Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Pendant la Résistance, la famille continue

Jean-Pierre Bacot

 

Nul n’en voudra à Olivier Messac de continuer à veiller scrupuleusement sur la mémoire de son grand-père Régis Messac, car il n’est pas meilleure figure pour maintenir bien haut les idées croisées d’éthique et d’humanisme progressiste, nonobstant l’intérêt d’une production littéraire.

 

Le rédacteur en chef de Quinzinzinzili, revue dont nous rendons régulièrement compte et qui s’intéresse, au-delà de l’auteur de Detectiv Novel à d’autres écrivains disparus, vient de publier aux éditions Ex nihilo, sous le titre Coutances à l’heure allemande, un recueil de lettres adressées par Régis Messac à son fils Ralph, qu’il appelle la Fouffe. Le livre comprend d’autres missives envoyées à des membres de la famille ou des amis dans cette même période si douloureuse et quelques-unes qui lui furent adressées.

 

Ralph (1924-1999), fils cadet de Régis et père d’Olivier, recevait pendant les années d’occupation des lettres aussi affectueuses que forcément discrètes, puisque son père écrivain se trouvait au cœur d’un réseau de résistance anti nazie à Coutances en Normandie, réseau dont il fut responsable dès l’automne 1942. Ralph Messac fut d’abord réquisitionné dans un « service civique rural » (loi vichyste du 31 décembre 1941 destinée à contrer la pénurie de main d’œuvre), puis étudiant à Paris, avant de devenir  après-guerre journaliste, avocat et syndicaliste actif.


Cet ouvrage comporte également des repères biographiques passionnants et détaillés sur tout ce qui fut le réseau personnel, amical et professionnel de Messac et une postface d’André Prud’homme, l’un de ses meilleurs amis, partageant avec lui un idéal anarchiste, tout cela permettant de brosser la sociologie d’un milieu dans toutes ses composantes.

 

D’autres éditions de textes de Messac ou de regards posés sur son œuvre sont en préparation, le matériau Régis Messac étant loin d’être épuisé, photographies comprises. Cela ne consolera personne, car le corps de ce résistant ne fut jamais retrouvé, victime que fut Régis Messac d’une marche de la mort, quelque part dans l’Allemagne nazie finissante. Travail de deuil et de mémoire. Par les temps qui courent, dont on espère que ne se prépare pas trop vite un écho de ces malheurs, ce n’est pas un luxe, juste une nécessité. Marginalité, dira-t-on, mais aujourd’hui camper dans les marges, solidement, cela constitue déjà une forme de résistance.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article