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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

« L’invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l’Eden africain » de Guillaume Blanc

Jean-Pierre Bacot

Lorsque vous aurez lu cet ouvrage, vous ne pourrez plus regarder un documentaire animalier sur Arte ou ailleurs, sans vous souvenir que le lieu où il aura été tourné est le résultat d’un « colonialisme vert » bien caché. Celui-ci, nous explique Guillaume Blanc (aux éditions Flammarion), est né à la fin du XIXème siècle lorsque les explorateurs ont ramené de leurs  voyages en Afrique l’idée selon laquelle le continent noir était le dernier à relever d’une pureté originelle.

Au moment de la décolonisation dans les années 1960, on en en vint à la construction de parcs « naturels », l’auteur s’attachant particulièrement à ceux d’Éthiopie, pays où la guerre reprend aujourd’hui et qu’il a étudié en profondeur. D’anciens administrateurs coloniaux ont alors été reconvertis en  gérants de parcs, à partir de deux idées catastrophiques. La première était que l’homme africain était incapable de gérer son territoire, qu’il était responsable de la disparition de certaines espèces et de celle des forêts. En réalité, les forêts africaines ont été, pour la plupart, plantées par les Africains, la construction du paysage alternant entre déforestation et reforestation. La deuxième idée était qu’il fallait en conséquence écarter « l’Africain » d’une tâche devenu essentielle, préserver les plantes et les animaux.

En Éthiopie, c’est la présence d’une antilope endémique vivant en haute altitude le Nyala, qui a servi de prétexte à  chasser les humains des parcs, en les expulsant parfois à des centaines de kilomètres de leur lieu de vie et de culture. Aujourd’hui, la préoccupation écologique, très à la mode et à juste titre, renforce ces véritables exactions avec la complicité de quelques hiérarques locaux. « L’homme blanc » ayant fortement abimé son propre territoire qui risque fort de devenir rapidement invivable,  il rabat son imaginaire sur une Afrique dont il méprise depuis fort longtemps les habitants.

Préfacé par François-Xavier Fauvelle, professeur au collège de France, titulaire de la chaire d’histoire et archéologie des mondes africains, ce livre est fondé à la fois sur un travail d’archives et des récits de vie. On y voit comment fonctionnent les safaris photos ou les parties de chasse pour des occidentaux qui ne verront comme humains que les gardiens des parcs et des mendiants.

On comprendra aussi comment fonctionne le cynisme des postcoloniaux devenus néocoloniaux qui reprochent aux Africains leur mode de vie et de culture, particulièrement pour ce qui concerne un agro-pastoralisme que l’on encouragera par ailleurs en France, dans les Cévennes par exemple. Du coup, les habitants ayant le malheur d’habiter à côté d’un parc « naturel » en permanente extension subiront violence sur violence.

On sent déjà en Europe que, pour certains écologistes radicaux, l’humain est de trop dans un paysage que l’on croit naturel, en oubliant que cette « nature » (mot intraduisible en amharique, la principale langue éthiopienne) n’est qu’une construction. Il est difficile de revenir sur des décennies de récits idylliques, mais il n’existe pas en Afrique de forêt primaire, il n’y a qu’un relent de religiosité, un phantasme de paradis perdu, sur fond  perdurant de racisme colonial.

Du coup, on ne donnera plus un centime à lOrganisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), au Fonds mondial pour la nature (WWF), à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ou à l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et à une myriade d’organisations non gouvernementales (ONG) qui sont directement complices de cette absurdité antihumaniste faisant d’un amateur de trophées un digne chasseur et d’un paysan voulant manger de la viande un infâme braconnier, tout cela étant vécu en Occident dans une sorte d’accomplissement du rêve colonial. On fera, de plus, attention si l’on apprend que des Africains se sont, ici où là, révoltés contre les expropriations dont ils étaient l’objet. Ce ne sont pas des sauvages qui ne comprennent rien à la préservation du monde. Ils nous signalent simplement que de ce monde, ils font partie depuis bien plus longtemps que lcs colons inconsolables de leur défaite historique.

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