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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Hollywood menteur de Luz

Marc Gauchée

 

De tous les mythes forgés par le star system américain, Marilyn Monroe concentre tellement de sources à commentaires ! « Elle est à la fois la vierge innocente, la femme fatale et la divine créature promise à la souffrance. Elle est la good-bad-girl, c’est-à-dire que sous les apparences d’un corps de femme impure, elle cache un cœur généreux et pur (...) ; la déesse urbaine [quand sa robe s’envole à New York] ; le sex symbol (...) ; l’exhibitionniste ; la petite fille innocente ; l’actrice malheureuse au talent limité à une plastique corporelle ; l’amoureuse romantique déçue par la vie, ses aventures et ses mariages ; la mère impossible brisée par les avortements ou encore la femme manipulée par le clan Kennedy au centre d’un vaste complot américano-cubain » (1).

 

Les studios ont notamment misé sur les stars pour relancer le cinématographe face à la concurrence de la télévision dans les années 1950. Et c’est la 20th Century Fox  qui gagne la partie avec Marilyn Monroe « en lançant, avec un battage sans précédent dans les annales du cinéma, une blonde éclatante de vingt-trois ans qui passe aujourd’hui pour une seconde Jean Harlow » écrit Raymond Cartier en 1953  dans le dossier « Le cinéma va-t-il disparaître ? » de Paris Match (2). Et il ajoute : « Chacun des grands studios veut, à son tour, avoir sa Marilyn Monroe. »

 

Luz propose aussi « sa » Marilyn Monroe dans le magnifique Hollywood menteur (Futuropolis, 2019). Mais il n’est pas question ici de reproduire une formule à succès. L’album raconte de façon romancé le tournage des Désaxés (The Misfits de John Huston, 1961) et montre, entre délires, rêves et cauchemars, chaleur, alcool, stars fatigué-e-s et mythes de l’Ouest finissant, comment Marilyn éprouve « la solitude de ce corps féminin seul dans un monde d’hommes » pour reprendre la très juste expression de Virginie Despentes dans la postface (3).

 

C’est également dans cette postface que Virginie Despentes revient sur l’image de couverture montrant une Marilyn hurlant. Cette colère existe dans le film, « c’est la colère de l’agneau, la colère de la sainte martyre, la colère de l’enfant -la colère de tous les absents à qui on a arraché la parole. » La scène se passe à Pyramid Lake, ancien lac salé, grande étendue blanche entourée des montagnes de la Sierra. C’est là que Roslyn Taber, la jeune femme interprétée par Marilyn Monroe, hurle contre ces hommes qui capturent des chevaux pour les revendre à une fabrique de nourriture pour chiens : « Menteurs ! Bande de menteurs ! Menteurs ! Homme ! Grand homme ! Qui ne vit que lorsqu'il voit mourir quelque chose ! Tuer ce qui est vivant, c'est tout ce que tu veux , Pourquoi ne vous tuez pas vous-même une bonne fois pour être heureux ? .....Vous me faites tous pitié. Tous !....Vous êtes si savants ! Vous savez tout, sauf ce que c'est d'être vivant ! Des cadavres ambulants, voila ce que vous êtes ! » (4).

Or cette scène est filmée de loin. Arthur Miller, auteur du scénario, n’aurait pas désapprouvé le choix de John Huston, car il reprochait au film de rester trop près des personnages : « Il aurait fallu davantage de plans d’ensemble, pour rappeler constamment à quel point ces personnages sont isolés, aussi bien physiquement que moralement » ; « Il aurait fallu davantage de plans larges des personnages perdus dans ce paysage » (5). Luz et Virginie Despentes, quant à eux, auraient voulu voir Marilyn Monroe en colère de près pour, une fois, échapper à « la mascarade féminine [qui] ne comporte que deux facettes -suceuse de bite ou cadavre. » Donc si l’image cinématographique en plan large et lointain fait défaut, Hollywood menteur met à bas la « mascarade féminine » et explore la colère de Roslyn : « Dieu les maudisse tous ! Ils ont tout changé, tout défiguré. Ils ont tout barbouillé de sang, ils en ont fait du fric et de la merde comme du reste ! Tu le sais, je le sais. C’est comme si on voulait attraper un rêve au lasso, maintenant ! »

Hollywood menteur de Luz

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1. Marc Gauchée, La Robe de Marilyn, François Bourin, 2014.

2. Raymond Cartier, « La moitié du public américain perdue. Plus d’un tiers des cinémas en faillite. Hollywood lutte pour survivre », « Le cinéma va-t-il disparaître ? », Paris Match, n°226, 18 juillet 1953.

3. « Sainte Marilyn, vierge des désirs défoncés... », 2 janvier 2018.

4. Arthur Miller Les Misfits, Robert Laffont, coll. « Le Livre de Poche », no 3372, 1961.

5. Entretien avec Serge Toubiana, The Misfits, chronique d’un tournage par les photographes de Magnum, Les Cahiers du cinéma, 1999.

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