Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Blog d'étude critique et académique du fait maçonnique, complémentaire de la revue du même nom. Envisage la Franc-Maçonnerie comme un univers culturel dont l’étude nécessite d’employer les outils des sciences humaines, de procéder à une nette séparation du réel et du légendaire et de procéder à la prise en compte de ce légendaire comme un fait social et historique.

Les étrangers et d’origine étrangère dans la France libre et dans la Résistance, 1942-1945 (3/4)

Hubert Sage

Panthéonisation de Joséphine Baker, projet d’entrée au Panthéon de Missak Manouchian, un des symboles de la Résistance... La popularisation des étrangers ou d’origine étrangère qui se sont impliqués dans la Résistance et la France libre est nécessaire auprès de tous les milieux composant  notre nation pour rappeler que leur implication s’est faite non pas par une adhésion à un nationalisme impérialiste ou suprématiste, mais pour l’idéal que porte la République française dans ses valeurs laïques et universalistes d’émancipation.

 

Ces étrangers, d’où venaient-ils ?

De partout ou presque ! Que ce soit dans les armées de la France libre ou dans la Résistance intérieure.

Les Espagnols, paraissent bien être le principal contingent. Ils sont partout. Les premiers volontaires après la fin de la guerre civile espagnole sont intégrés dans la Légion étrangère et les régiments de volontaires étrangers dès 1940. On les retrouve en Angleterre après l’épisode de l’expédition de Narvik en Norvège ou en Afrique du Nord ou au Moyen Orient. En 1942, ceux qui ont été internés dans des camps de travailleurs étrangers en Afrique du Nord désertent après le débarquement américain et s’engagent dans les Forces françaises libres (FFL) ; ils constituent un groupe important dans la 2ème division blindée (DB) du général Leclerc en 1943. Ils sont aussi très nombreux dans la Résistance intérieure que ce soit dans les réseaux et maquis des Forces françaises de l’intérieur (FFI), particulièrement dans les maquis du Sud-Ouest où ils sont parfois majoritaires comme dans ce qui a été appelé « le 14ème corps-guérillero » qui compta jusqu’à 4 000 hommes, et dans l’organisation communiste des Francs-tireurs et partisans-main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI). C’est ainsi une brigade entièrement composée d’Espagnols qui libère la ville de Foix en Ariège.

Les Italiens, militants antifascistes, sont aussi nombreux dans la Légion étrangère dès 1940, mais encore plus dans la Résistance intérieure dès 1942.

Les Arméniens réfugiés après le génocide de 1915 perpétré par les Turcs ottomans s’engagent naturellement en majorité dans les groupes de résistance intérieure qu’ils soient communistes ou non communistes. On en retrouve aussi dans la 2ème DB de Leclerc. De plus, il faut savoir, pour la petite histoire locale, que des cordonniers arméniens de Vienne et de la Drôme ont fabriqué des chaussures de montagne  pour les combattants du maquis du Vercors.

Quant aux nombreux ressortissants des pays de l’Est, qu’ils soient polonais, tchécoslovaques, hongrois, roumains, yougoslaves, ils intègrent souvent, dès 1940 eux aussi, la Légion étrangère, et entrent en masse dès le début 1942 dans les réseaux et maquis de la Résistance intérieure. Nombreux sont des Juifs persécutés dans leur pays puis pourchassés en France. Ceux-ci forment d’ailleurs l’armature de la résistance communiste dans les FTP-MOI.

Le nombre d’Allemands et d’Autrichiens antinazis est important dans les maquis du Massif central, surtout en Lozère où ils sont parfois majoritaires : un millier au moins ont été recensés, venant surtout des camps d’internement pour Allemands antinazis en France créés en 1939 par le gouvernement français. Ils défileront d’ailleurs en tète des unités de résistance lors de la libération des villes comme Nîmes et Mende. Des nominations prestigieuses sont à retenir là où ils sont majoritaires : maquis Bir Hakeim, brigade Montaigne ou 104ème compagnie.

Quant aux soldats coloniaux, appelés ainsi parce qu’ils étaient ressortissants de l’Empire français sans être des citoyens à part entière, ils furent nombreux à être véritablement volontaires pour combattre dans des unités coloniales au service de la France libre. Ils ont combattu avec une telle détermination et un tel courage à Bir Hakeim en 1942 qu’ils ne peuvent être que des volontaires poursuivant un idéal. Tous les territoires d’Outre-mer étaient d’ailleurs représentés à Bir Hakeim : Polynésiens, Maghrébins, Africains subsahariens, Malgaches, Indochinois ou Libanais. Et il ne faut pas oublier aussi qu’une grande partie des 5 000 soldats coloniaux démobilisés en France en 1940 et le plus souvent évadés des camps de prisonniers, ont rejoint la Résistance intérieure. C’est le cas, par exemple, des 52 soldats coloniaux recensés dans le maquis du Vercors et comme l’attestent a posteriori des inscriptions dans divers cimetières, notamment dans la région iséroise. Citons aussi l’exemple emblématique du tirailleur guinéen Addi Ba, fait prisonnier en 1940, qui s’évade rapidement avec des camarades africains, et entre dans la Résistance avec eux ; en mars 1943, il organise le premier maquis dans les Vosges avec des réfractaires du Service du travail obligatoire (STO). De nouveau fait prisonnier en juillet 1943, il est fusillé le 18 décembre 1943.

 

à suivre...

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article