Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.
Nous en avons reçu plusieurs à la rédaction, qui témoignent du fait que si les loges ne peuvent que difficilement se réunir en cette période douloureuse, la pensée continue de circuler.
Points de vue initiatiques
Points de vue initiatiques, organe de la Grande loge de France (GLDF) s’attaque en son numéro 197, au sujet : « Initiation et numérique » avec cinq articles, sans oublier les notes de lecture et deux entretiens, le premier avec Joël de Rosnay : « Au-delà du numérique, retour à l’humain » et le second avec Paul Mathias : « Une approche philosophique de l’internet ».
Le sommaire commence par un papier de Frank Subiela : « Solitude du cœur et de la voix qui ment », qui disserte sur la solitude de l’initié, laquelle nécessite un accompagnement fraternel pour ne pas participer de l’évolution individualiste de la société. Jean-Jacques Zambrowsky poursuit avec « Pensée symbolique et intelligence artificielle ». Dans la droite ligne idéologique de l’écossisme, il estime que la pensée symbolique peut garantir la liberté. L’article du cercle Télémaque parcourt le web maçonnique, en ayant l’amabilité de nous citer. Cette toile maçonnisée comporte également un aspect antimaçonnique que souligne l’auteur.
Jean-Laurent Turbet s’attaque pour sa part à la place de la maçonnerie dans les réseaux sociaux. Il souligne que si ces supports sont devenus incontournables, ils ne sauraient se substituer à la vie en loge, remarque d’autant plus pertinente que le Coronavirus fait des siennes. Suit un article étrange de Jacques Delesnac : « Existe-il un algorithme de l’initiation ? ». Avis aux spécialistes du cerveau : existe-t-il des neurones de rite écossais ?
Vient ensuite une demi douzaine d’articles de la même sensibilité dont nous avons mainte fois souligné qu’elle correspondait à une pensée post religieuse et à une pratique masculine, le dernier point se trouvant davantage décalé que le premier par rapport à l’époque dont nous allons reprendre le cours dès que nous serons vaccinés.
Les Cahiers de l’alliance, revue d’études et recherches maçonniques
Dans le même style, mais sous une forme plus luxueuse et davantage illustrée, Les Cahiers de l’alliance, revue d’études et recherches maçonniques, organe central de la Grande loge de l’Alliance maçonnique française (GLAMF) revient dans son dernier numéro sur le thème impérissable de la Tradition envisagé sous le triple aspect de l’héritage de la source et du label.
François-Xavier Tassel assume une prise en compte du thème de l’invention de la tradition, à partir du maître livre de Hobsbawn et Ranger, paru sous ce titre en 2006 (éditions Amsterdam) pour s’intéresser au bricolage qui a présidé à la naissance de ce qui est aujourd’hui considéré comme la tradition maçonnique. Histoire et anthropologie convoquées, la GLAMF serait-elle moins spiritualiste que la Grande loge de France ? Gaston-Paul Effa fait de cette tradition un livre de vie qu’il convient de transmettre patiemment sans oublier sa double face dont celle qui est cachée et justifie l’ésotérisme.
Suivent d’autres propositions du même acabit ; « La transmission au-delà des mots » par Jean Dumonteil ; « L’étincelle de lumière sous la cendre, héritage, tradition et transmission » par Pierre Pelle le Croisa ; « Tradition primordiale et mythes anciens » par Jacques Branchut et en post-scriptum : « Méditation sur la tradition et la transmission » par Jean Dumonteil. Le numéro s’achève avec un article de Richard Bacin sur les traditions africaines, mettant notamment en rapport les croyances et les oeuvres d’art.
Disons-le tout net, il semble que numéro après numéro, ce soit la même antienne qui nous soit déroulée. Peut-être le monde des traditions à l’œuvre aujourd’hui (musulmane ou évangéliste par exemple, voire complotiste) est-il trop dur à prendre à bras le corps pour certains et qu’il faut à tout pris refroidir les cerveaux…
Renaissance traditionnelle
Renaissance traditionnelle présente son édition également numérotée 197, volume moins épais qu’à l’habitude et œuvre d’un seul auteur Gaël Meigniez qui nous propose une analyse des plus fouillées sur « Adam et les sources oubliées de la légende d’Hiram ». Partant de la source la plus ancienne connue, le manuscrit Graham de 1726, il montre que c’est bien la notion d’homme primordial, personnifiée par Adam qui se trouverait à l’origine du mythe, ce que l’auteur montre en dépouillant une foule de sources. Comme le souligne Pierre Mollier dans son avant-propos, la lecture de cette brillante étude relève d’un triple plaisir : historique, philosophie et initiatique.
Pour compléter ce travail, Pierre Lachkareff nous amène à découvrir la franc-maçonnerie coloniale indienne à travers l’étude précise qu’en a faite Simon Deschamps, lequel a produit récemment un article dans la revue rationaliste L’idée libre (n° 330, septembre 2020, sous le titre « La Franc-maçonnerie britannique au temps du Raj »). Quant à la rubrique « Francs-maçons d’autrefois », jadis tenue dans la revue par Jean Bossu, elle reprend force et vigueur sous la plume de Pierre Mollier avec le portait du Chanoine Alexandre-Guy Pingré, né en 1711 et mort en 1796 après une séance de l’Académie des sciences. Il participa à la création du Grand orient de France.