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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Dorian Astor : « La passion de l’incertitude »

Jean-Pierre Bacot

Rares sont les ouvrages philosophiques que l’on peut aisément résumer, celui-ci moins qu’un autre. Cette Passion de l’incertitude du très nietzschéen Dorian Astor est assez difficile à lire, non pas à cause d’un langage abscons, mais parce que l’auteur établit une tension permanente entre la volonté de savoir et le doute systématique. Il laisse volontairement le lecteur dans un inconfort intellectuel permanent.

Citant de nombreux philosophes et quelques romanciers, Astor traverse toute l’histoire de sa discipline mais, comme il est aussi écrivain et poète, il manie avec parfois un certain humour et toujours talentueusement la contradiction, en soignant la forme. Il convoque l’humain, l’animal, mais aussi sa propre expérience pour ne jamais établir ce point moyen inaccessible, changeant, que nous adoptons pourtant, toutes et tous autant que nous sommes, pour ne verser ni dans le dogmatisme, ni dans le relativisme absolu. Le savoir et la foi –écrit-il en substance- peuvent être deux moyens de faire taire autrui. Pacification du dialogue, certes, mais quant à mettre les deux termes sur un plan d’égalité, cela peut poser problème.

Dorian Astor convoque parfois la psychanalyse, en particulier Lacan, mais pour en arriver à une sorte de position molle qui vient peut-être de ce qu’il ne sait pas trop où il habite, tout en le sachant et sans pour autant le savoir. En effet, où et quand se jouent ces arbitrages, dans le cerveau et sinon, où ? On en revient, à le lire, à un total empirisme. Tout se passe comme si on cherchait un grigri entre le noir et le blanc.

Plus important nous semble le fait qu’une telle démarche relève d’un rejet de facto du rapport de forces. À quoi bon constituer par exemple un savoir sur les obscurantismes si nous devons douter du bien fondé de cette dénomination et de la nécessité d’un combat, dans une tentative de poursuivre l’œuvre d’émancipation dont il serait délicat de penser qu’il s’agisse d’un dogmatisme ?

68 paragraphes, allant d’une ligne à plusieurs pages, fort bien écrits, répétons-le, contribuent à donner à l’ouvrage, paru aux éditions de L’Observatoire, un aspect prosodique, étrange en philosophie et qui, osons le dire, débouche malheureusement sur une relative platitude dont témoignent les dernières lignes :

« (…) La vérité n’est pas notre destination, mais notre élément. Nous sommes embarqués. Il faut prendre appui sur la consistance de l’eau et éprouver l’insistance des vagues ; il faut être concerné par la direction de tous les vents et consentir à la traversée des tempêtes. L’incertitude n’évite le naufrage qu’au prix de l’aventure de la vérité. Peut-être. »

Un vrai manifeste pour concurrents du Vendée Globe.

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