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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« Analyse, Opinion, Critique » (AOC) : le chaînon qui manquait ?

Jean-Pierre Bacot

 

Étrangement, les-responsables de la rédaction ont répondu négativement à notre sollicitation d’entrevue, nous écrivant : « Merci de votre proposition, mais les éditeurs d’AOC préfèrent ne pas parler et publier des auteur-e-s. » On trouve pourtant en ligne quelques interviews, certes à la période de démarrage… Fausse modestie ? Peu importe.

 

En effet, quoi qu’il en soit de cette étrange timidité, le site AOC, lancé en janvier 2018, se définit comme un micro média proposé par abonnement. Au moment du lancement, le directeur, Sylvain Bourmeau, fixait à 10 000 abonnés au tarif de 12 euros par mois le niveau de son équilibre économique. L’abonnement est diminué de moitié pour les étudiants. Cet objectif est-il atteint ? On ne nous le sait pas…

 

Sylvain Bourmeau est cofondateur de Mediapart, ancien journaliste à Libération, directeur adjoint des Inrocks, producteur à France culture, enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), co-fondateur de la revue Politix en 1988, romancier, excusez du peu…

 

Deux autres personnes dirigent le site : Raphaël Bourgois et Hélène Fromen. À l’image de son créateur qui affirme avoir un pied dans la recherche et l’autre dans le journalisme, la proposition d’AOC est de décloisonner les mondes de la presse, de la recherche et de la critique culturelle. On peut donc définir le positionnement du site comme un stade intermédiaire dans le champ des sciences humaines et sociales, entre la presse de qualité et les revues académiques.

 

Avec un contenu proche de celle des pages « débats » de certains quotidiens dits de qualité, comme Les Échos, Le Figaro, Libération ou Le Monde, les articles d’AOC permettent aux abonnés de recevoir chaque jour trois textes d’environ 10 à 15 000 signes, et ceci pour les cinq premiers jours de la semaine. Le samedi est consacré à un « grand entretien » et, le dimanche, à une fiction. Nous ne savons pas non plus quelle est la part d’articles sollicités ou envoyés spontanément à la rédaction.

 

Pour des raisons tenant au niveau culturel du lectorat, mais aussi au « temps de cerveau disponible », bien des lectrices et lecteurs apprécient de recevoir des textes triés qui les dispensent de perdre du temps à se repérer en ligne dans un monde noyé de publicités et leur offrent régulièrement ce qu’ils considéreront comme des pépites qu’ils se hâteront de partager.

 

Trois à quatre fois plus long, un texte académique, comportant au surplus des références et des notes de bas de page, peut soulever des réticences pour cause de surcharge cognitive ou intimider un non spécialiste. Un papier d’AOC demandera quelque dix minutes de lecture.

 

La différence avec le monde académique vient également du fait que les textes en question sont en principe payés aux auteur-e-s d’une pige tournant autour de 500 euros, alors que rarissimes sont les rémunérations offertes aux chercheurs pour leurs travaux d’écriture pourtant plus exigeant. Si un article de 45 000 signes était payé 1 500 euros, le monde des idées ne serait pas le même. En attendant, un peu de beurre dans un plat d’épinards, accompagné d’une bonne bouteille d’origine contrôlée ne fera de mal à aucun-e intellectuel-le, vu les salaires des universitaires, surtout en début de carrière.

 

Il est possible d’objecter à cet argument financier le fait que les productions intellectuelles permettent aux chercheur-e-s de construire une réputation, d’être évalué-e-s sur travaux, etc. Une question se pose alors de la place que les textes courts qu’ils auront rédigés vont pouvoir trouver dans ces processus. Seront-ils considérés comme marginaux, disqualifiant, ou au contraire témoignant d’une ouverture vers la société ? L’avenir le dira peut-être.

 

Le nombre d’auteur-e-s déjà proposés par AOC à la lecture, dont de nombreux écrivain-e-s, témoigne de cet élargissement dans l’offre de réflexion et de l’établissement d’un pont entre l’Université et le mode cultivé.

 

Les bémols 

 

Nous ne vivons pas pour autant dans un monde idéal et des universitaires  nous ont dit être sceptiques vis à vis d’une rédaction qui ne propose pas toujours de payer, ne motive pas sérieusement les refus de publications et change souvent d’avis.

 

Par ailleurs, le fait que les coordonnées de celles et ceux qui écrivent ne soient pas précisées empêche le lecteur de prendre contact avec elles et eux et la moindre réflexivité.

AOC est donc un monde bien verrouillé, ce qui ne lui enlève aucune des ses qualités, mais montre bien que la question du pouvoir, réel autant que symbolique, est omniprésente, singulièrement en un moment où l’univers éditorial et médiatique se trouve en pleine restructuration et où les publications en ligne cherchent des moyens d’exister. En proposant sous forme papier à ses abonnés l’ensemble des textes fictionnels publiés, AOC met également un pied dans la littérature et se pose comme un outil de recomposition d’un paysage, processus qui s’est sans doute accéléré avec cette crise dont nous ne sommes pas encore sortis.

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