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Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Les étrangers et d’origine étrangère dans la France libre et dans la Résistance, 1942-1945 (2/4)

 

Hubert Sage

Panthéonisation de Joséphine Baker, projet d’entrée au Panthéon de Missak Manouchian, un des symboles de la Résistance... La popularisation des étrangers ou d’origine étrangère qui se sont impliqués dans la Résistance et la France libre est nécessaire auprès de tous les milieux composant  notre nation pour rappeler que leur implication s’est faite non pas par une adhésion à un nationalisme impérialiste ou suprématiste, mais pour l’idéal que porte la République française dans ses valeurs laïques et universalistes d’émancipation.

 

Les étrangers dans la Résistance intérieure

La Résistance intérieure active et organisée n'a jamais rassemblé plus de 2 ou 3% de la population française : 266 réseaux et maquis environs, soit 150 000 membres recensés jusqu’au début 1944. Elle n'aurait pu survivre ni se développer sans de multiples complicités populaires, en particulier à l'époque des maquis.

Durant la Seconde guerre mondiale, la résistance au nazisme fut l’œuvre de femmes et d’hommes de toutes origines sociales et politiques, mais aussi de toutes nationalités. La France comprend plus de 2 millions d’étrangers en 1940, venus pour des raisons politiques ou économiques. Les étrangers dans la Résistance française sont essentiellement des Républicains espagnols qui ont fui le franquisme ; des Italiens antifascistes qui ont fuit le régime fasciste de Mussolini ; des Allemands et Autrichiens antinazis ; des Polonais ouvriers durement exploités dans les mines de charbon au Nord, de l’Est et du Centre de la France et prêts à se révolter ou fuyant l’occupation et la répression allemande, car Juifs ; des Arméniens réfugiés en France, car rescapés du génocide de 1915 perpétré par les Turcs ottomans ; et des Juifs de toute l’Europe de l’Est et d’Allemagne fuyant les persécutions de l’antisémitisme. Parmi eux, beaucoup rejoignent la Résistance dès la fin 1941. Il est impossible d’appréhender un nombre même très approximatif du nombre d’étrangers dans la Résistance intérieure mais certainement plusieurs milliers.

Les Francs-tireurs et partisans-main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) sont les unités de la Résistance communiste qui ont, à partir d'avril 1942, conduit la guérilla dans les grandes villes de France contre l'occupant nazi. Ils sont intégrés en mai 1943 aux Francs-tireurs et partisans (FTP) et officiellement « intégré » à l'Armée française de Libération. La résistance armée comprend des sabotages et des attaques de centre de direction des occupants et du régime de Vichy, des exécutions de responsables allemands comme celui du colonel Julius Ritter, organisateur du Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne pour les jeunes français. Elle relaie aussi des campagnes de propagande, affichages et tracts. Son action militaire est menée dans le cadre d'une stratégie de renversement de la terreur et de démoralisation de l'ennemi. L'armement, qui ne cessera de manquer, est fourni par des soldats antihitlériens du Comité Allemagne libre pour l’Ouest (CALPO), des cheminots, des mineurs, ou acheté au marché noir du banditisme avec de l'argent obtenu avec parcimonie grâce à l'état-major de l’Union soviétique, voire récupéré lors de braquages. Tout au long de leur action armée, les FTP-MOI ne s'attaqueront jamais qu'à des cibles militaires, des « collabos » avec l’armée allemande ou des traîtres.

Les Aznavourian, parents de Charles Aznavour, sont impliqués dans l’organisation dite du « Travail allemand », chargée de démoraliser les soldats allemands et de recruter parmi eux des soldats antihitlériens pour aider la cause de la Résistance. Les Aznavourian parvinrent à sauver Mélinée la femme de Missak Manouchian, résistante à part entière, de l’arrestation par la police française en la cachant et en organisant sa fuite.

Les groupes de FTP-MOI créés d’abord et surtout en région parisienne en 1941, recrutent donc des étrangers communistes ou sympathisants communistes vivant en France, immigrés Juifs de l’Europe de l’Est, Italiens antifascistes, Républicains espagnols,  Allemands antinazis, etc…. Des groupes actifs sont créés aussi dans de grandes villes comme Lyon - tel le groupe Carmagnole-Liberté -, Lille, Grenoble, Marseille, Toulouse. À partir de fin 1942, les FTP-MOI mènent en moyenne un fait d'armes tous les deux jours, soit plus d’une centaine d’opérations à caractère militaire. La logistique nécessaire n'aurait jamais pu être fournie sans le soutien d'un milieu sympathisant. Mais l’effectif des FTP-MOI de la région parisienne n’a pas dépassé 300 membres. C’est ainsi que Missak Manouchian, chef militaire des FTP-MOI de la région parisienne, arrêté avec une trentaine de membres de son groupe en novembre 1943 après une traque menée pendant des mois  par 200 policiers français, fut fusillé le 21 février 1944 avec 21 de ses camarades, la 23ème du groupe, une femme, fut décapitée en Allemagne. Honneur pour eux : Célestin Alfonso, espagnol, Olga Bancic, roumaine, Joseph Boczov, hongrois, Rino Della Negra, italien, Thomas Elek, hongrois, Maurice  Fingerwaig, polonais, Spartaco Fontano, italien, Jonas  Geduldig, polonais, Szlama Grywacz, polonais, Cesare Luccarini, italien, Armenak Manoukian, arménien, Marcel Raiman, polonais, Antoine Salvadori, italien, Willy Schapiro, polonais, Amedeo Usseglio, italien, Wolf Wajsbrot, polonais et trois français, Georges Cloarec, Roger Rouxel, Robert Witchiz, symbolisant de fait  le combat mené ensemble, étrangers et Français en faveur de la République française et de ses idéaux. Il est nécessaire de préciser aussi, que les combattants venant des  pays de l’Est étaient tous ou presque d’origine juive.

C’est au nom de ses 22 camarades qui ont combattu pour la République française et ses valeurs universalistes qu’il va donc représenter au Panthéon, que Missak Manouchian doit entrer au Panthéon.

Missak Manouchian est né en 1906, Arménien rescapé du génocide de 1915 perpétré par les Turcs ottomans, immigré en France en 1925, militant communiste dès 1934 et militant antifasciste et anti nazi. C’était un ouvrier menuisier, puis ouvrier métallo chez Citroën, mais aussi un écrivain de nombreux poèmes à la suite d’un véritable effort autodidacte d’instruction dans les langues arménienne et française. Engagé volontaire dans l’armée française en 1939, entré dans la Résistance en 1941, il devient en août 1943 le chef militaire des FTP-MOI de la région parisienne que les Allemands voudront frapper d’infamie, en les réunissant sur l’ « Affiche rouge  de l’armée du crime » placardée dans les grandes villes de la France,et qui les rendra immortels. Fusillé le 21 février 1944, il meurt, comme il l’écrit à sa femme, « en soldat régulier de l’Armée française de la Libération ».

 

à suivre...

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Respect pour ceux qui ont donné leur vie pour notre liberté FRATERNITE ETERNELLE
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