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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

La politique culturelle est-elle en panne ? - Le classement des produits culturels comme « non essentiels » (1er épisode)

Marc Gauchée

            « On entre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre, et donc le domestiquer » disait Emmanuel MACRON, président de la République, le 6 mai 2020, lors d’une visioconférence avec des représentants du monde culturel. Un an plus tard, le 23 septembre 2021, JUL, dessinateur, n’a pas réussi à trouver « le tigre » et répond dans L’Obs : « La culture comme l’écologie et tout le reste, n’est soutenue par aucune vision. Il n’y a que des process, des manières de faire les choses, sans aucune ligne directrice. Sa politique est comme un vaisseau conduit par des zombies qui ne savent pas où ils vont ». Cette série d’articles propose d’aller à la recherche de ce qu’il reste de la politique culturelle en temps de Covid 19.

1er épisode/ Le classement des produits culturels comme « non essentiels »

La fermeture des lieux culturels et le classement des produits culturels dans la catégorie des « non essentiels » a révélé la vacuité des discours sur l’importance et le rôle de la culture et d’une politique culturelle dans le développement et l’émancipation des individus.

Pourtant ces discours n’ont jamais manqué. Depuis Nicolas SARKOZY, président de la République, le 2 février 2009, lors de l’installation du Conseil de la création artistique : « Je veux que la culture soit la réponse de la France à la crise économique mondiale ! ». Ce qu’il dément seulement trois jours plus tard : le 5 février 2009, en visite à Flamanville, il affirme qu’il attend du secteur de l’énergie, du nucléaire comme des énergies renouvelables, « qu’il soit le moteur de la reprise, en préparant l’avenir ». Jusqu’à Emmanuel MACRON, candidat, qui déclarait le 27 janvier 2017, lors d’un entretien sur France culture : « La culture, c’est notre arme contre la division, notre arme contre la radicalisation, notre arme contre la résignation » ; de la culture dépend « notre capacité à émettre du sens, à proposer une vision de l’humanité, à proposer un destin collectif ». Puis le 4 février 2017 à Lyon, lors d’un meeting de campagne : « Ce que nous déciderons, ce que nous ferons pour la culture, mes amis, c’est un chemin, c’est un accès puis un chemin, c’est cela ce que je veux, c’est pour cela que je veux que partout, en France, et l'État prendra ses responsabilités, nous puissions ouvrir nos bibliothèques, le soir, et le week-end ». C’est sans doute pour cela qu’il a fallu attendre le décret du 19 mars 2021 pour autoriser les bibliothèques à rouvrir pendant le confinement. Devenu président de la République, Emmanuel Macron continuait à affirmer, le 6 mai 2020 à propos des premières orientations du plan de soutien pour la culture : « Je crois que la nécessité de la culture est d'autant plus forte que nous sommes, en France et plusieurs d'entre vous l'ont rappelé, c'est-à-dire dans un pays qui a bâti son identité profonde sur cette capacité à, penser la culture, la place de ses artistes et le rôle que la culture dans la construction de ce qu'est la part d'universalisme mais aussi le projet français »... Sarah TROUCHE, plasticienne, résume le sentiment partagé par beaucoup de monde du secteur culturel : « Le plus dur pour nous est d’entendre que nous ne sommes pas essentiels » (1).

En permettant la réouverture des lieux de culte et des magasins avant les lieux de culture, le gouvernement a fait du « MALRAUX à l’envers ». André MALRAUX, ministre des Affaires culturelles, déclarait ainsi le 27 octobre 1966 à l’Assemblée nationale : « La maison de la culture est en train de devenir - la religion en moins - la cathédrale, c'est-à-dire le lieu où les gens se rencontrent pour rencontrer ce qu'il y a de meilleur en eux ». La culture selon MALRAUX est certes sans religion, elle doit pourtant se faire dans des « cathédrales », car elle entretient un rapport au sacré. En 2020, le gouvernement a ignoré le rôle de la culture comme « supplément d’âme », comme partie constitutive du mode de vie à la française alors que toute la classe politique avait entonné ce refrain notamment lors des attentats contre Charlie Hebdo, le Bataclan et les terrasses des cafés parisiens. En fait le gouvernement a appliqué la hiérarchie des besoins telle que décrite par la pyramide du psychologue Abraham MASLOW qui place à la base le physiologique et distingue ensuite le social et l’affectif (2).

Cette attitude consacre la réduction de la politique culturelle à la gestion économique d’un secteur. Et cette approche est restée la même lors du deuxième confinement quand le gouvernement a été obligé de fermer les rayons des produits « non essentiels » dans les grandes surfaces pour ne pas concurrencer déloyalement les commerces de proximité... et ainsi accentuer les profits des géants du numérique et de la commande en ligne. Comme le déplorait déjà, Jérôme CLÉMENT, fondateur d’Arte, en 2016 : « Depuis Sarkozy, le discours économiste a tout envahi (…). Plus personne ne pense, comme Mitterrand naguère ou même Chaban-Delmas, que l’homme se nourrit non pas seulement de ses richesses mais aussi de ses rêves » (3).

À suivre.

____________________

1. Entretien dans Télérama, n°3716, 31 mars 2021.

2. Abraham MASLOW, « A Theory of Human Motivation », Psychological Review, n°50, 1943.

3. « Hollande se fout de la culture », entretien dans L’Obs, 28 avril 2016.

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M
Un monde humain sans culture n'est pas une monde humain.
La culture c 'est pouvoir s'approprier les choses chacun à son rythme
Humainement culturel
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