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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Second tour et troisième voie : en attendant 2022 (5ème partie) - Mais quelle étoile, le peuple de gauche, suivre des yeux pourrait ?

L’affiche du second tour de l’élection présidentielle de 2022 serait déjà arrêtée : Marine Le Pen affronterait Emmanuel Macron. Mais comme, d’une part, les Françaises et les Français aiment déjouer les doctes affirmations pré-électorales et comme, d’autre part, les cycles politiques s’accélèrent avec les incertitudes encore renforcées de la crise du coronavirus depuis un an, Critica Masonica propose d’engager  un exercice de politique-prospective-fiction pour imaginer des candidates et des candidats qui échapperaient au match retour de 2017. À vos plumes...

5/  Mais quelle étoile, le peuple de gauche, suivre des yeux pourrait ?

 Julien Vercel

Les autoproclamés candidats de la gauche ont renoncé à l’organisation d’élections primaires et préfèrent désormais compter sur les sondages pour les départager. Mais, patatras ! Jusqu’à présent, les sondages ne les départagent pas, les candidats se situent tous en-dessous de 10%, sauf Jean-Luc Mélenchon caracolant à... 11% (1) ! Rien de décisif pour inciter au retrait des unes ou des autres et l’obstination à incarner leur camp en solitaire va mener toute la gauche à passer son tour pour 2022.

Il faut reconnaître que les électrices et électeurs qui se réclament de la gauche sont aujourd’hui tout autant minoritaires : 13% des Françaises et des Français seulement se situent à gauche, soit 10 points de moins qu’en mars 2017 (2) ! Le « peuple de gauche » serait donc à la fois dispersé et minoritaire. Pire, près des deux-tiers des personnes interrogées dans un récent sondage estimaient que « l’opposition entre la gauche et la droite est dépassée » (5). Or aucun candidat actuel n’est capable de rassembler son camp pour espérer peser lors de la prochaine élection présidentielle : Jean-Luc Mélenchon n’en finit pas de dénoncer les « socio-traitres » socialistes dans la grande tradition des années 1930 ; les écologistes sont une nouvelle fois tentés de sortir du clivage gauche-droite (3) ; les socialistes n’ont pas soldé les deux gauches « irréconciliables » entretenues en leur sein (4) et la Vieille garde communiste s’obstine à former le dernier carré.

Face à ses élites préoccupées seulement par la course au Château, si le « peuple de gauche » souhaite un candidat commun, il n’accorde sa confiance à aucune des personnalités susceptibles de se présenter ou déjà candidate ! L’équation semble insoluble.

En fait, il faut d’abord réviser son histoire et se souvenir notamment que la gauche n’a remporté des élections qu’avec une alliance - parfois fragile et de circonstance, certes - entre les classes populaires et la bourgeoisie de progrès (6). Or, dans ce domaine, la social-démocratie peut être d’un apport décisif, c’est elle qui sait négocier, jouer des rapports de forces (quand elle fait preuve d’un vraie volonté politique), passer des compromis et monter une marche plutôt qu’attendre le Grand soir en bas de l’escalier. Mais, parmi les prétendants de la gauche politique, aucun n’affiche une telle compétence, ni une telle ambition. Il faut donc faire un pas de côté et détourner son regard de cette foire aux prétendants... Ailleurs, il y a Laurent Berger, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) qui, avec Nicolas Hulot et 19 organisations de la protection de l’environnement et du mouvement social, avait proposé « 66 propositions pour un pacte social et écologique » le 5 mars 2019 ? Alors, Berger président ?

La France est très méfiante vis-à-vis des passages depuis le monde syndical vers le monde politique, surtout à gauche depuis la Charte d’Amiens de 1906 qui, tout en prônant un syndicalisme révolutionnaire, séparait les syndicats de toutes les organisations politiques (7). C’est à l’étranger, en Allemagne ou en Grande-Bretagne que des liens entre syndicats et partis se sont institutionnalisés. Ou encore au Brésil quand l’ancien syndicaliste Luis Inácio Lula da Silva a été élu président. En France, seule la droite n’hésite pas à franchir le pas : Christian Jacob qui fut président du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), est devenu ensuite parlementaire européen, maire, député, ministre (8)...

Pendant que l’élite politique de gauche s’écharpe sur la laïcité, c’est Laurent Berger qui braque le projecteur sur la réforme des retraites qui « n’est pas abordable en termes de mesures à prendre avant 2022 » et qualifie de « dingues » ceux qui oseraient une initiative en ce sens, c’est aussi lui qui dénonce la réforme de l’assurance-chômage, « une décision scandaleuse » comme « injuste » et « incohérente » (9). Il n’est pas le seul, les autres responsables syndicaux sont tout aussi voire bien plus virulents, mais il est le seul à s’inscrire dans une démarche social-démocrate qui permettrait enfin cette alliance des classes populaires et de la bourgeoisie de progrès.

Et si l’acharnement d’Emmanuel Macron contre les corps intermédiaires, dont les syndicats, s’expliquait d’abord parce qu’il y décèle là un potentiel de résistance et de propositions que n’assure plus les partis d’opposition...

 

____________________

1. Voir : « Les Français à un an de la présidentielle 2022 » d’Elabe, 14 avril 2021 ou « Baromètre d’intentions de vote pour l’élection présidentielle de 2022 » d’Harris Interactive, 21 avril 2021.

2. Alors que 39% se situent à droite et environ 32% au centre, « Regard des Français sur la gauche », Odoxa Backbone Consulting, 15 avril 2021.

3. Après les dernières élections européennes, Yannick Jadot déclarait sans rire - avant d’aller draguer les socialistes à Blois au « Rendez-vous de la gauche d’après » fin août 2020 : « Je ne souhaite pas limiter la discussion dans le camp de la gauche, on n’est plus dans le même tour de table », relayé par ses alliés Delphine Batho (Génération écologie) : « Tous ceux qui se définissent écolos sont les bienvenus, ils doivent quitter les anciens partis pollués » et François Damerval (Cap 21) : « Ce rassemblement est important car il va au-delà du clivage droite-gauche », 8 juillet 2019.

4. Le 15 février 2016, Manuel Valls, premier ministre, avait déclaré : « Parfois, il y a des positions irréconciliables à gauche et il faut l'assumer ».

5. « Pronostics et souhaits des Français pour le 2nd tour de l’élection présidentielle de 2022 », IFOP, février 2021.

6. Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa, La gauche et le peuple, Gallimard, 2014.

7. Cette Charte a été adoptée lors du 9e congrès de la Confédération générale du travail (CGT)... qui allait pourtant ensuite s’aligner complètement sur les positions du Parti communiste français.

8. De 1992 à 1994. Il fut aussi auparavant président du Centre régional des jeunes agriculteurs du Nord de 1987 à 1990.

9. BFMTV, le 6 décembre 2020 et Public Sénat, le 16 mars 2021.

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