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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Droits et libertés (N° 193) : Combats antiracistes

Jean-Pierre Bacot

Heureusement qu’elle est là, la Ligue ! Le dernier numéro de sa revue Droits et libertés n° 193, millésimé mars 2021, traite en effet des sujets sur lesquels les obédiences maçonniques font en ces temps troublés étrangement silence. Comme l’explique le Président de la LDH, Malik Salemkour, dans son éditorial, il s’agit de « reprendre l’offensive pour les libertés ».

Le sommaire commence par un hommage à Alain Weber, avocat des causes aussi nécessaires que délicates, que le Covid vient malheureusement d’emporter. Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue retrace ce que fut le parcours de ce ténor progressiste du barreau.

Dominique Guibert s’attaque ensuite à cette urgence sociale qui s’installe à travers la crise sanitaire et impose aux pauvres une double peine. Que cela soit en France ou dans le reste du monde, un drame se met en place dans une relative indifférence et la mise en place d’une politique sociale audacieuse s’impose, doublée d’une souhaitable cohésion internationale.

Catherine Gomy revient pour sa part sur la loi de 2017 portant sur le devoir de vigilance par rapport à l’attitude des grandes entreprises occidentales fabricant à l’étranger, prenant l’exemple de cet atelier de confection du Bengladesh qui s’effondra le 24 avril 2013, causant le mort de plus de plus de mille employés. C’est à l’échelle internationale que les ONG mènent aujourd’hui le combat auquel la Ligue participe, avec l’espoir de voir s’installer une législation internationale et contraignante vis a vis des entreprises, sous l’égide de l’ONU.

Pour preuve de l’orientation de l’organisation, née en 1898 avec l’affaire Dreyfus, et de sa revue, François Gemenne auteur de « On a tous un ami noir », paru chez Fayard, propose un changement de regard sur la question migratoire. Il demande aux chercheurs de devenir force de propositions face au récit de droite et d’extrême-droite, axé sur la « crise migratoire ».

Autre sujet à propos duquel nous avons déjà relayé des protestations de spécialistes, la bataille des archives dont la déclassification est de plus en plus problématique, malgré quelques timides avancées. Mais qu’ont-ils donc voulu cacher aux historiens?

Jean-Yves Planchère et Justine Lacroix s’attaquent à ce qu’ils appellent le « scepticisme démocratique » qui porte sur la capacité que nous avons à mettre en œuvre un universalisme des valeurs. Vaste sujet d’étude. En tout état de cause, il n’est pas de véritable démocratie lorsque les personnes ne bénéficient pas des droits fondamentaux d’expression.

Dans la même logique, Emmanuel Poupard et Emmanuel Vire estiment « qu’un Président ne devrait pas jouer avec la démocratie ». Les auteurs font référence à l’article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale, qui a soulevé une levée de boucliers et qui porte sur la liberté des journalistes, notamment de filmer les policiers. La riposte s’organise contre cette mesure qui aurait pu être prise par des postfascistes au pouvoir.

Suit une analyse des conséquences du Brexit avec Philippe Marlière et Marie-Christine Vergiat qui mettent en garde contre les tentations nationalistes et estiment que tout n’est pas à jeter dans une Union européenne au fonctionnement hybride.

Vient ensuite une séquence internationale en deux temps : « La répression chinoise en zone autonome Ouïgoure » par Alain Bouc qui décrit une volonté d’assimilation forcée et « Le Burundi sous Ndayihmiye, une page qui se tourne », Valeria Alfieri espérant en un tournant inscrit dans une logique géopolitique.

La fin du numéro est tout aussi passionnante, avec une entrevue de Gérard Salem, auteur d’un Atlas mondial de la santé, paru aux éditions Autrement. Partant de l’actuelle épidémie de Covid, le chercheur considère que le fait de considérer la santé comme un bien marchand ne peut que conduire à creuser les inégalités sanitaire.

Pierre Tartakowsky, autre Président d’honneur de la LDH nous parle des débats nécessaires autour de l’antiracisme, en particulier quant au fait qu’il ne faut pas se contenter d’organiser la répression, mais travailler sur les mécanismes  d’exclusion. Nous ne pouvons qu’approuver cette lecture qui demande qu’on en cesse avec les invectives.

Autre entrevue, avec cette fois-ci Fabrice Dhume, Xavier Dunezat, Camille Gourdeau et Aude Rabaud, co-auteurs de Du racisme d’Etat en France, paru aux éditions au bord de l’eau. Ils reviennent sur la formation des policiers, comme sur la limite des mobilisations et plaident pour que la révolte des racisés accède au niveau des lutes féministes, par exemple.

Cinq articles complètent ces analyses : « La place de la lutte contre l’antisémitisme dans le combat antiraciste » par Marie-Anne Matard-Bonucci ; « Élu et victime de racisme » par Azzedine Taïbi, maire de Stains en Seine-Saint Denis ; « Nous femmes musulmanes », par l’association Lallab ;  « L’Opéra de Paris se saisit de question raciale »  par Agnès Tricoire ; « Le racisme embrase l’Amérique »  par Maryse Butel ; « Le Covid avive le racisme anti-asiatique » par Simeng Wang.

In fine sept notes de lecture donnent une touche finale à une revue mensuelle (7 euros) dont nous oserons dire qu’elle est exceptionnelle par sa qualité et le courage des positions qu’elle développe dans une sorte de militantisme éclairé. Dans l’état actuel de la critique sociale et politique, cela nous offre une belle bouffée d’oxygène.

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F
Quand on voit ce qu'est devenu la LDH, on est stupéfait par le panégyrique dressé dans cet article!!!<br /> Les fondateurs de la La Ligue des Droits de l'Homme, créée rappelons le dans le contexte de l'Affaire Dreyfus, doivent se retourner dans leurs tombes face aux dérives communautaristes, islamisantes de ce qui fut une des associations les plus en pointe dans la défense de la République démocratique et laïque, . <br /> Cette LDH s'est ainsi retrouvé dans des "combats" entre autres juridiques aux côtés du CCIF et d'autres associations du même tonneau. <br /> Alors, par respect pour les lecteurs, avant d'écrire ce type de commentaire, merci de vous tenir au courant de la réalité des faits concernant cette association à la dérive. <br /> Cordialement
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R
Il me semble que le débat actuel entre défenseurs de la laïcité appelle un peu de nuance et de retenue dans les commentaires. Être partie civile à un procès aux côtés d'une autre organisation ne permet pas d'affirmer que l'on partage les combats de cette organisation. Je trouve que vos propos sont bien peu fraternels et ne font justice ni aux militants de cette association respectable qu'est la LDH, ni aux valeurs que vous prétendez défendre. <br /> Merci aux rédacteurs de ce blog de continuer leur travail humaniste, quand d'autres préfèrent la critique facile.<br /> RB