite » et propose ainsi de visiter les mythes érotiques de l’Antiquité. Outre la mine d’informations sur ces mythes, l’ouvrage passe d’une civilisation à l’autre pour souligner les continuités et les ruptures dans les représentations et les figures.

 

Côté continuités, quasiment chaque portrait pourrait faire écho à notre temps : Aphrodite en « femme dominante » qui choisit ses amants ; Artémis aux jambes découvertes pour rester libre de ses mouvements ; Sekhmet en femme fatale qui associe « la sensualité des formes féminines et la terrifiante gueule de lionne »  ; les Amazones en femmes toujours très belles mais toujours vaincues par un héros masculin ; Pandore et Hélène de Troie en femmes coupables du malheur des hommes ; Cléopâtre en étrangère nymphomane quand la xénophobie vient renforcer la misogynie... Les figures masculines sont également présentes avec Zeus en dieu violeur ; « Le cul d’Héraklès » ou encore « La virilité colossale de Ramsès ».

 

Mais c’est du côté des ruptures que l’ouvrage de Christian-Georges Schwentzel est encore plus éclairant. On y apprend ainsi que l’invention de la femme fatale est contemporaine de la déesse Ishtar, car les Akkadiens l’accusent de provoquer la mort de ses amants. C’est également avec Ishtar dans la cité d’Uruk, à la fin du 4ème millénaire avant Jésus-Christ, que semble commencer la « théogamie », cette propension à légitimer le pouvoir en affirmant que celui qui le détient est aimé d’une déesse.

 

On y apprend également comment la maternité est peu à peu disqualifiée au profit de la paternité, transformant la femme en sol passif, en « terre-mère » que vient féconder la semence masculine comme l’avait déjà remarqué Merlin Stone dans Quand dieu était une femme (éditions L’étincelle, 1979). Christian-Georges Schwentzel rappelle ainsi que, chez les Grecs, « le seul dieu qui ne soit pas physiquement parfait a pour origine une maternité solitaire », il s’agit d’Héphaïstos, laid et boiteux, conçu par Héra pour se venger des infidélités de son mari Zeus. La paternité solitaire s’exprime en majesté avec l’« agalmatophilie » de Pygmalion créant Galatée... jusqu’à la Bible qui renverse la logique : la femme est créée à partir de l’homme.

 

Dans l’Égypte antique, la sexualité et la religion pouvaient être associées. Ainsi Néfertiti avait une mission à la fois érotique et religieuse pour servir l’harmonie du monde, deux fonctions qui ont été séparées depuis. Autre séparation est celle établie entre deux types de femmes, la maman et la putain ou la maternité et la sexualité du fait, notamment chez les catholiques, de la condamnation de ce qui vient du corps au profit du seul esprit.

 

Le christianisme ne s’est pas contenté de condamner les attitudes jugées offensantes pour dieu, il a condamné aussi la pensée « impure », c’est-à-dire le fantasme qui « nait de l’opposition entre le désir et la réalité. » Mais en condamnant le fantasme avant même sa réalisation, le christianisme a bien souvent limité son érotisme à des récits sadomasochistes de saintes et saints martyrisés, laissant de côté la richesse et la diversité de l’érotisme antique que Christian-Georges Schwentzel nous invite à redécouvrir.

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